Critique de concert Festival Jazz Des Cinq Continents : Youn Sun Nah Duo - Wynton Marsalis & Lincoln Center Orchestra

Pour cette nouvelle et pénultième soirée au parc Longchamp, une chanteuse Coréenne accompagnée d’un guitariste Suédois (ah ! le label cinq continents) vont égayer la première partie de soirée.
Youn Sun Nah : chant
Ulf Wakenius : guitare

Un premier morceau est donné par Ulf Wakenius en solo sur sa guitare folk. Un chant indien (ah ! le label cinq continents). Après une partie instrumentale, le Suédois entame une litanie du type "chant de pluie", façon Cochise. Espérons qu’il ne sera pas trop efficace. Une intro qui produit un effet bizarre, inattendu, pour le moins.

Puis arrive Youn Sun Nah, toute en timidité, elle a l’intonation d’une fillette de cinq ans qui débarque sur le plateau de l’école des fans. Un premier abord qui s’estompe dès qu’elle entame le chant sur Calypso Blues. Elle a soudain beaucoup plus d’assurance et se pose d’emblée comme une chanteuse à forte identité.

Les morceaux s’enchaînent, puissants, suaves, et empreints d’un brin de folie parfois. Youn Sun Nah fait étalage de tout son répertoire vocal, en termes de registres, de capacités, d’inventions. On entend de hautes montées dans l’aigu, des percus murmurées façon Beat Box, des cris, le timbre qui devient guttural sur quelques mesures, puis change encore. C’est le plus souvent bien adapté au morceau, bien choisi.

Il faut reconnaître à sa décharge que l’exercice est périlleux : deux sur scène, elle en avant, qui se met selon l’expression familière "à poil" devant le public, elle s’expose avec une grande prise de risque. Mais elle assure sans vaciller et même avec sérénité au fil des morceaux. Belle performance. La plupart des titres sont des reprises de stantards, plus un chant traditionnel Coréen, une compo personnelle et une autre d’ Ulf Wakenius.

Question goût personnel, j’aime moyen. Certaines chansons oui, d’autres moins. Je suis plus dans l’écoute attentive, genre observateur, limite captivé. La mise en scène de sa personne, de sa voix (il y a toujours une mise en scène, même si elle est minimaliste) force l’intimité, mais bon, elle a un joli sourire, un joli visage, on joue volontiers le jeu, d’autant plus que la technique vocale est là, solide qui appuie une personnalité affirmée. Sous les dehors timides d’une fillette effarouchée, Youn Sun Nah maîtrise totalement son show.

Dans le genre prise de risque casse gueule, Youn Sun Nah nous en réserve une belle, elle aurait pu tenter une traversée de l’autoroute les yeux bandés, à 18h00, mais non, autre chose du même acabit : la voilà qui entame Avec Le Temps de Léo Ferré. Elle craint vraiment dégun. Les avis seront partagés. Je trouve qu’elle a bien assuré : intonation très "française", pas de facéties, version sobre, voix solennelle, prenante, profonde, mais qui ne tente pas l’imitation de Léo Ferré, respect global de l’ambiance du chef d’œuvre : je pense qu’elle a choisi la bonne et unique manière. Certains puristes considèrent qu’il y a des trésors auxquels on ne touche pas. Chacun se fait son avis. Elle enchaîne avec un titre de Tom Waits.

Un bon concert, qui aura charmé et fasciné certains, enchanté ou époustouflé d’autres, et qui aura retenu toute mon attention.
En deuxième partie de soirée, le trompettiste Wynton Marsalis a pris place au sein du Lincoln Center Orchestra, un Big Band rutilant, tout en costume cravaté et cuivres étincelants.

Wynton Marsalis : trompette
Lincoln Center Orchestra
Une façade impressionnante vient de se monter : douze souffleurs assis, devant leurs pupitres, un contrebassiste et un pianiste sur le côté gauche, un batteur au fond, la vitrine est superbe, ça en jette. Et on vérifie dès les premières notes, bien qu’on s’en doutait un peu, que ça n’est pas que de la vitrine. Quelle classe ! On a eu droit a des Bentley, des Rolls ou des Cadillac tout au long de la semaine. Ce soir c’est la Limousine de 12 mètres.

On pense évidemment à une grande époque mythique, que l’on a pas connue, celle des grands orchestres de Duke Ellington, de Glenn Miller -on nous apprend d’ailleurs que le sax Baryton a joué dans l’orchestre de Duke Ellington- et l’on ne sait pas qui remercier que cet exploit artistique et collectif puisse encore exister, dans ce monde ingrat, étranglé par la cruelle emprise du commerce et de la rentabilité.

