Critique de concert (mes) Eurockéennes de Belfort 2007 3/3 : TV on the Radio, The Good the Bad & the Queen, Klaxons, Laurent Garnier, Air, The Arcade Fire, Yuksek

Pour le Samedi c'est par ici !

Comme souvent aux Eurockéennes, on aborde le troisième jour avec sérénité, ayant déjà vu autant de bons concerts en 2 jours qu'en une année entière à Marseille, Strasbourg ou même Paris. On l'aborde aussi avec du retard, notamment à cause de la vilaine petite pluie dégueu qui est tombée en début d'après-midi et à découragé nos velléités. Dommage pour Stuck in The sound ou Bikini Machine que quelqu'un pourra peut-être raconter à notre place. En tout cas on a bien entendu en arrivant (et les mamies d'Evette-Salbert aussi ...) le metal très méchant de Hatebreed, qui avait l'air pas mal du tout - petit regret d'autant qu'on a pas vu Sick of it All non plus. Et qu'on ne peut décemment pas considérer le show de Marylin Manson comme un vrai concert de metal.

On atteind donc le chapiteau au moment de l'entrée en scène des toujours énervés TV on the Radio, coupables de deux des albums de rock les plus déconcertants des 5 dernières années. On constate que Kyp Malone (le guitariste barbu) et le hurleur Tunde Adebimpe (j'adore ces noms !) sont allés chez le coiffeur - il était temps... Leur stoner-funk rock n'en reste pas moins hirsute, malpoli et revêche, avec des titres délicieusement horripilants comme Dirty Whirlwind Ou Let the Devil In, ou les formidables murs de guitare de Dreams...

Le groupe, emmené par le sorcier blanc David Sitek est toujours adepte des "ouh ouh ouh" comme sur le titre Province, des "oh oh oh" comme sur Tonight, et de toutes formes de hurlements en général, souvent proférés au mégaphone. On écoute avec bonheur la très excitante Playhouses (où Tunde hurle les basses) et I was a Lover (où Kyp miaule les aigüs). Difficile de dire si on aime ce groupe plus qu'il ne nous agace, en tout cas il nous tient en haleine. Par contre et comme à l'accoutumée pour les concerts de post-rock, la moitié du public s'en est allée avant la fin, ratant un terrible pogo noisy non identifié (Wash the day away ?), dans un tonnerre de stroboscopes. Un peu hermétique, mais sacrément recherché !

Ce qui est sûr c'est qu'on sera moins secoués par The Good, the Bad & the Queen, à la performance très reposante, très agréable... et presque soporifique. Impeccablement costumés et dans un décor qui évoque le Londres du 19ième, c'est d'abord un quatuor de violonistes qui prend place, rejoint par la bande réunie par Damon Albarn dont deux membres nous impressionnent vraiment par ce qu'ils représentent : Tony Allen et l'afro-beat furieux de la famille Kuti, Paul Simonon et l'énorme héritage du Clash... On aura d'ailleurs d'yeux que pour lui, nettement plus charismatique que l'ex-chanteur de Blur, qui passera d'ailleurs la majorité du concert assis au piano. Damon Albarn a la classe ? Paul Simonon EST la classe. Ce genre de choses ne s'explique pas, petit.

Il attaquent par le très kitsch slow 80's Life, puis la balade Northern Whale. A peine plus pop, Kingdom of Doom ou Three changes, pas suffisantes pour que Simonon, qu'on sent piaffer un peu, puisse vraiment s'exprimer, pas plus qu'Allen qui se retrouve à un moment, c'est le comble, avec pour toute percu un simple oeuf en plastique à agiter... Les chansons se suivent néanmoins agréablement : Behind the Sun, The Bunting Song, The Good the Bad & the Queen ou encore, la très belle Green Fields (ne pas rater par ailleurs la version "The Last Song" par Marianne Faithfull). On oubliera avec indulgence la prestation de l'espèce de gros rappeur repoussant qui est venu nous gonfler vers la fin.

