Critique de concert (mes) Eurockéennes 2009 1/3 : Les Wampas, King Khan & the Shrines, Ghinzu, Noisettes, Yeah Yeah Yeahs, Sefyu, Alela Diane, The Kills, The Prodigy, The Ting Tings

21ième édition des Eurockéennes de Belfort, 16ième participation d'affilée pour moi, cette fois on peut dire qu'une partie du public de 2009 n'était pas encore née, ou pas encore propre, lors de ces deux événements ! Comme à l'accoutumée Météo France a prévu à peu près les pires avanies et comme depuis quelques années, touchons du bois, on s'en est tirés pratiquement sans une goutte sur la tête. Après s'être fait confisquer plusieurs bouteilles de jus de fruit amélioré (qu'on avait qu'à mieux cacher, d'ailleurs on ne nous y a plus repris), on retrouve avec plaisir le site, peu modifié depuis l'an passé à part quelques sponsors : disparition regrettée du stand Rivella, boisson énergisante (et dessaoulante !) à base de lactosérum.
De jolies décorations lumineuses en forme de plante, des gobelets consignés et même un peu de pédagogie sur le tri sélectif, on se sent décidément bien sur le magnifique site naturel de la Presqu'Ile du Malsaucy, respecté par les organisateurs et qui, à part quelques tonnes d'urée à filtrer, devrait s'en tirer sans trop de dommages. On s'accommodera un peu moins bien de l'absence de jetons (suite à un problème de livraison semble-t-il), qui rallonge la queue des bars et a du faire sensiblement diminuer leur chiffre. Mais enfin, une fois repéré les bons endroits, on reprendra vite nos marques. On n'aura donc qu'un ricanement narquois à l'attention du parc à bestiaux pavé où se casse le cul du public du Arras Live Nation Festival, ce même week-end...
Car la programmation des Eurockéennes, si elle ne peut plus s'aligner sur le mastodonte en terme de chéquier, a préservé encore cette année un habile équilibre entre découvertes et confirmations alléchantes, plutôt que d'aligner pour un prix de flibustiers (oui, même avec 40 % de rabais !), en plus de certains très bons groupes également programmés ici, 5 "pauvres" têtes d'affiches rebattues (Coldplay, Placebo, pff...), vues et revues à de meilleures époques. La journée du vendredi annonce a priori ici la plus belle affiche à notre goût, et on ne va pas être déçu ; il s'avèrera que cette journée restera également en notre mémoire comme celle des bombes atomiques...
C'est aux pitreries de Didier Wampas qu'on arrive devant la scène, pour un concert qu'on pourrait qualifier de "classique" - au sens wampasséen du terme. On avait déjà vu les Wampas en roue libre au Dock des Suds, ainsi que le retour du RATPiste fou pour quelques duos mémorables lors de la La Bande Originale de 2008.
Le kit de concert, outre les classiques tubes roboratifs que sont le Portefeuille de Manu Chao ou les insubmersibles Petite Fille / Ce Soir c'est Noël, comprend un chant approximatif mais pêchu, des fringues ignobles (aujourd'hui un pantalon rose métallisé), un crowd surfing sur chaise plastique ("C'est pas les Prodigy qui vont vous faire ça hein !"), une sécurité débordée, un envahissement de la scène par des jeunes filles déchaînées dont une aura l'honneur d'une palpation fessière assez avancée, une reprise punk d'Où sont les Femmes ?, une séquence de "kiss" pour finir... Certes s'il n'est pas complètement sûr que Les Wampas sont la preuve que Dieu Existe, ils sont le groupe idéal pour mettre tout le monde en joie !
On délaissera sans hésiter le pataud Oxmo Puccino au profit de King Khan & the Shrines, qui comme son nom l'indique est un demi-dieu exotique en slip moulant, couvert de chaines, à bedaine apparente, qui joue un garage soul très chaud, accompagné d'une dizaine de musiciens, dont un batteur gros ours et une pom-pom girl plutôt gironde. Cet espèce de James Brown vaudou (avec turban et sceptre à tête de mort) met une grosse ambiance sur la plage, passe par un titre au son presque punk en français (tel un Wampas qui chanterait juste) qui fait Je suis le Fils de Jacques Dutronc. Son titre dédicacé à tous les "pervers" (lesbian, gay, bi, trans) I wanna be a Girl achève de mettre un joyeux bordel ; un bon moment, à écouter sans faute sur disque ! Par ailleurs et de source sûre, il s'avère que le joueur de clavier ne portait pas de slip, ni même de maillot de bain, sous sa tunique rouge...