Les morceaux sont des standards arrangés par l’un ou l’autre des membres du groupes, qui est cité à chaque fois et se lève pour un bref salut applaudi. Ce sont selon toute vraisemblance plus que de simples arrangements, j’imagine qu’il s’agit de véritable réécriture. Nous passons d’un Limbo Jazz à un Blues annonce Wynton Marsalis.

On annonce un special guest : le pianiste se lève humblement pour céder la place à Chick Corea qui est programmé demain soir. Celui-ci reviendra sur d’autres morceaux, prendra même la place à mi-parcours d’un titre (chaque plage dure entre 10 et 15 minutes) et nous gratifiera de superbes solos.

Les cuivres n’ont plus le même son lorsqu’ils sont nombreux et parfaitement synchrones. Les attaques de notes ainsi que le timbre propre à chacun s’estompe (c’est stomp !) pour peaufiner un son collectif et unique qui glisse. L’identité de chacun émerge lors des solos, que chacun prend à son tour. Les noms et instruments des solistes sont cités à chaque fin de morceau par l’académicien Wynton Marsalis, rang d’en haut à gauche. C’est la Big Band Theory, appliquée merveilleusement devant nous.
5
On ferme les yeux et nous voilà en train de pénétrer dans l’immense salle d’un Copacabana Club quelconque, après avoir siroté un délicieux cocktail aux dix-sept fruits exotiques, le public s’écarte sur la piste au moment où l’on s’élance en Tuxedo et nœud pap, tenant fort la main et la hanche de Ginger Rogers, que l’on fait tourner trois fois. Et bien qu’on ne partage avec personne ce trip loufoque, on n’a pas trop honte de le confier au lecteur parce qu’après tout, il faut bien le reconnaître, cette musique en noir et blanc sort des cuivres dont on fait les rêves, hauts en couleur.

Après le départ du Big Band, pour les frustrés de ne pas avoir entendu la vedette de la soirée, qui s’est volontairement et humblement alignée au rang de simple exécutant au sein du Lincoln Center Orchestra, Wynton Marsalis revient en formation de quartet (piano, contrebasse, batterie, trompette) et effectue quelques morceaux en soliste : éblouissant. Le panoramique du jazz auquel nous assistons depuis mercredi dernier s’est enrichi ce soir d’une nouvelle page, passionnante.

Plus de photos de Yun Sun Nah et Jazz At Lincoln Center.
Retrouvez des extraits vidéo de tout le festival Jazz des Cinq Continents par là.
Youn Sun Nah : chant
Ulf Wakenius : guitare

Un premier morceau est donné par Ulf Wakenius en solo sur sa guitare folk. Un chant indien (ah ! le label cinq continents). Après une partie instrumentale, le Suédois entame une litanie du type "chant de pluie", façon Cochise. Espérons qu’il ne sera pas trop efficace. Une intro qui produit un effet bizarre, inattendu, pour le moins.

Puis arrive Youn Sun Nah, toute en timidité, elle a l’intonation d’une fillette de cinq ans qui débarque sur le plateau de l’école des fans. Un premier abord qui s’estompe dès qu’elle entame le chant sur Calypso Blues. Elle a soudain beaucoup plus d’assurance et se pose d’emblée comme une chanteuse à forte identité.

Les morceaux s’enchaînent, puissants, suaves, et empreints d’un brin de folie parfois. Youn Sun Nah fait étalage de tout son répertoire vocal, en termes de registres, de capacités, d’inventions. On entend de hautes montées dans l’aigu, des percus murmurées façon Beat Box, des cris, le timbre qui devient guttural sur quelques mesures, puis change encore. C’est le plus souvent bien adapté au morceau, bien choisi.

Il faut reconnaître à sa décharge que l’exercice est périlleux : deux sur scène, elle en avant, qui se met selon l’expression familière "à poil" devant le public, elle s’expose avec une grande prise de risque. Mais elle assure sans vaciller et même avec sérénité au fil des morceaux. Belle performance. La plupart des titres sont des reprises de stantards, plus un chant traditionnel Coréen, une compo personnelle et une autre d’ Ulf Wakenius.

Question goût personnel, j’aime moyen. Certaines chansons oui, d’autres moins. Je suis plus dans l’écoute attentive, genre observateur, limite captivé. La mise en scène de sa personne, de sa voix (il y a toujours une mise en scène, même si elle est minimaliste) force l’intimité, mais bon, elle a un joli sourire, un joli visage, on joue volontiers le jeu, d’autant plus que la technique vocale est là, solide qui appuie une personnalité affirmée. Sous les dehors timides d’une fillette effarouchée, Youn Sun Nah maîtrise totalement son show.