Incontestablement le groupe a su créer une atmosphère, aussi mélancolique que les poches sous les yeux de son chanteur à la mine droopyesque. Et un vrai moment de chanson en anglais, mélancolique, qui nous aura permis de nous reposer un peu les oreilles. Réunir de grands musiciens est très louable et la sauce a même plutôt bien pris - ils ont pondu un agréable disque à écouter les dimanches pluvieux - ou le dimanche aux Eurocks. Le projet donne quand même l'impression d'être un assemblage de chevaux de course, retenus au petit trot par un jockey dépressif, voire un peu sadique... Dommage.

Le réveil va en tout cas être vigoureux avec les pétaradants Klaxons, qu'on attend au tournant pour voir s'ils vont se sortir en live de leurs phénoménales compositions (un titre paru aux Inrocks laissait un peu sceptique). L'explosif Bouncer nous cueille à froid et nous rassure sur leurs capacités, comme leurs titres tous plus fulgurants les uns que les autres : l'énorme Atlantis to Interzone, les tubesque Golden Skanks ou Two Receivers sont parfaitement expédiés, et à toute berzingue encore. On décollera définitivement du sol sur notre préférée, Magick, dont la descente-remontée sera diaboliquement menée avec un énorme blanc au milieu, déclenchant des rugissements de la foule.

Certes les gamins sont 4 au lieu de 3 mais on veut bien leur pardonner, d'autant que tous participent au chant sur Gravity's Rainbow ou Totems, non moins impressionnantes. Même les chansons qui ont le don de nous énerver sur disque (Isle of Her qui sonne d'ailleurs très TVOTR, ou It's not over yet) sont si impeccables qu'il est dûr d'y résister. Revers de la médaille quand on joue si vite : le groupe se tient aux 50 minute qui lui étaient initialement allouées, et finit donc 10 minutes plus tôt que prévu ! En tout cas on peut bien appeler leur style innovant de la "nu-rave" ou autres patronymes stupides, les Klaxons sont d'abord un immense groupe de rock en devenir ! Confirmation du jour.

On s'aventure à présent dans un grand blanc sur la programmation puisque rien ne nous tente vraiment et surtout pas Tryo (qui ne remplit pas sa scène d'ailleurs). Or on garde un bon souvenir d'une prestation ancienne à l'époque d'Unreasonable Behaviour : allons-y donc pour Laurent Garnier et son électro jazzy-cérébrale dans la loggia transformée en sauna. Certes l'homme a le chic pour mettre son public sous tension avec des montées interminables, épaulées au saxophone, au clavier ou par un chanteur black...

Mais les deux minutes de boum-boum libérateur finales sont rares, on se fatigue un peu de les attendre d'autant que ses visuels sont très répétitifs et pas réellement magnifiques. C'est donc du bar qu'on profitera de ses titres plus anciens, comme Crispy Bacon, et d'un autre hit final, étiré sur dix minutes (titre oublié). On se demande quand même quel sadisme ou masochisme le pousse à ne pas jouer The sound of Big Babou, son plus grand tube et le plus entraînant. Bref une prestation solide et sérieuse, mais pas délirante quand même. On passera aussi quelques instants au sound-system voir les Fluokids, paraît-il collectif arty et créatif - en l'occurence on n'a vu qu'un simple pousseur de disques d'électro, sans intérêt même quand ils remixent Justice...

Ca ne fait rien si on s'emmerde un peu, puisqu'on sait qu'on ira bientôt se consoler dans les bras d'Air, nos chouchous depuis toujours, qui nous attendent sous le chapiteau. Ayant peu révisé leur discographie (qui fait déjà partie de notre ADN musical), on identifie quand même dans cette heure de plaisir à l'état pur, des "vieilleries" comme La Femme d'Argent, les très rock et inévitables Kelly Watch the Stars, Don't be Light (et la sublime Sexy Boy évidemment, qui n'a sur scène pas grand rapport avec sa version album).

