Critique de concert Francesco Bearzatti (Festival Jazz Dans Les Vignes)

Allez, une petite infidélité à Jazz Sur La Ville pour un festival au titre encore plus attractif : Jazz Dans Les Vignes. Nous sommes ici dans le Vaucluse à 133 km de Marseille. Sur la route les panneaux indicateurs sont racoleurs : Gigondas, Vacqueyras, Rasteau, Sablet, Séguret. Mais je maintiens le cap pour le non moins réputé village de Cairanne dont la Cave Coopérative est le théâtre de cette soirée.

Je suis en avance. Peut-être qu’ici les concerts commencent à l’heure, qui sait ?
"Vous venez exprès de Marseille ??" Je suis accueilli avec une assiette de terrines et un verre de vin rouge. Je suis presque autant flatté que mon palais.
"Vous direz bien qu’ici on sait recevoir, hein ?"
Je confirme. Et sans complaisance aucune. Francesco Bearzatti a l’air d’apprécier aussi les produits locaux. D’un ton nostalgique, il m’adresse : "Ah ! tou m’as vou avec mon groupe italien ?"
Ce soir ses musiciens sont Américains. Tous deux ont joué aux côtés d’Archie Shepp. La carte de visite de John Betsch (batterie) est longue comme le bras (Abbey Lincoln, Dewey Redman…), celle de Peter Giron (contrebasse) comme un jour sans pain (John Purcell, Luther Allison, Dave Leibman, Rhoda Scott…).
Ils vont enrober la force et la tendresse que Francesco sait accommoder lors de ses performances scéniques. C’est le cas dès la pièce introductive où ses sentiments passent par son alto.
Un organisateur avait dans sa volontairement maladroite présentation initiale rassuré les spectateurs qui auraient lu la bio du saxophoniste avant de se déplacer. Une biographie dans laquelle le mot punk est omniprésent. "Ne vous inquiétez pas, il va nous jouer le jazz qu’on aime".
D’ailleurs, il n’a pas le T-shirt des Ramones mais un polo noir floqué "Ma tu dove abiti ?"
Mais on ne se refait pas et dès l’intro du second morceau, quelques oreilles sous duvets blancs sont mises à rude épreuve. Même l’ado devant moi demande à sa sœur "Qu’est-ce que c’est "ça" ?"
"Ca", c’est Windows de Chick Corea mais revisité grave par Francesco Bearzatti. Sa merveilleuse composition personnelle qui suit, Rue Des Nanettes, écrite lors d’un séjour à Paris est plus accessible et évocatrice. On ferme les yeux, le pavé est gris et la pluie y ruisselle.
Sur son plus beau solo de la soirée, le contrebassiste y chante les notes presque aussi fort que son instrument assène les siennes.

Par la suite, Francesco montrera toute la force qu’il peut exprimer avec son ténor ou proposera des thèmes plus enlevés, plus primesautiers, plus classiques.
Sur Here’s That Rainy Day, il fait chanter sa clarinette et joue avec, situant sous le micro tantôt les clés tantôt l’ouverture du pavillon. Jouissif. Tout comme la performance suivante : contrebasse et batterie se sont tues pour laisser Francesco souffler de concert dans son ténor et sa clarinette tronquée pour l’occasion.
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Entre le concert du Moulin à Jazz et celui-ci, aucun titre n’aura été commun. Et Thelonious Monk n’aura pas été de la partie. Ah, si ! En rappel une appropriation de I Mean You vient rappeler l’attachement du saxophoniste italien au pianiste newyorkais.

L’after est on ne peut plus convivial. Autour du bar où sont offerts divers exquis canapés et verres de vin gouleyants, je discute avec les organisateurs du festival ou les musiciens. J’apprends en vrac que Francesco va refaire une tournée avec son "groupe italien", que le vin de cette année sera exceptionnel en quantité mais surtout en qualité, qu’après la vie de Tina Modotti, FB va s’attaquer prochainement à celle de Malcolm X, que 135 personnes étaient présentes ce soir et que "personne n’est parti avant la fin !", qu’il faut que je goûte à celui-là… Un concert mémorable et un accueil chaleureux. Sans complaisance aucune.
Ce petit bijou de festival en est à sa 7ème édition. Douze concerts sont proposés du printemps à l’automne en douze lieux différents (domaines ou caves coopératives). Les trois dates d’août sont en plein air et ont attiré cette année plus de 200 personnes chacune. Un festival à consommer sans modération.
Bonus vidéo : I Mean You

