Critique de concert Francesco Bearzatti Tinissima Quartet


Francesco Bearzatti était venu à la Manutention déjà invité par l’AJMi à Pâques 2007. Le revoici pour son nouveau projet – le disque est sorti à l’automne – X (Suite For Malcolm). Après la biographie en musique de la photographe italienne Tina Modotti, le clarinettiste italien a conçu celle, non moins mouvementée, du prêcheur afro-américain. "Un hommage à Malcolm X et à la musique américaine", complète-t-il.
La formation est la même qu’au Moulin à Jazz voilà deux ans, toujours nommée Tinissima Quartet. Les quatre arborent un T-shirt noir sur lequel est inscrite cette citation : "Our objective is freedom, complete justice, complete equality, by any means necessary." X

Le décor est planté. Pas de concession. La vie de Malcolm X défile dans nos oreilles. L’évocation des différentes étapes de sa vie lors du concert n’est pas chose aisée. Elle l’est davantage à l’aide de la pochette du disque : l’adolescence (Hard Times / Smart Guy), l’arrivée à New York où il aurait ciré les chaussures de Duke Ellington (Cotton Club), la délinquance (Prince Of Crime), la prison (Satan In Chains) où il étudie et se convertit à Nation Of Islam (Conversion) dont il devient vite un personnage important (A New Leader), la trahison dont il fit l’objet (Betrayal)…
Comme à son habitude, Francesco Bearzatti reste maître dans l’art de diffuser les sentiments qu’il éprouve à travers sa clarinette et plus encore son saxophone ténor. Et l’investissement, la rage, l’enthousiasme qui sont les siens dans ce projet-là sont prodigieux, peut-être davantage encore que pour Tina.

Nos sens sont excités en permanence : que ce soit lors des pièces à la troublante beauté mélodique (le merveilleux Betrayal avec sa rythmique qui évoque l'approche de la mort sur lequel le saxophone crie son désespoir et nous arrache des larmes) ; que ce soit lors des pièces volontairement répétitives (l’obsédant Smart Guy) ; que ce soit lors des plages éperdument avant-gardistes (la folie de Satan In Chains à laquelle contribue activement Giovanni Falzone pas seulement trompettiste sur ce coup-là) ; que ce soit lors de l’instant folklorique créé par l’association du xaphoon et de la voix de Falzone et appuyé par les percussions de Zeno de Rossi…

L’Epilogue hip hop est simplement diffusé, les membres du quartet immobiles, face au public tout d’abord, puis se retournant pour exhiber le côté face de leur T-shirt. On entend la voix de Napoleon Maddox absent ce soir mais qui sera présent le 9 juillet prochain au Festival de Porquerolles. Courez-y. By any means necessary...
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette, xaphoon / Giovanni Falzone : trompette, effets vocaux /
Danilo Gallo : basse / Zeno de Rossi : batterie, percussions.
Signature : mcyavellle 21/04/2011
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