Tout de blanc vêtus et appuyés par un percussionniste black qui nous avait déjà impressionné par le passé, messieurs Dunkel et Godin se partagent comme d'habitude la voix de robot et la voix de fillette, dont le duo fait toujours des merveilles. Quelques petits mots de temps en temps nous rappellent qu'ils ne sont pas que de grands sorciers du son mais aussi des gars sympathiques. Laissons les goujats et les imbéciles (qui ne les ont jamais vus en live et ne sont pas là ce soir) traiter leur oeuvre de "musique d'ascenseur" : si les gens dansaient tous avec un grand sourire dans les ascenseurs, ça se saurait...

Pas mal, mais pas trop, de titres du dernier album Pocket Symphony, une très rock Mer du Japon, une emballante Redhead Girl ou encore Somewhere between waking et Once Upon a Time. Un bon retour aussi sur Talkie Walkie avec notamment Cherry Blossom Girl et l'énigmatique Run. On constate qu'on avait oublié à quel point ils sont bons sur scène ! Un petit regret pour finir : qu'ils n'aient pas amené Charlotte Gainsbourg dans leurs bagages pour défendre leur excellent projet avec elle. Ne boudons pas notre plaisir, ils nous ont quand même largement envoyés en l'Air (hum)...

C'est à ce moment précis, après avoir été félicité deux foix en cinq minutes pour mon T-shirt Wolfmother, quand on croyait s'en être tirés, que la bascule météo s'est faite (peut-être à cause d'un ami que je ne citerai pas et qui a cru bon de dire qu'on avait eu vraiment de la chance de ce point de vue) : une divinité farceuse a décidé - et on ne peut pas lui donner complètement tort - que la grand-messe païenne finale des extravagants The Arcade Fire aurait plus de gueule sous la pluie. Et en effet c'est heureux comme des enfants qu'on s'est rués une dernière fois à l'assaut de la grande colline embouée, à l'entame de Keep the Car Running. No Cars Go achève de nous remonter le moral et l'énergie, sur le pressentiment que ce concert va être, forcément, formidable.

The Arcade Fire ... Quel autre groupe, inconnu il y a deux ans, jouerait déjà en clôture du plus grand festival de rock de France ? Comment expliquer la vague de bonheur et l'envie irrépressible d'embrasser des inconnus en voyant la belle Régine Chassagne chanter Haïti ou reprendre l'émouvante In the Backseat ? C'est peut-être simplement parce que le groupe a énormément tourné et gagné en maturité depuis leur premier passage français à Rock en Seine en 2005 : ils étaient bons, mais un poil trop foutraques et bordéliques, et là ils sont juste devenus extraordinaires... Richard Parry, l'arrangeur en chef, ne passe par exemple plus son temps à taper sur tout ce qui bouge et se contente juste...de faire vibrer 10 000 personnes.

Même les nouveaux titres sonnent déjà comme des classiques : Ocean of Noise ou Black Waves - Bad Vibrations nous emportent très loin, on en oublie la pluie qui tombe et ce festival qui s'achève déjà... Personne ne pensait pouvoir y échapper et en effet, c'est un intense frisson de communion qui parcourt la foule quand retentit l'orgue magnifique d'Intervention, et l'enchaînement des Neigborhoods 1 & Neighborhood 3 où la pluie redouble (et une larme naît même au coin de l'oeil). L'émotion est à son comble quand le grand Win Butler et sa voix cabossée dégainent l'époustouflante Rebellion (Lies).

Conscients de l'effet électrisant de leurs chansons, le groupe n'en rajoute pas dans les paroles, mais Régine et Win expriment à plusieurs reprises une compassion sincère pour les êtres épuisés, trempés (et néanmoins euphoriques) que nous sommes. Il est vrai que ceux qui sont encore là un dimanche soir à 0 h 30 sous la pluie ne le sont pas par hasard. En rappel, le groupe nous donne Black Mirror et laisse éclater sa joie sur un Wake Up triomphal. Ils finiront le concert en nous disant que nous sommes le meilleur public qu'ils aient jamais eu et, pour une fois, on aura envie d'y croire. Rideau.

