Critique de concert Faust + Nosfell & Médéric Collignon & Edward Perraud & Peter Corser (festival MIMI)


Premier soir du Festival MIMI 2010. L’avantage d’un concert se déroulant dans le cadre enchanteur de l’Ile du Frioul, c’est que tu peux y aller à l’avance plonger une tête et décompresser du boulot. Sur le trajet, on croise diverses installations, organisées par Seconde Nature, des genre d’appeaux à E.T. dirigés vers les étoiles. A la sortie de l’eau, dernière montée jusqu’à l’Hopital Caroline, bien aménagé et investit cette année par moult stands associatifs écolos, commerce équitable, mode et zique. Et des tas de vieilles consoles de jeux disposées ici et là par le collectif Archeopterix.

25e édition de ce festival de musiques innovantes qui commence ce soir par la rencontre entre Nosfell, qui m’a toujours fasciné sur scène, et un trio de musiciens portés sur l’improvisation : le trompettiste et vocaliste Médéric Collignon, le batteur / percussionniste Edward Perraud et le saxophoniste Peter Corser. J’accroche pas au premier morceau, fouillis, pas en phase, trop délirant et m’inquiète pour la suite. Mais fausse alerte, en fait ils se cherchaient, et la complicité qui a en a découlé fut totalement jubilatoire.

On est passé d’une Cacophonie à une ChaosFolie, où la fantaisie de chacun rencontre celle des autres pour une création euphorisante. L’hyperactif Médéric Collignon focalise l’attention. Après un début presque calme à la trompette, il part dans une vocalise de basse carrément bloquant. Mime à l’appui, il envoie une putain de rythmique, saturation en prime. Bien meilleur que pas mal de musicos s’appuyant sur un véritable instrument, la performance est bloquante. Il ne cessera de surprendre, notamment lorsqu’il partira sur un son de gratte électrique, diablement noisy, terriblement efficace, arrivant même à produire le son du larsen. Au delà de la prouesse technique, c’est d’autant plus scotchant que l’énergie rock est bien présente.

Mais ce n’est qu’un des aspects de ce qui se passe sur scène, la talents des autres acteurs n’étant pas en reste. Nosfell est bien plus discret qu’à son habitude, pas d’histoire poético-absurde entre les morceaux, mais toujours ses fascinantes prouesses vocales, capable de passer d’un cri hystérique suraigu à un son de basse profond. Lors du concert, il titillera aussi une thérémine, balancera des balles de pingpong dans un bol népalais, torturera un clavier, électrifiera un ukulélé. Et il nous fera part de ses talents de danseurs, non pas torse nu au grand dam de ses amatrices mateuses, avec un assez bloquant enchaînement sur le thème de la chute.

Les deux autres musiciens sont plus en retrait mais n’en demeurent pas moins musicalement brillant. Peter Corser est peut-être celui qui sort le plus de sonorités "classiques" de son saxophones, de plages de mélodies dans ce déchaînement assez free, cela fait du bien. Un ton assez classieux, new-yorkais, ce qui ne l’empêchera pas de délirer avec une crécelle, un pipeau et pleins de gadgets, balançant des chants d’oiseaux maboules et autres incongruités.

Edward Perraud pose l’architecture de tout ça. Mais il n’est pas un métronome régulier comme on pourrait le penser, plutôt quelqu’un qui distille du chaos à petite dose. En effet le monsieur est assez fascinant à suivre, son frappé s’aventurant dans des directions que l’on imagine pas la seconde précédente, me perdant dans un ballet de baguettes un peu fou, que l’on pourrait presque penser aléatoire. Ce rôle central ne l’empêche pas de faire mumuse comme ses petits camarades, avec une balle, une chaîne, ses cymbales,…

Ceci dit, on pourrait penser que l’on a affaire ici qu’à la somme d’individualités douées. Il n’en est rien, si la magie opère c’est bien grâce à une complicité palpable qui produit un résultat jubilatoire. Les impulsions entraînent des enchaînements qui s’auto-alimentent dans un délire musical qui va enchanter le public. Nosfell et Collignon vont partir dans un dialogue de lutins qui va dégénérer en engueulade d’ogres, les voix se déforment, jouent. Au moment les deux caméléons vocaux vont s’amuser à faire tourner leur micro à la façon d’un lasso, entrainant un bourdonnement. Cela les fait bien marrer, moins le Pirlouiiiit lorsqu’un micro se détache et qu’il manque d’un cheveu de se le prendre en plein poire à pleine vitesse. Live in Marseille a manqué de peu le Darwin Award 2010 de la mort la plus stupide !
Le côté ludique est omniprésent à l’image de Médéric Collignon qui ne se lasse pas de trafiquer sa voix, partir dans des riffs ravageurs avec ses cordes vocales et terminer dans une agonie à base de pets et rots vocaux, régressifs et hilarant. D’autant que les trois autres le suivent dans son délire.