Je suis en avance. Peut-être qu’ici les concerts commencent à l’heure, qui sait ?
"Vous venez exprès de Marseille ??" Je suis accueilli avec une assiette de terrines et un verre de vin rouge. Je suis presque autant flatté que mon palais.
"Vous direz bien qu’ici on sait recevoir, hein ?"
Je confirme. Et sans complaisance aucune. Francesco Bearzatti a l’air d’apprécier aussi les produits locaux. D’un ton nostalgique, il m’adresse : "Ah ! tou m’as vou avec mon groupe italien ?"
Ce soir ses musiciens sont Américains. Tous deux ont joué aux côtés d’Archie Shepp. La carte de visite de John Betsch (batterie) est longue comme le bras (Abbey Lincoln, Dewey Redman…), celle de Peter Giron (contrebasse) comme un jour sans pain (John Purcell, Luther Allison, Dave Leibman, Rhoda Scott…).
Ils vont enrober la force et la tendresse que Francesco sait accommoder lors de ses performances scéniques. C’est le cas dès la pièce introductive où ses sentiments passent par son alto.
Un organisateur avait dans sa volontairement maladroite présentation initiale rassuré les spectateurs qui auraient lu la bio du saxophoniste avant de se déplacer. Une biographie dans laquelle le mot punk est omniprésent. "Ne vous inquiétez pas, il va nous jouer le jazz qu’on aime".
D’ailleurs, il n’a pas le T-shirt des Ramones mais un polo noir floqué "Ma tu dove abiti ?"
Mais on ne se refait pas et dès l’intro du second morceau, quelques oreilles sous duvets blancs sont mises à rude épreuve. Même l’ado devant moi demande à sa sœur "Qu’est-ce que c’est "ça" ?"
"Ca", c’est Windows de Chick Corea mais revisité grave par Francesco Bearzatti. Sa merveilleuse composition personnelle qui suit, Rue Des Nanettes, écrite lors d’un séjour à Paris est plus accessible et évocatrice. On ferme les yeux, le pavé est gris et la pluie y ruisselle.
Sur son plus beau solo de la soirée, le contrebassiste y chante les notes presque aussi fort que son instrument assène les siennes.

Par la suite, Francesco montrera toute la force qu’il peut exprimer avec son ténor ou proposera des thèmes plus enlevés, plus primesautiers, plus classiques.
Sur Here’s That Rainy Day, il fait chanter sa clarinette et joue avec, situant sous le micro tantôt les clés tantôt l’ouverture du pavillon. Jouissif. Tout comme la performance suivante : contrebasse et batterie se sont tues pour laisser Francesco souffler de concert dans son ténor et sa clarinette tronquée pour l’occasion.

Entre le concert du Moulin à Jazz et celui-ci, aucun titre n’aura été commun. Et Thelonious Monk n’aura pas été de la partie. Ah, si ! En rappel une appropriation de I Mean You vient rappeler l’attachement du saxophoniste italien au pianiste newyorkais.

L’after est on ne peut plus convivial. Autour du bar où sont offerts divers exquis canapés et verres de vin gouleyants, je discute avec les organisateurs du festival ou les musiciens. J’apprends en vrac que Francesco va refaire une tournée avec son "groupe italien", que le vin de cette année sera exceptionnel en quantité mais surtout en qualité, qu’après la vie de Tina Modotti, FB va s’attaquer prochainement à celle de Malcolm X, que 135 personnes étaient présentes ce soir et que "personne n’est parti avant la fin !", qu’il faut que je goûte à celui-là… Un concert mémorable et un accueil chaleureux. Sans complaisance aucune.
Ce petit bijou de festival en est à sa 7ème édition. Douze concerts sont proposés du printemps à l’automne en douze lieux différents (domaines ou caves coopératives). Les trois dates d’août sont en plein air et ont attiré cette année plus de 200 personnes chacune. Un festival à consommer sans modération.
Signature : mcyavellle 21/10/2009
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Photographe : mcyavell
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le 5 octobre 2010 - Institut Culturel Italien (par Mcyavell)
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