Et ben voilà, ce concert termine l’année 2001 en beauté ! Comme il se doit, quand la programmation est de qualité, il n’y a pas grand monde dans la petite salle de la Coopé... Il y a toutefois suffisamment de monde pour que les artistes n’aient pas l’impression de faire une balance. J’avais été un peu déçu par l’écoute du premier disque de Luke, il me semblait que c’était un peu tristounet. Le concert m’a donné envie de le réécouter, et ce soir, les morceaux sonnent très bien. Ces cinq jeunes hommes n’ont rien inventé, leur musique n’a rien de révolutionnaire, il serait faux de le prétendre... Cela dit, on peut remarquer qu’ils écrivent de très bonnes chansons pop-rock, que les mélodies sont agréables et qu’ils savent jouer sur scène. Des problèmes de son ont failli gâcher le tout (amplis qui sifflent, larsens sur la voix) mais, ça peut arriver : la hi-fi, de toute façon, c’est chiant ; on peut quand même reconnaître une bonne chanson, même si le son n’est pas parfait.

Luke est composé d’un guitariste chanteur, qui met un peu de liant et détend l’ambiance, d’un responsable des claviers (planants), d’un batteur, d’un bassiste expansif, et d’un placide guitariste, qui ne bouge pas d’un orteil mais distille, avec tact et sobriété, de petits riffs et arpèges aériens. Tout le monde passe un bon moment, le public applaudit beaucoup et manifeste son approbation avec ferveur. Les chansons sont pour la plupart calmes et lentes mais parfois, tout ce monde s’énerve, appuie sur les pédales de distorsion, et accélère le rythme. Le titre « La cour des grands » est assez représentatif de ce que fait ce groupe : une voix murmurée, des guitares cristallines, des mélodies réussies, une envolée de claviers onirique, un final bruyant toutes guitares sorties. La voix du chanteur a des sonorités très agréables, on est en terrain ami : elle fait penser aux cordes vocales de Dominique Ané et Yann Tiersen, et bien sûr, de Christophe Miossec (« Encore une fois », « A nos amis »). Les textes sont assez corrosifs et rappellent la qualité française de Miossec, Dominique A. (encore) et Noir Désir. Il y a des ressemblances, mais ce n’est pas un plagiat. Puis, ils nous jouent « Se taire », leur « tube » clipé, qui passe tous les soirs dans M6 Music vers 2 h 55 entre Lorie et L5 : quel respect pour la musique ! Les lumières se rallument, mais les personnes qui on fait le déplacement, en veulent encore et rappellent avec insistance le groupe. Celui-ci s’exécute : « Fallez pas, vous n’étiez pas obligés ! » déclare le chanteur. D’accord, mais ça nous a fait plaisir.
Toute de noir vêtue, l’égérie des Inrockuptibles, comme ils disent sur Radio Arverne, se présente sur scène avec ses trois musiciens. « Nous sommes les Françoiz Breut et nous venons de Bruxelles. » Pour cette fin de tournée, Dominique A n’est plus là pour jouer du clavier et de la guitare. Tout le monde semble plus rôdé et moins crispé qu’au Printemps de Bourges 2001, en première partie de la géniale Keren Ann et des immenses Sigur Ros. Contrairement à ce que nous avons vu ces derniers jours, nous avons ici affaire à de bons musiciens qui savent rester sobres et originaux dans leurs interventions, c'est assez agréable ! Le groupe de Françoiz B. sonnent parfois comme les excellents Calexico, c’est dire…

On remarque que le guitariste se sert parfaitement de son effet sampler pour sonner comme deux guitares, il a un son très minimal et lo-fi. Le contrebassiste apporte une touche acoustique bienvenue. Le batteur est discret mais très drôle quand il chante ou joue de la guitare. Ils échangent souvent leurs instruments, une très bonne habitude qui permet d’avoir une approche différente. Françoiz Breut a toujours sa voix troublante, j’avoue ne pas être insensible à son charme rétro, sa silhouette minuscule me bouleverse… Chaque chanson est plus belle que la précédente, c’est le bonheur, ce concert. Cela ne me dérange même pas quand elle annonce une reprise de Rika Zarai ! Comme je ne connais pas très bien l’œuvre inoubliable de cette personne (et que je n’ai pas très envie de la connaître), je ne sais pas si c’est vrai, ou si c’est une blague. La chanson est sympa en tout cas. Nous aurons droit à deux rappels, le dernier étant exécuté par toute la troupe en formation resserrée autour de Françoiz B. Vite, un autre album et une autre tournée, s’il vous plaît !
(Photo de Luke prise par Flore-Anne Roth à Bourges, le 10 avril 2002. Photo de Françoiz Breut prise par Hum! à Marseille.)
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