Cela se termine par un public debout qui applaudit à tout rompre, ravi de d’être fait prendre par la jubilation contagieuse de ce quartet.

Après une pause passée à déambuler dans le village associatif un verre de vin à la main, je retourne m’asseoir (le public est majoritairement dans des gradins) pour le concert de Faust. J’avoue ne pas connaître jusqu’à peu ce combo, considéré comme un des pionniers du krautrock, et du post-rock depuis les années 70’s. A priori il a influencé moulon de groupes et est considéré comme culte.

Le concert débute avec Zeppi, batteur portant un pantalon déchiré et un large chapeau, un australien qui débite une leçon d’anglais, Philippe Petit qui surgit de derrière ses platines et Jean- Hervé Péron, leader/créateur/bassiste/chanteur du groupe avec sa bonne tête, barbu, d’anar des 70’s, qui balance un enregistrement en français d’un truc scientifique tout en allant marteler des fûts, pieds nus. Un guitariste assez noisy et une claviériste les rejoignent.

Le son est fort, d’entrée. Habitué des concerts noise et punk dans des petites salles, cela ne me dérangera guère mais cela fera fuir une partie du public tout au long du set et alimentera les discussions dans la navette retour. Pour ma part, je serais plus gêné par les textes/envolées anarcho-poétiques en français que je trouve un peu surjouées et qui me feront décrocher de certains morceaux. Par contre musicalement, j’accroche. Cela me rappelle leurs héritiers de Gomm par un côté furibard, dissonant mais échappant à l’aspect oppressant du noise.

Clairement ils assurent, les déflagrations de gratte se mariant à merveille avec la basse plombée et les envolées du clavier. L’ambiance change souvent, on peut passer d’un morceau presque cabaret chantée par la demoiselle en anglais/allemand, à d’autres robotiques où est dit en boucle J’ai mal au dent et j’ai mal au pied aussi, moments ou le public s’échange des regards dubitatifs. Mais vite, l’attention est happée par des décharges sonicyouthiennes, soutenus pas des rythmes minimalistes et répétitifs mais pas aussi déstructuré que ce à quoi je m’attendais.

Philippe Petit, surexcité, torture ses platines (à priori une d’entre elles n’y résistera pas), se crispant sur ses disques, produisant scratch et stridences bien barrées. En plus de parfois marteler la table où il est installé, il aiguisera parfois un couteau derrière un micro, produisant un sont angoissant, effet amplifié par ses grimaces de psychopathes. Effet garanti !

Le set se termine par un morceau énorme, ultra énervé, dissonant, bruitiste, qui finalement va me faire oublier les moments où j’étais moins convaincu.
www.myspace.com/medericollignofficial
www.nosfell.com / www.myspace.com/nosfell
www.myspace.com/petercorser
www.myspace.com/perraudedward
www.myspace.com/faustpages

Plus de photos par Pirlouiiiit en cliquant ici
et une petite de Faust : là
Signature : mystic punk pinguinle 09/07/2010
Envoyer un message à mystic punk pinguin
Voir toutes les critiques de concert rédigées par mystic punk pinguin
Photographe : pirlouiiiit
Envoyer un message à pirlouiiiit
Voir toutes les critiques de concert photographiées par pirlouiiiit

le 10 Juillet 2011 - Ile du Frioul - Marseille (par roohakim)


le 09 juillet 2011 - Hôpital Caroline, îles du Frioul, Marseille (par Pirlouiiiit)

le 09 Juillet 2010 - Hôpital Caroline (Frioul) - Marseille (par The Duke Of Prunes)


le 18 juillet 2009 - Hopital Caroline - Frioul - Marseille (par Vernon sous le van)

le 17 juillet 2009 - Hopital Caroline - Frioul - Marseille (par Juanpa)


le 4 juillet 2008 - Presqu'Ile du Malsaucy, Evette-Salbert (par Philippe)

le 7 avril 2008 - Paris, La Defense magic mirror (par july)


le 12 août 2010 - Château de la Tour d'Aigues (par Mcyavell)
Festival MIMI - Marseille

le 10 Juillet 2011 - Ile du Frioul - Marseille (par roohakim)


le 09 juillet 2011 - Hôpital Caroline, îles du Frioul, Marseille (par Pirlouiiiit)

le 09 Juillet 2010 - Hôpital Caroline (Frioul) - Marseille (par The Duke Of Prunes)


le 18 juillet 2009 - Hopital Caroline - Frioul - Marseille (par Vernon sous le van)

le 17 juillet 2009 - Hopital Caroline - Frioul - Marseille (par Juanpa)
Copyright © Neolab Production 2000-2012. Reproduction totale ou partielle interdite sans accord préalable.
Conditions générales d'utilisation
Conditions générales d'utilisation

