Retour sur la grande scène pour la prestation très attendue des belges Ghinzu qui commence avec un Mother Allegra un peu mystique, dont l'orgue pulse à environ 300 dB ! C'est évidemment beaucoup trop fort, mais on fera avec - c'était d'ailleurs déjà le cas en première partie plutôt bluffante d'Iggy Pop au Gaou. Suit la basse non moins vibrante de Cold Love, une des meilleures du dernier album, et la toujours plutôt ébouriffante Blow, au son toujours chaotique mais lancinant qui permet à John Stargasm de martyriser son piano. Autant leur troisième album percute un peu moins que le précédent, autant les chansons déployées en grosse artillerie s'avèrent efficaces, telle que la pop Take it Easy ou la grandiloquente Mirror Mirror, où le son s'améliore nettement.
Il était temps d'ailleurs, pour l'intro plus calme de Dragster Wave, son solo piano et sa fin emo très agréable : notre habituel compagnon "popaguitaropathe" semble en tout cas y trouver son compte et se lance dans une belle démonstration d'air guitar, tout comme sur la superbe et vibrante 21st Century Crooners ! La plus rock Do you Read Me est accueillie dans une grande clameur, et ira presque à son terme avant une coupure radicale de l'électricité de l'ensemble de la grande scène. Le groupe d'abord amusé de ce bug le prend avec bonne humeur, tandis que tout le monde se tourne vers la jeune fille accoudée dans la tour-son ("mais qu'est-ce que t'as touché espèce de ... ?").
Hélas le problème semble plus grave, puisque le concert ne reprendra jamais. Dommage, c'était un excellent moment en pleine ascension ! Mais on est finalement pas fâchés puisqu'on avait prévu de s'échapper pour aller revoir le trio très hype de The Noisettes et sa réincarnation de Grace Jones, même s'ils ne nous avaient pas particulièrement convaincu en concert à Art Rock, en 2008. Leur premier album certes bien torché manquait hélas du single-qui-tue, et leur deuxième plus pop - à notre goût - encore plus ! Il apparaît cependant assez évident que le groupe joue mieux que la dernière fois, et qu'Elle chante plus juste, en progrès donc !
De toutes façons, pas moyen de résister bien longtemps sur scène aux mimiques, poses lascives prises par la créature Shingai Shoniwa, moulée dans une combinaison noire pailletée (notre bombe atomique n°1 de la journée), ramassée comme une tigresse sur les baffles latérales ou alanguie sur la batterie, et à sa très jolie voix sexy - disons que ça parle à l'animal en nous ! Les deux garçons qui l'accompagnent ont d'ailleurs bien du mérite à ne pas perdre le fil, tout comme le public puisque la belle va le gratifier d'une gracieuse petite croisière en crowd-surf, tout en continuant à chanter s'il-vous-plaît ! Au final, le cocktail rock n'soul s'avère chaud et sensuel à défaut d'être très original - le groupe aurait avantageusement pu jouer sur une plus grande scène...
On s'échappera avant la fin, non sans une certaine mufflerie, car c'est le moment d'un de nos rendez-vous majeurs, les Yeah Yeah Yeahs, trio de power rock putassier à en crever emmené par la grande et haute en couleurs Karen O ! Le gang surmonté d'un énorme oeil inquisiteur, attaque pour nous par la percutante Rich, sur un son positivement énorme (comme souvent sous le chapiteau) puis par la chouette Dull Life au final pétaradant. Si la grande jeune fille déguingandée n'a pas un physique aussi torride que la précédente (voire même, un faux air de Marylin Manson coiffé en Mireille Mathieu...), elle le compense par une voix chaude comme de la braise fumante, et une magnifique attitude rock-n-roll, on la décrètera donc bombe atomique n° 2.
La musique des Yeah Yeah Yeahs, dont notre collègue Pierre a très bien relevé le côté également sexuel, est idéale pour faire monter encore la température : la chanson Gold Lion s'avère un pied monumental à écouter en live ! Même les titres à la connotation plus électro du dernier disque passent bien à la toise, comme Heads Will Roll où je tombe brièvement amoureux de la chanteuse. Totalement jouissive également, s'avère Honey Bear et ses "Do It ! You Wanna do it !" - il faut dire que le groupe est très affuté.
