Tout est prêt dans la coquette salle du Moulin à Jazz pour accueillir Francesco Bearzatti. Sur les petites tables rondes figurent des étiquettes avec le nom des habitués ayant eu la bonne idée de réserver et le programme du Charlie Jazz Festival qui se déroulera ici-même mais en plein air du 3 au 5 juillet. Au programme de ces trois jours, rien moins que Baptiste Trotignon, David Murray et le Paris Jazz Big Band.
Avant le début du set, Francesco Bearzatti nous parle du coup de foudre qu’il a eu pour Tina Modotti, photographe italienne du siècle dernier. Il nous raconte plusieurs étapes de la vie de cette femme à la vie romanesque : née à Udine en 1896, émigrée en 1913 à San Francisco, mariée en 17, actrice à Hollywood en 20, veuve en 22, découvre la photographie avec Edward Weston, Mexico en 23, expulsée en 30 (communiste), Berlin, Moscou, France, Espagne et enfin retour au Mexique où elle meurt en 42. S’il prend le temps de nous raconter tous ces détails, c’est parce que la suite qu’il nous propose est un hommage à Tinissima (ainsi l’appelait sa maman). Connaître sa vie va nous aider à trouver les clés de la symbolique émaillant les compositions.
Sur Adieu Udine, Danilo Gallo (guitare basse acoustique) joue huit notes en boucle enrobées par Zeno de Rossi (batterie). On comprend tout de suite que la soirée va être exceptionnelle lorsque Francesco Bearzatti commence son récit à la clarinette. La composition est remarquable, le solo, certainement en partie improvisé, oscille entre une dosette de graves et trois doses d’aigus que Giovanni Falzone accompagne d’effets vocaux. Puis celui-ci prend sa trompette pour jouer le thème principal en duo.
Sur une des pièces suivantes, plus free que les autres, Francesco, alors au saxophone ténor, déploie une énergie punk, justifiant le port de son T-shirt Ramones et l’appellation Sax Pistols d’un de ses précédents projets.
Tant d’énergie déployée sous une telle chaleur nécessite un petit repos. Contrebasse et batterie se retrouvent alors seules sur scène et semblent se reposer aussi (Danilo, tu dors ?) jusqu’au retour de la trompette et du saxo.
J’avoue ne pas avoir capté tous les signaux censés indiquer quelle période de la vie de Tina Modotti était survolée. Pour le Mexique, c’est facile, les sonorités ne permettant aucune équivoque avec un merveilleux fight saxophone / trompette accompagné à la contrebasse.
Sur la pièce suivante, ça l’est moins. Mais je ne réfléchis plus, trop occupé que je suis à me délecter de deux soli d’anthologie (clarinette puis trompette) puis de la communion des deux instruments.
Ca redevient facile pour l’Espagne avec un solo de bec de clarinette d’un Francesco complètement déjanté, puis moins aisé avec un solo / impro d’enfer accompagné par une basse aussi basique que lancinante symbolisant certainement la mort.
Fin de l’histoire.
Après un quart d’heure de pause bien méritée, le quatuor revient sur scène pour trois nouveaux bijoux :
- Monk Vs Queen (saxo et trompette jouent sur le riff de Another One Bites The Dust)
- Le merveilleux Hope (voir la vidéo ci-dessous), certainement une nouvelle composition puisque Giovanni a besoin d’une partition pour la première fois de la soirée.
- Monk Vs Aerosmith (Francesco joue le thème de Walk This Way)
Les quelques privilégiés présents ont reçu une véritable claque bleue, rouge et noire. Bleue comme les notes qui s’échappent du saxo de Francesco Bearzatti. Rouge comme la vie de Tina Modotti. Noire comme la rage du punk qui anime ce quartet.