Critique de concert Gildas Etevenard + Fantazio + Manu Théron (Carte Blanche à Gildas)


Cette date était notée depuis bien longtemps dans mon agenda et j’avais pris mes dispositions pour être sûr d’être là dès l’ouverture des portes pour être bien placé. Lorsque, Lucie nourrie, lavée, couchée, j’arrive à 19h30 devant la Meson, il y a déjà un peu de monde. Légèrement privilégié je me glisse à l’intérieur où Gildas Etevenard, Fantazio et Manu Théron sont en train de discuter. Sachant que ces deux derniers ne s’étaient jamais vus ni entendus avant ce soir je les laisse faire connaissance et reste discrètement dans mon coin (le syndrome photographe). Mais reprenons les choses dans l’ordre. Ce soir il s’agit en fait du dernier des trois soirs de la Carte Blanche que la Meson a confié à Gildas Etevenard, batteur (mais pas que) marseillais que j’ai croisé dans pas mal de projets (ainsi que dans la rue) tous plus intéressants les uns que les autres.

Que ce soit au sein de Melc tout d’abord, "son" groupe de jazz que j’avais vu en 2005 puis en 2007 (mais que j’ai raté en 2010), en duo avec Fantazio (vu ici même en 2009) ou Akosh S (vu toujours ici en 2010) ou même plus discrètement au sein de Nevchehirlian (vu cette année aussi), j’ai gardé de chacun de ses concerts un très bon souvenir … Et j’avoue que lorsque j’ai vu qu’il avait décidé de faire se rencontrer ces deux enfants terribles que sont Fantazio et Manu j’étais très impatient du résultat (et en même temps un peu inquiet comme j’y reviendrai).

Donc après un vendredi soir en solo et un samedi soir en duo avec Fantazio, Gildas accueillait ce soir Fantazio et Manu. Et quand je les ai vu / entendu discuter juste avant le concert, Manu venait juste de débarquer d’Algérie et Fantazio … de se lever ;-). Et visiblement Manu ne connaissait pas plus le répertoire de son futur nouvel ami que l’inverse. Le concert commencera avec un peu de retard (21h au lieu de 20h) le temps de faire rentrer tout le monde, temps que nous mettrons à profit pour (re)gouter au fameux hotdog et gâteau au chocolat de Denise.

Après une courte intro de Gilles, c’est Gildas tout seul qui fera son entrée et se placera derrière ses futs (et autres instruments). Il nous expliquera pour commencer que normalement il a un micro casque pour chanter mais que ce soir il ne marche pas donc qu’il essaiera de chanter assez fort. Et c’est parti pour 20 minutes en solo. 20 minutes denses et variées pendant lesquels je ne m’ennuierai pas une seconde, regrettant même assez vite de ne pas avoir pu venir vendredi. Des percus en tous genre (joués à la baguette surtout), des clochettes, son espèce de grosse guitare basse en bois couchée (je l’ai entendu dire le nom mais je ne l’ai pas retenu), une extrémité de trompette en guise de porte voix pour un chant en anglais (qui avait commencé un peu comme une déclamation à la The Ex / cours d’anglais).

Il grimace, se tord, tout en restant raide comme une baguette, il est complètement dedans sans sur-jeu (en tout cas c’est comme ça que je le perçois maintenant). Bref j’en prendrai plein la vue et les oreilles jusqu’à ce qu’il annonce l’arrivée de ses deux invités. Fantazio et Manu débarque et là quelque chose d’assez magique va lentement s’installer. En effet ayant déjà vu Manu un paquet de fois au sein de Chin Na Na Poun, La Troba Nova, Gacha Empega et bien sûr Lo Cor de la Plana et Fantazio en duo ou trio, … c’est avec beaucoup d’amusement que je les regarderai se surprendre mutuellement et surtout s’accompagner.

Le pari de Gildas était osé. Certes Manu comme Fantazio est un gros déconneur sur scène mais là où le deuxième est capable de faire vraiment n’importe quoi et dans tous les registres (impros verbales et instrumentales), le premier a quand même un répertoire plus étroit (chant occitan et méditerranéen on va dire) et a plutôt l’habitude de faire le zouave entre les morceaux. De plus si Fantazio et Gildas ont déjà joués ensemble plusieurs fois (notamment la veille) il ne me semble pas qu’il en soit de même pour Manu. Bref c’est donc ce dernier qui a le rôle le plus délicat ce soir.

Je ne sais pas si je projetterai mes angoisses sur lui mais il me semblera d’ailleurs à deux ou trois reprises au début qu’il sera un peu désarçonné et ne saura plus trop pas quel bout prendre Fantazio, ou quand poser son chant. Venu avec son petit livre de citations politico-marseillaises il sera très vite obligé de le laisser tomber … notamment après que Fantazio après lui avoir demandé une Gaudinade fasse remarquer que ça serait mieux de parler d’autre chose vu que tout le monde ici devait avoir la même opinion à son propos … et d’enchainer sur des trucs sans queue ni tête à propos du transit des enfants ou des avantages de la vidéo.

Dans les grands moments (pour moi) je citerai celui où Fantazio prendra un accent allemand outrancier, lorsqu’il fera chanter "Marechal nous voilà" à Manu, lorsqu’il se mettra à 4 pattes et que Manu montera sur son dos en chantant en occitan une chanson sur tetris (en tout cas c’est ce que Fantazio lui avait demandé) et qu’ils fendront ainsi le public pourtant dense jusqu’à sortir dans la rue (sous le regard amusé de Gildas en train de les chronométrer avec le téléphone de Manu), ou encore lorsque Fantazio fera mine de confondre "Finalement" avec "Allemand" donnant lieu à un faux quiproquo assez drôle …

Bref je pourrais citer un paquet d’exemples comme ça qui ont fait que ce concert tenait parfois du one man show (two men show d’ailleurs plutôt) mais ce serait occulter la deuxième moitié qui a fait que ce moment fut à proprement parler extra-ordinaire : la musique. Ce mélange transe-occitane et jazz-contrebasse parfaitement lié par le jeu totipotent de Gildas fut un régal du début jusqu’à la fin. En plus de se batterie il jouera avec des moules, des clochettes, un jouet pour enfant, une trompette, un coquillage… ça durera près de 2 heures mais ça aurait pu durer le double sans qu’on y trouve à redire.

D’ailleurs Fantazio qui avait retrouvé le sourire des grands soirs était impossible à arrêter à la fin. Une petite poésie, un petit rockabilly pour finir avec Manu faisant des chœurs Elvisiens ... j’ai assisté ce soir à un superbe jeu du chat et à la souris entre Manu et Fantazio … Et même si sur la fin on aura presque l’impression que Gildas se mettra un peu en retrait (comme dépassé par les gamineries des deux autres) on n’oubliera pas que c’est sur lui que les deux se reposeront / re-caleront dans les moments de flous et surtout grâce à lui qu’on aura lui droit d’assister à ce moment d’anthologie.

Je pense que cette soirée aura non seulement marqué les esprits des gens qui étaient là mais aussi aura surement fait germer quelques idées à ses intervenants. Bref bravo à la Meson et ses cartes blanches, bravo à Gildas pour son jeu et cette idée, bravo à Fantazio pour sa folie douce, bravo à Manu pour sa gouaille … et à bientôt !
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Signature : pirlouiiiitle 16/11/2010
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Photographe : pirlouiiiit
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