Ou presque : un jeune DJ électro-rock totalement déchaîné, un certain Yuksek, retardera la sortie du site à partir de la petite scène qui la jouxte, en provoquant un moulon et en déchaînant une dernière fois la tempête sous les crânes des zombies trempés tentant en vain de sortir de la Presqu'Ile...
On concluera ces chroniques sur une image qui nous a marqué : 3 très jeunes gens émus, qui se tenaient par les épaules sous la pluie en écoutant la fin du concert d'Arcade Fire, et semblaient se demander s'ils pourraient revenir un jour aux Eurockéennes. Qu'ils se rassurent : cette question, je me la suis posé déjà 13 fois, et ça m'a toujours porté chance ... Pour notre part, en vieux briscards, nous nous sommes fixés entre amis le but d'être présents, non seulement pour les 20 ans des Eurock's qui ne vont pas tarder, mais aussi pour leurs 50 ans, nom de Zeus ! Alors ... Longue vie aux Eurockéennes et au Eurockéens !!
PS : le seul salaire reçu pour ce minutieux travail de chronique, c'est les commentaires (même les pas contents) qui montrent qu'il a suscité de l'intérêt. On a raté selon vous le meilleur concert de l'édition 2007 ? Vous avez adoré Phoenix et détesté les Hives ? Vous pensez qu'Amy WineHouse est une pouf' et Josh Homme un poseur, bref, vous n'êtes pas d'accord avec nos jugements ? N'hésitez pas, surtout, réagissez !
Illustrations par Philippe
Des petites vidéos à tous ces concerts, c'est par ici !
A lire aussi sur Concertanco : la même journée, version Pierre Andrieu !
Flashback : Chroniques des Eurockéennes 2006, 2005, 2004, 2003,... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !

Comme souvent aux Eurockéennes, on aborde le troisième jour avec sérénité, ayant déjà vu autant de bons concerts en 2 jours qu'en une année entière à Marseille, Strasbourg ou même Paris. On l'aborde aussi avec du retard, notamment à cause de la vilaine petite pluie dégueu qui est tombée en début d'après-midi et à découragé nos velléités. Dommage pour Stuck in The sound ou Bikini Machine que quelqu'un pourra peut-être raconter à notre place. En tout cas on a bien entendu en arrivant (et les mamies d'Evette-Salbert aussi ...) le metal très méchant de Hatebreed, qui avait l'air pas mal du tout - petit regret d'autant qu'on a pas vu Sick of it All non plus. Et qu'on ne peut décemment pas considérer le show de Marylin Manson comme un vrai concert de metal.

On atteind donc le chapiteau au moment de l'entrée en scène des toujours énervés TV on the Radio, coupables de deux des albums de rock les plus déconcertants des 5 dernières années. On constate que Kyp Malone (le guitariste barbu) et le hurleur Tunde Adebimpe (j'adore ces noms !) sont allés chez le coiffeur - il était temps... Leur stoner-funk rock n'en reste pas moins hirsute, malpoli et revêche, avec des titres délicieusement horripilants comme Dirty Whirlwind Ou Let the Devil In, ou les formidables murs de guitare de Dreams...

Le groupe, emmené par le sorcier blanc David Sitek est toujours adepte des "ouh ouh ouh" comme sur le titre Province, des "oh oh oh" comme sur Tonight, et de toutes formes de hurlements en général, souvent proférés au mégaphone. On écoute avec bonheur la très excitante Playhouses (où Tunde hurle les basses) et I was a Lover (où Kyp miaule les aigüs). Difficile de dire si on aime ce groupe plus qu'il ne nous agace, en tout cas il nous tient en haleine. Par contre et comme à l'accoutumée pour les concerts de post-rock, la moitié du public s'en est allée avant la fin, ratant un terrible pogo noisy non identifié (Wash the day away ?), dans un tonnerre de stroboscopes. Un peu hermétique, mais sacrément recherché !

