Critique de concert Motörhead + Lords Of Altamont + Koritni (Free Wheels 2010)


Petit pèlerinage au Free Wheels Festival à Courpière dans le Puy-de-Dôme pour assister à la soirée où les mythiques rock 'n rollers de Motörhead officiaient en tête d'affiche de trois jours d'un programmation majoritairement orientée hair métal ultra daté (Twisted Sister) et blues très lourd (Popa Chubby)... Avec une dernière édition, à Cunlhat, datant de 2001 (qui ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable : le dramatique Eagle Eye Cherry triomphant alors que Frank Black avait joué devant une foule hostile et que les Fun Lovin' Criminals avaient proposé un show spécial motards... ), on pensait que le Free Wheels était mort et enterré... Et bien non, il renait de ses cendres 9 ans plus tard, dans un champ de patates à Courpière, avec la même recette : des hordes sauvages de vieux bikers roulant des mécaniques (les Hell's Angels, qui organisent la manifestation, servent les bières, assurent la " sécurité "... et empochent la monnaie), des concours de t-shirts mouillés, des strip teases, des spectacles épate gogos (avec du feu ou des tronçonneuses en général) et au milieu des multiples stands de tatouages, de vêtements pour effrayer les grands mères, de pièces détachées et de couteaux (et " développement durable ", y'a pas comme stand ?) une grande scène avec... de la musique, pour faire un peu d'animation...

Vu l'ambiance assez morne pendant les concerts, on se dit que la musique n'est pas la principale passion des 10 000 spectateurs payants réunis à Courpière, ceux-ci préférant tourner en rond sur le site au guidon de leurs terribles engins, parler de leur dernière moto, de leur flambant neuf badge avec une croix gammée, un drapeau sudiste ou une inscription " white power ", de leurs vacances en famille à Val d'Isère ou de la rutilante carrosserie de cette blonde vulgaire aperçue dans les allées du Free Wheels. Quoi qu'il en soit, même si l'on est un peu considéré comme un sous homme ici dès qu'on ne possède pas une Harley Davidson et un blouson en cuir noir, l'atmosphère du samedi 7 août était plutôt bon enfant... Récit :

Lords Of Altamont, Dommage !
Après le traditionnel parcours du combattant pour garer sa voiture en évitant de se faire racketter de 5 euros, rejoindre le site à pied par un long chemin escarpé et traverser le très couru village Barnum, notre arrivée devant la scène se fait à 20h, pile à l'heure pour le début du set des Lords Of Altamont, un nom qui rappelle un bon souvenir aux Hell's Angels : un concert des Rolling Stones circa 1969 où leur ultra violence avait fait des ravages... Il fait encore jour, le son est ignoblissime - c'est une innommable bouillie sonore au début ! -, le public est clairsemé et se contrefout du concert (on remarque trois ou quatre applaudissements à la fin de chaque morceau) : on ne peut pas dire que les conditions soient idéales pour jouer ! Réduits à quatre musiciens, les Lords Of Altamont déroulent un set de 40 minutes avec des nouveaux titres et les incontournables (Cyclone !) de leur set. On est content de les voir mais on passe toute la durée du concert à se dire que c'était cent fois mieux dans le bar de l'Escapade il y a quelques années de ça, avec une ambiance de feu et un son audible... Dommage !

Koritni, Pouahhhhhhhhhhhh, quelle innommable purge !
Juste après le set des Lords Of Altamont, on constate avec effroi et en s'éloignant (y'a pas écrit " maso " là, hein !) que le groupe suivant, Koritni, est un des pires représentants du hard FM eighties : les solos aigus sont infects, la voix de crécelle du chanteur couineur est à vomir, tous les riffs sont piqués à AC/DC (très mal repris au cours du set d'ailleurs... ), c'est d'un risible total ! L'avantage c'est que tout le monde a l'air de s'en cogner... Quand le groupe quitte la scène, la réaction de l'assistance semble être la satisfaction distraite de voir déguerpir ces Australiens peu doués. Qui reviennent néanmoins pour un rappel non demandé, avec un affreux titre entre slow idiot et hard débile. Pouahhhhhhhhhhhh, quelle innommable purge !

Motörhead, " We are Motörhead and we play rock 'n roll ! "
Après un éprouvant spectacle pyrotechnique à base de chevaliers guerroyant devant des filles en petites tenues se faisant des gâteries (il faudra que ça s'arrête un jour ces spectacles quand même !), Motörhead arrive enfin vers 22h45... Lemmy Kilmister (traduction approximative : " monsieur tuerie " ? ) dit quelques mots gentils de sa voix de grand mère enrouée : " We are Mötorhead and we play rock 'n roll ! " et c'est parti pour un set oscillant entre les très bons moments de heavy metal punk et les dramatiques dérapages typiques du souvent affligeant métal circus : trop techniques notes de guitare dans les aigus par le guitariste chauffeur de salle, solo de guitare ridicule en plein milieu du show, double pédale effarante sur quelques titres et solo de batterie complètement hors jeu pendant le bien nommé In The Name Of Tragedy...
Clairement, le leader de Motörhead a, lui, toujours la grande classe, même s'il semble parfois en bout de course : son look de desperados revenu vivant de tous les combats, son chant rocailleux de vieux pirate lubrique et son jeu de basse surpuissant font toujours un effet remarquable alors qu'il est né en... 1945 ! Faites le compte... Un peu de régression hard rock avec Motörhead ça fait un putain de bien ! Et l'on se remémore nos chevauchées passées dans les volcans d'Auvergne avec une vielle Citroën AX boostée par un best of de Lemmy & co sur cassette repiquée. C'était une autre époque, mais 20 ans plus tard les titres de Motorhead – nos préférés ce soir : Killed By Death, Ace Of Spades, Overkill, Just 'Cos You Got The Power, Iron Fist – résonnent toujours comme des hymnes adolescents à la liberté de faire du boucan et de vivre en faisant un peu n'importe quoi... Les défauts évoqués plus haut passent de ce fait un peu au second plan : on oublie que le batteur, dont seuls les cheveux dépassent de l'énorme kit de batterie (Muppet Show ?), a souvent la main trop lourde et que le guitariste se complait maintes fois dans la démonstration...
On ne s'attardera pas non plus sur le manque de ressort du public, assez apathique, sur l'absence de titres comme Ramones, Motorhead, Orgasmatron ou Rock 'n roll... ou sur le fait que tout cela sent un peu la fin de tournée. On a revu Motörhead plutôt en bonne forme au Free Wheels (leur premier passage lors de ce festival nous avait fait fuir à cause des solos incessants), on a pris notre pied pendant un bonne moitié du set et Lemmy a conclu sa prestation en tenant en joue le public avec sa Rickenbacker, comme la légende le veut. On repart donc pendant le feu d'artifice tiré sur la colline et avant le " très attendu " strip tease final, rassasié, avec le refrain de Killed By Death en tête... et l'on se réveille le lendemain, ravi d'avoir passé sa soirée avec Lemmy, en sifflotant le même air.

Liens : www.freewheelsleretour.com, www.imotorhead.com/, www.myspace.com/motorhead, , www.lordsofaltamont.com, www.myspace.com/lordsofaltamont, www.myspace.com/koritni...
Photos par Flore-Anne Roth www.floreanneroth.com
Signature : pierre andrieule 10/08/2010
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