Dans le genre prise de risque casse gueule, Youn Sun Nah nous en réserve une belle, elle aurait pu tenter une traversée de l’autoroute les yeux bandés, à 18h00, mais non, autre chose du même acabit : la voilà qui entame Avec Le Temps de Léo Ferré. Elle craint vraiment dégun. Les avis seront partagés. Je trouve qu’elle a bien assuré : intonation très "française", pas de facéties, version sobre, voix solennelle, prenante, profonde, mais qui ne tente pas l’imitation de Léo Ferré, respect global de l’ambiance du chef d’œuvre : je pense qu’elle a choisi la bonne et unique manière. Certains puristes considèrent qu’il y a des trésors auxquels on ne touche pas. Chacun se fait son avis. Elle enchaîne avec un titre de Tom Waits.

Un bon concert, qui aura charmé et fasciné certains, enchanté ou époustouflé d’autres, et qui aura retenu toute mon attention.
En deuxième partie de soirée, le trompettiste Wynton Marsalis a pris place au sein du Lincoln Center Orchestra, un Big Band rutilant, tout en costume cravaté et cuivres étincelants.

Wynton Marsalis : trompette
Lincoln Center Orchestra
Une façade impressionnante vient de se monter : douze souffleurs assis, devant leurs pupitres, un contrebassiste et un pianiste sur le côté gauche, un batteur au fond, la vitrine est superbe, ça en jette. Et on vérifie dès les premières notes, bien qu’on s’en doutait un peu, que ça n’est pas que de la vitrine. Quelle classe ! On a eu droit a des Bentley, des Rolls ou des Cadillac tout au long de la semaine. Ce soir c’est la Limousine de 12 mètres.

On pense évidemment à une grande époque mythique, que l’on a pas connue, celle des grands orchestres de Duke Ellington, de Glenn Miller -on nous apprend d’ailleurs que le sax Baryton a joué dans l’orchestre de Duke Ellington- et l’on ne sait pas qui remercier que cet exploit artistique et collectif puisse encore exister, dans ce monde ingrat, étranglé par la cruelle emprise du commerce et de la rentabilité.

Les morceaux sont des standards arrangés par l’un ou l’autre des membres du groupes, qui est cité à chaque fois et se lève pour un bref salut applaudi. Ce sont selon toute vraisemblance plus que de simples arrangements, j’imagine qu’il s’agit de véritable réécriture. Nous passons d’un Limbo Jazz à un Blues annonce Wynton Marsalis.

On annonce un special guest : le pianiste se lève humblement pour céder la place à Chick Corea qui est programmé demain soir. Celui-ci reviendra sur d’autres morceaux, prendra même la place à mi-parcours d’un titre (chaque plage dure entre 10 et 15 minutes) et nous gratifiera de superbes solos.

Les cuivres n’ont plus le même son lorsqu’ils sont nombreux et parfaitement synchrones. Les attaques de notes ainsi que le timbre propre à chacun s’estompe (c’est stomp !) pour peaufiner un son collectif et unique qui glisse. L’identité de chacun émerge lors des solos, que chacun prend à son tour. Les noms et instruments des solistes sont cités à chaque fin de morceau par l’académicien Wynton Marsalis, rang d’en haut à gauche. C’est la Big Band Theory, appliquée merveilleusement devant nous.
5On ferme les yeux et nous voilà en train de pénétrer dans l’immense salle d’un Copacabana Club quelconque, après avoir siroté un délicieux cocktail aux dix-sept fruits exotiques, le public s’écarte sur la piste au moment où l’on s’élance en Tuxedo et nœud pap, tenant fort la main et la hanche de Ginger Rogers, que l’on fait tourner trois fois. Et bien qu’on ne partage avec personne ce trip loufoque, on n’a pas trop honte de le confier au lecteur parce qu’après tout, il faut bien le reconnaître, cette musique en noir et blanc sort des cuivres dont on fait les rêves, hauts en couleur.

Après le départ du Big Band, pour les frustrés de ne pas avoir entendu la vedette de la soirée, qui s’est volontairement et humblement alignée au rang de simple exécutant au sein du Lincoln Center Orchestra, Wynton Marsalis revient en formation de quartet (piano, contrebasse, batterie, trompette) et effectue quelques morceaux en soliste : éblouissant. Le panoramique du jazz auquel nous assistons depuis mercredi dernier s’est enrichi ce soir d’une nouvelle page, passionnante.

Plus de photos de Yun Sun Nah et Jazz At Lincoln Center.
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Signature : mardalle 26/07/2011
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Photographe : mcyavell
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le 26 Juillet 2011 - Festival de Jazz des Cinq Continents - Marseille (par Mardal)

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Parc Longchamp - Marseille


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