Sur Maps, la chanteuse répète "They don't love you like I Love you" - on ne peut qu'être d'accord avec elle, tant la scène semble être son terrain de prédilection ! On ratera hélas presque toute la fin du concert à cause d'une buvette particulièrement désorganisée, et squattée par des ivrognes et autres baratineurs peu enclins à faciliter la manoeuvre. C'est donc de trop loin, pollué par un son concurrent, qu'on écoutera Zero et la faramineuse Cheated Hearts, dont on verra finalement la toute fin tonitruante. Grosse claque en tout cas, voilà un groupe qui tient toutes ses promesses sur scène !
On ne fera par contre qu'apercevoir le très effrayant et rugueux Sefyu (en réalité un garçon courtois qui nous a remercié pour sa chronique de disque) : le concert se finit sur Molotov 4, avec plus de dix minutes d'avances sur l'horaire indiqué... Dommage, on aurait aimé tester en live l'intensité de la glaçante Suis-je le gardien de mon Frère ?. Le public qui semblait plutôt à fond (et limite en train de se taper dessus, d'ailleurs - non, ce n'est pas le moment de la photo ci-dessus qui bouche juste un trou !), a l'air aussi étonné que nous de cette fin intempestive.
On se rabat donc un peu au pif sur les anglais de Rolo Tomassi, bonne pioche car l'un des concerts les plus surprenants du week-end ! Il s'agit de metal déstructuré, totalement free sur sa forme (par exemple, avec de surprenants passages disco dissonants !), joué par une bande de nerds à l'air tout à fait anodin, chanté (avec une voix "death" évidemment) par une jolie fille (mettons, au moins une grenade), accompagné également d'un synthé. On pense largement aux expérimentations les plus furax de Mike Patton, cela déclenche un joyeux bazar dans la fosse de la Loggia. Tout cela reste relativement inécoutable, mais l'incongruité générale du groupe, tout comme l'inadéquation totale des looks et du son, ont largement titillé notre curiosité !
Les remplaçants Cypress Hill ne retiendront notre attention que quelques instants - on aurait bien écouté Insane in the Brain en live, mais écouter tout un concert pour ça, pas moyen, trop de choses à voir ! On découvre alors la bête sauvage qui chante dans Monotonix, hirsute et suante, en slip, haranguant dans diverses langues (anglais et hébreu) une foule hilare sous le chapiteau dans un concert assez sauvage effectué au milieu de la foule. Musicalement on est dans un rock punk-metalloïde assez classique et sans grand intérêt, par contre la performance est évidemment très amusante à regarder, confortablement installé en dégustant la nouveauté culinaire majeure du festival, le flammekueche !
Sur disque on a beaucoup de mal à supporter Alela Diane et sa voix chevrotante ; sur scène entourée de 4 musiciens, c'est par contre un très reposant et délicat concert qui nous attend sur la plage, sous un ciel clair et à la lune pleine. Les cheveux coupés courts, délicatement éclairée, la chanteuse évoque souvent Joan Baez, incontestablement une référence en folk songs (style dont elle est presque l'unique représentante cette année). On n'identifiera que la très jolie White as Diamonds, tout à fait charmante. En plus d'une jolie surprise, un très agréable moment qui détonne dans les déferlantes soniques de la journée !
Evidemment il ne sera pas possible de rester jusqu'au bout, puisque la bombe atomique n°3 (et de loin la plus énorme de toutes) nous attend avec son compère sous le chapiteau. Jamais assez rapide pour chroniquer leurs trois formidables disques mais totalement subjugé par un de leurs concerts à l'automne dernier, on arrive la bave aux lèvres pour revoir The Kills. On y va d'autant plus volontiers qu'ils nous éviteront de re-subir les dysenteriques Naive New Beaters, atroces pour l'oreille autant que pour les yeux.
La belle Alison Mosshart tourne d'abord comme une bête en cage en fumant furieusement, tandis que Jamie Hince (la classe rock incarnée) déclenche l'URA Fever, avec un son classe et pour une fois, raisonnable en décibels - ils sont connus comme de grands fabricants d'acouphènes ! Suit Pull a You, comme un avertissement aux spectateurs peu avertis - pas de fioritures ici, rien d'aussi racoleur que Karen O and co : c'est du rock minimaliste et sec comme un coup de trique !