Ce qui est sûr c'est qu'on sera moins secoués par The Good, the Bad & the Queen, à la performance très reposante, très agréable... et presque soporifique. Impeccablement costumés et dans un décor qui évoque le Londres du 19ième, c'est d'abord un quatuor de violonistes qui prend place, rejoint par la bande réunie par Damon Albarn dont deux membres nous impressionnent vraiment par ce qu'ils représentent : Tony Allen et l'afro-beat furieux de la famille Kuti, Paul Simonon et l'énorme héritage du Clash... On aura d'ailleurs d'yeux que pour lui, nettement plus charismatique que l'ex-chanteur de Blur, qui passera d'ailleurs la majorité du concert assis au piano. Damon Albarn a la classe ? Paul Simonon EST la classe. Ce genre de choses ne s'explique pas, petit.

Il attaquent par le très kitsch slow 80's Life, puis la balade Northern Whale. A peine plus pop, Kingdom of Doom ou Three changes, pas suffisantes pour que Simonon, qu'on sent piaffer un peu, puisse vraiment s'exprimer, pas plus qu'Allen qui se retrouve à un moment, c'est le comble, avec pour toute percu un simple oeuf en plastique à agiter... Les chansons se suivent néanmoins agréablement : Behind the Sun, The Bunting Song, The Good the Bad & the Queen ou encore, la très belle Green Fields (ne pas rater par ailleurs la version "The Last Song" par Marianne Faithfull). On oubliera avec indulgence la prestation de l'espèce de gros rappeur repoussant qui est venu nous gonfler vers la fin.

Incontestablement le groupe a su créer une atmosphère, aussi mélancolique que les poches sous les yeux de son chanteur à la mine droopyesque. Et un vrai moment de chanson en anglais, mélancolique, qui nous aura permis de nous reposer un peu les oreilles. Réunir de grands musiciens est très louable et la sauce a même plutôt bien pris - ils ont pondu un agréable disque à écouter les dimanches pluvieux - ou le dimanche aux Eurocks. Le projet donne quand même l'impression d'être un assemblage de chevaux de course, retenus au petit trot par un jockey dépressif, voire un peu sadique... Dommage.

Le réveil va en tout cas être vigoureux avec les pétaradants Klaxons, qu'on attend au tournant pour voir s'ils vont se sortir en live de leurs phénoménales compositions (un titre paru aux Inrocks laissait un peu sceptique). L'explosif Bouncer nous cueille à froid et nous rassure sur leurs capacités, comme leurs titres tous plus fulgurants les uns que les autres : l'énorme Atlantis to Interzone, les tubesque Golden Skanks ou Two Receivers sont parfaitement expédiés, et à toute berzingue encore. On décollera définitivement du sol sur notre préférée, Magick, dont la descente-remontée sera diaboliquement menée avec un énorme blanc au milieu, déclenchant des rugissements de la foule.

Certes les gamins sont 4 au lieu de 3 mais on veut bien leur pardonner, d'autant que tous participent au chant sur Gravity's Rainbow ou Totems, non moins impressionnantes. Même les chansons qui ont le don de nous énerver sur disque (Isle of Her qui sonne d'ailleurs très TVOTR, ou It's not over yet) sont si impeccables qu'il est dûr d'y résister. Revers de la médaille quand on joue si vite : le groupe se tient aux 50 minute qui lui étaient initialement allouées, et finit donc 10 minutes plus tôt que prévu ! En tout cas on peut bien appeler leur style innovant de la "nu-rave" ou autres patronymes stupides, les Klaxons sont d'abord un immense groupe de rock en devenir ! Confirmation du jour.

