Critique de concert Festival Chhhhhut : Sharif Sehnaoui & Mazen Kerbaj


Alors que DATA se remplit dans un mouvement plus ou moins hâté par la pluie s’intensifiant, Sharif Sehnaoui et Mazen Kerbaj s’installent pour commencer en acoustique un duo guitare/trompette. Mais quand je dis guitare et trompette, ne pas s’attendre à écouter du ska ou je ne sais quoi d’autre. Les instruments sont "préparés", c’est à dire détournés dans la tradition des musiques expérimentales par les deux compères d’origines libanaises. Le premier prolonge sa trompette d’un tuyau d’arrosage avec à son extrémité un bec de saxophone, lui permettant de tenir son instrument entre les jambes (parfois une photo vaut mieux qu’un long discours) tandis que le second porte sa guitare horizontalement sur ses genoux pour la jouer avec des baguettes ainsi que de petites coupelles métalliques.

Là, il y a deux possibilités : Soit la mayonnaise ne prend pas et on crie au scandale face à une flagornerie conceptuelle ou une vaste blague potache, soit il se passe quelque chose relevant de l’inexplicable (ou alors ça s’explique et ça s’appelle juste le bon goût) et on reste scotché. Et cette seconde option se produisit dès le début, tant l’interaction et l’entente entre les deux musiciens semblait opérer. Et l’on sait que la scène des musiques expérimentales est confrontée à ce cruel constat d’être écoutées par des gens très pointus (ou pointilleux) devenant de plus en plus exigeants (voire lassés), ou entendue par des oreilles pas forcément à même de pouvoir apprécier les subtilités présentées.

Une des raisons principales à mes yeux(/oreilles) de cette symbiose est aussi la situation de concert en elle-même, à savoir, jouer en acoustique dans ce petit lieu qu’est DATA. On eut l’impression d’assister à quelque chose prenant naissance sous nos yeux, sans le moindre artifice. Les sons paradoxalement pouvaient rappeler certaines sonorités électroacoustiques et là, on est en droit de se demander si ce type de sons acoustiques auraient pu être produits si les oreilles de chacun n’avait pas entendu ces sons produits électroniquement au préalable…
Les gestes délicats de Sharif sur sa guitare, rebonds de baguettes, brossages et blocages de cordes, résonances de diapasons dialoguaient ainsi parfaitement avec les sons produits par Mazen. Sa technique de la respiration circulaire (celle aussi utilisée pour le didgeridoo) produisait de longs drones malaxés par les vibrations d’un rasoir électrique ou d’un ventilateur portatif sur une gamelle en inox obstruant le pavillon laissant présager quelques réminiscences de sons de trompette. Le set se termine alors, laisse planer un léger silence puis les musiciens sont chaleureusement remerciés. Ils rangent leurs instruments et accessoires, humblement, pour laisser la place à Fujako (suite par ici).
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Signature : nd
le 24/10/2012
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Photographe : pirlouiiiit
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