Sur Sour Cherry, on retrouve toutes les sensations ressenties la fois précédente, à savoir une fascination quasiment mystique pour les prestations à haute tension sexuelle du duo. Le reste du public semble à peu près dans le même état, qui se met à danser et sauter sur la pourtant plus tranquille Tape Song, et soudain les terribles deux accords répétés arrivent et le cauchemar toxique de la dernière fois revient,
des ballons ici et là dans la foule prennent feu dans de brèves flammes vertes, vos mains sont soudain glacées, - I said no wow no more - vous vous voyez de l'extérieur de votre corps claudiquant, misérable fétu pris dans un tourbillon concentrique de fumées toxiques qui vous mène droit dans l'oeil sublime et perçant de la Déesse, vos oreilles saignent et vos yeux brûlent dans leurs orbites, - You're gonna have to step over my dead body -
le chapiteau arraché dans un grand fracas s'envole dans un bruit infernal de câbles sifflants, la dernière chose que vous voyez avant de tomber en avant est le Démon ricanant à gorge déployée qui envoie directement vers vous ses terrifiantes salves, dont chacune emporte un peu plus de votre raison, la Déesse hurle toujours ses incantations mystiques - I Said No Wow No More ! - qui secouent votre corps démembré, et finalement arraché au sol, vous riez jusqu'à l'apoplexie en fonçant droit dans le tourbillon sulfuré... Et l'Enfer se referme finalement sur vous
...dans un sursaut quand les mêches de la belle VV lui retombent - heureusement - sur le visage. Last Days of Magic... On reprend son souffle sur le dialogue et la voix de chat roublard de Hotel sur Kissy Kissy, puis la jolie et sensuelle Black Balloon. Puis Hook and Line et Getting Down remettent le couvert pour faire à nouveau bondir et rugir l'ensemble du public, tandis que les deux cadors plient les genoux en rudoyant leurs guitares. Cheap & cheerful vient conclure admirablement un set comme toujours très court mais totalement passionnant et littéralement... hypnotique.
On se dirige tranquillement vers la grande scène pour voir, hélas une décennie trop tard, The Prodigy, groupe mythique de nos années étudiantes mais aux derniers disques juste écoutables. Bien plus que le récent World's on Fire défendu avec une très haute énergie, c'est les titres de leurs inoubliable Music for the Jilted Generation & The Fat of the Land qui s'avèrent les plus intéressants, comme les très puissantes Breathe et Their Law. Contrairement à ce qu'on croyait, le punk piercé ne fait pas que danser, mais est capable de haranguer le public avec un bel enthousiasme, chantant sur certains titres.
En effet, le très haut en couleurs Keith Flint, qui a survécu on ne sait comment au XXième siècle, a toujours la pêche, tout comme le compositeur "aux yeux de serpent" Liam Howlett, et la magie d'un style un peu daté agit encore, notamment sur The Poison ou Firestarter, dont les basses surpuissantes feront vibrer jusqu'à nos vêtements. A l'instar d'une flamboyante Voodoo People, les passages qui sonnent trop dance sur le dernier album sont réévalués sur scène, où Invaders must die prend une autre dimension - au final notre corps est pris par la musique et on passe un moment agréable, transportés 13 ou 14 ans en arrière !
Dernier rendez-vous de la journée, et bombe atomique n° 4 en la personne d'une très charmante jeune femme blonde, le duo guitare-batterie des Ting Tings dont on a découvert tout récemment que l'album recelait de très bonnes chansons, et pas seulement des singles, comme la très 80's We Walk qui commence le set ou encore Be The one jouée peu avant la fin. On déplore qu'il y ait beaucoup de choses samplées dans leur son, mais le tout est ultra dansant et groovy, que ce soit la vrillante Great DJ, l'enlevée Keep your Head, la très girly That's not my Name ou le final déchaîné sur Shut Up and Let Me go. Leur concert très enthousiasmant vient idéalement conclure cette journée du vendredi, peut-être la plus copieuse du festival.
Le samedi c'est par ici !
Les vraies Photos sont par Andy Trax et les illustrations par Philippe !
Petites Vidéos du vendredi en ligne par ici !
Signature : Philippele 11/07/2009
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Photographe : andy trax
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>> Réponse (le 19/07/2009 par Vand) "(voire même, un faux air de Marylin Manson coiffé en Mireille Mathieu...)" MarIlYn, pignouf, comme la belle Monroe ! Sinon le même plaisir devenu annuel depuis le temps à lire ton Report de ce festival, je viens de rajouter environ 15 groupes sur ma liste "A ECOUTER D'URGENCE" par ta faute ! > Réagir à cette critique


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Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert


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