On s'aventure à présent dans un grand blanc sur la programmation puisque rien ne nous tente vraiment et surtout pas Tryo (qui ne remplit pas sa scène d'ailleurs). Or on garde un bon souvenir d'une prestation ancienne à l'époque d'Unreasonable Behaviour : allons-y donc pour Laurent Garnier et son électro jazzy-cérébrale dans la loggia transformée en sauna. Certes l'homme a le chic pour mettre son public sous tension avec des montées interminables, épaulées au saxophone, au clavier ou par un chanteur black...

Mais les deux minutes de boum-boum libérateur finales sont rares, on se fatigue un peu de les attendre d'autant que ses visuels sont très répétitifs et pas réellement magnifiques. C'est donc du bar qu'on profitera de ses titres plus anciens, comme Crispy Bacon, et d'un autre hit final, étiré sur dix minutes (titre oublié). On se demande quand même quel sadisme ou masochisme le pousse à ne pas jouer The sound of Big Babou, son plus grand tube et le plus entraînant. Bref une prestation solide et sérieuse, mais pas délirante quand même. On passera aussi quelques instants au sound-system voir les Fluokids, paraît-il collectif arty et créatif - en l'occurence on n'a vu qu'un simple pousseur de disques d'électro, sans intérêt même quand ils remixent Justice...

Ca ne fait rien si on s'emmerde un peu, puisqu'on sait qu'on ira bientôt se consoler dans les bras d'Air, nos chouchous depuis toujours, qui nous attendent sous le chapiteau. Ayant peu révisé leur discographie (qui fait déjà partie de notre ADN musical), on identifie quand même dans cette heure de plaisir à l'état pur, des "vieilleries" comme La Femme d'Argent, les très rock et inévitables Kelly Watch the Stars, Don't be Light (et la sublime Sexy Boy évidemment, qui n'a sur scène pas grand rapport avec sa version album).

Tout de blanc vêtus et appuyés par un percussionniste black qui nous avait déjà impressionné par le passé, messieurs Dunkel et Godin se partagent comme d'habitude la voix de robot et la voix de fillette, dont le duo fait toujours des merveilles. Quelques petits mots de temps en temps nous rappellent qu'ils ne sont pas que de grands sorciers du son mais aussi des gars sympathiques. Laissons les goujats et les imbéciles (qui ne les ont jamais vus en live et ne sont pas là ce soir) traiter leur oeuvre de "musique d'ascenseur" : si les gens dansaient tous avec un grand sourire dans les ascenseurs, ça se saurait...

Pas mal, mais pas trop, de titres du dernier album Pocket Symphony, une très rock Mer du Japon, une emballante Redhead Girl ou encore Somewhere between waking et Once Upon a Time. Un bon retour aussi sur Talkie Walkie avec notamment Cherry Blossom Girl et l'énigmatique Run. On constate qu'on avait oublié à quel point ils sont bons sur scène ! Un petit regret pour finir : qu'ils n'aient pas amené Charlotte Gainsbourg dans leurs bagages pour défendre leur excellent projet avec elle. Ne boudons pas notre plaisir, ils nous ont quand même largement envoyés en l'Air (hum)...

C'est à ce moment précis, après avoir été félicité deux foix en cinq minutes pour mon T-shirt Wolfmother, quand on croyait s'en être tirés, que la bascule météo s'est faite (peut-être à cause d'un ami que je ne citerai pas et qui a cru bon de dire qu'on avait eu vraiment de la chance de ce point de vue) : une divinité farceuse a décidé - et on ne peut pas lui donner complètement tort - que la grand-messe païenne finale des extravagants The Arcade Fire aurait plus de gueule sous la pluie. Et en effet c'est heureux comme des enfants qu'on s'est rués une dernière fois à l'assaut de la grande colline embouée, à l'entame de Keep the Car Running. No Cars Go achève de nous remonter le moral et l'énergie, sur le pressentiment que ce concert va être, forcément, formidable.

The Arcade Fire ... Quel autre groupe, inconnu il y a deux ans, jouerait déjà en clôture du plus grand festival de rock de France ? Comment expliquer la vague de bonheur et l'envie irrépressible d'embrasser des inconnus en voyant la belle Régine Chassagne chanter Haïti ou reprendre l'émouvante In the Backseat ? C'est peut-être simplement parce que le groupe a énormément tourné et gagné en maturité depuis leur premier passage français à Rock en Seine en 2005 : ils étaient bons, mais un poil trop foutraques et bordéliques, et là ils sont juste devenus extraordinaires... Richard Parry, l'arrangeur en chef, ne passe par exemple plus son temps à taper sur tout ce qui bouge et se contente juste...de faire vibrer 10 000 personnes.

Même les nouveaux titres sonnent déjà comme des classiques : Ocean of Noise ou Black Waves - Bad Vibrations nous emportent très loin, on en oublie la pluie qui tombe et ce festival qui s'achève déjà... Personne ne pensait pouvoir y échapper et en effet, c'est un intense frisson de communion qui parcourt la foule quand retentit l'orgue magnifique d'Intervention, et l'enchaînement des Neigborhoods 1 & Neighborhood 3 où la pluie redouble (et une larme naît même au coin de l'oeil). L'émotion est à son comble quand le grand Win Butler et sa voix cabossée dégainent l'époustouflante Rebellion (Lies).

Conscients de l'effet électrisant de leurs chansons, le groupe n'en rajoute pas dans les paroles, mais Régine et Win expriment à plusieurs reprises une compassion sincère pour les êtres épuisés, trempés (et néanmoins euphoriques) que nous sommes. Il est vrai que ceux qui sont encore là un dimanche soir à 0 h 30 sous la pluie ne le sont pas par hasard. En rappel, le groupe nous donne Black Mirror et laisse éclater sa joie sur un Wake Up triomphal. Ils finiront le concert en nous disant que nous sommes le meilleur public qu'ils aient jamais eu et, pour une fois, on aura envie d'y croire. Rideau.

Ou presque : un jeune DJ électro-rock totalement déchaîné, un certain Yuksek, retardera la sortie du site à partir de la petite scène qui la jouxte, en provoquant un moulon et en déchaînant une dernière fois la tempête sous les crânes des zombies trempés tentant en vain de sortir de la Presqu'Ile...
On concluera ces chroniques sur une image qui nous a marqué : 3 très jeunes gens émus, qui se tenaient par les épaules sous la pluie en écoutant la fin du concert d'Arcade Fire, et semblaient se demander s'ils pourraient revenir un jour aux Eurockéennes. Qu'ils se rassurent : cette question, je me la suis posé déjà 13 fois, et ça m'a toujours porté chance ... Pour notre part, en vieux briscards, nous nous sommes fixés entre amis le but d'être présents, non seulement pour les 20 ans des Eurock's qui ne vont pas tarder, mais aussi pour leurs 50 ans, nom de Zeus ! Alors ... Longue vie aux Eurockéennes et au Eurockéens !!
PS : le seul salaire reçu pour ce minutieux travail de chronique, c'est les commentaires (même les pas contents) qui montrent qu'il a suscité de l'intérêt. On a raté selon vous le meilleur concert de l'édition 2007 ? Vous avez adoré Phoenix et détesté les Hives ? Vous pensez qu'Amy WineHouse est une pouf' et Josh Homme un poseur, bref, vous n'êtes pas d'accord avec nos jugements ? N'hésitez pas, surtout, réagissez !
Illustrations par Philippe
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A lire aussi sur Concertanco : la même journée, version Pierre Andrieu !
Flashback : Chroniques des Eurockéennes 2006, 2005, 2004, 2003,... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !
Signature : Philippele 07/07/2007
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>> Réponse (le 10/07/2007 par Waw !) justement, Amy Winehouse est une traînée et Josh Homme un frimeur, Les Phoenix sont des Dieux et les Hives des galopins sans talent ! ;-) > Réagir à cette critique


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Presqu'Ile du Malsaucy, Evette-Salbert


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