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C’est la cinquième fois que je les voie, la première, c’était l’année dernière en première partie de Blonde Redhead, justement, à la Cigale. C’est mon quatrième concert de Gomm pour cette seule année de 2005 et je ne m’en lasse toujours pas. Je n’aime pas la répétition, je ne suis pas non plus un monomaniaque, mais si la puissance de leur musique opère à chaque coup, c’est bien que nous sommes en présence d’un excellent groupe. Pour être honnête, je dois signaler que je n’ai pas payé ma place, qu’ils m’ont offert un joli tee-shirt rouge et que j’ai pu me gaver à l’œil de champagne, de mojitos, ainsi que d’un peu de vin rouge. Ces écarts de conduite (j’ai pris ensuite le volant pour rallier tant bien que mal et pas toujours en ligne droite Paris) n’enlève rien à la force de cette affirmation : Gomm est le groupe à voir pour toute personne fan de rock.

Le spectacle n’a rien d’époustouflant au niveau de leur présence. Ils sont sobrement habillés de noir. Ils n’usent d’aucune poses rock’n’roll. Pas de moulinet au-dessus des guitares, pas de harangue , pas non plus de saut dans la foule. Leur fougue à eux est tout entière concentrée sur la musique et les moyens de la jouer de la manière la plus efficace et la plus mémorable pour les tympans. Les yeux ne sont pas oubliés pour autant. Les quatre musiciens sont entourés par tout un appareillage de néons et de stroboscopes qui réagit aux différentes impulsions des chansons. Et ça n’en manque pas d’impulsions, de tensions, d’accélérations…

Chaque titre développe plusieurs idées mélodiques, tout en étant parfaitement cohérent et efficace.
Gomm revendique l’influence de Can et de Wire, deux groupes des années soixante-dix. Et c’est vrai que l’utilisation des claviers analogiques, les longs passages instrumentaux rappelle cette période, un mélange de heavy métal et de rock progressif, Black Sabbath versus Pink Floyd. Ces références évoquent des groupes qui sont rapidement tombés dans la caricature d’eux-mêmes avec des morceaux boursouflés de solos, les ambiances prenant le pas sur le rock’n’roll.

Mais Gomm injecte à ses ainés une bonne dose de speed. Il y a eu beaucoup de travail en amont, de nombreuses heures de répétition, un paquet d’accords jetées à la poubelle, pour ne garder que l’essentiel : de la très bonne musique.

Mon enthousiasme est beaucoup plus mesuré en ce qui concerne Blonde Redhead. Le trio (Kazu Makino, chant-guitare-clavecin, Amedeo Pace, chant-guitare, Simone Pace, batterie) ne parvient pas à interpréter correctement ses dernières chansons. Depuis Melody of Certain Damaged Lemons, les new-yorkais se laissent gagner par leur penchant pour Serge Gainsbourg. Les guitares doivent parfois laisser la place à du clavecin, les rythmes sont plus fins. Sur disque, c’est une réussite. Sur scène, ce fut … éprouvant. A trois, il leur est impossible de reproduire les arrangements de Misery is a Butterfly, leur dernier album.

Alors en guise de béquilles, il s’aide de samplers. Béquilles ? Oui car les versions donnés sur la scène du cabaret de la Cartonnerie boitaient dangereusement. C’était moche et parfois d’affreuses stridences s’échappaient de cet ensemble très peu harmonieux. On ne savait si les samples accompagnaient les musiciens ou si c’était le contraire. Il n’y eut que deux bons moments pour moi :
•Equus, le très bon dernier titre de Misery is a butterfly. Il y avait là aussi un peu de sample, la voix de Kazu, par-dessus laquelle elle chantait pour de vrai. Mais ici, ça fonctionnait.
•Futurism versus Passeism, un ancien titre (présent en deux parties sur Fake can just be as good et In an expression of the Inexpressible), du temps où Blonde Redhead était un groupe à guitares. C’est un long morceau instrumental. Amadeo et Kazu se font face, s’affrontent, se séduisent à coups de riffs.

Dans ces moments, cet étrange assortiment d’une japonaise et de jumeaux italiens qu’est Blonde Redhead dévoile son charme singulier. Un objet musico-sexuel. Kazu, la chanteuse, déborde de sensualité. Elle n’est couverte que d’une légère étoffe. Ne cesse de bouger ses jambes, ses hanches et quand elle chante on croit l’entendre jouir. (Message personnel : je pense que cela doit exister, je serais intéresser par une compilation de cris de jouissances de japonaises ou de chinoises) C’est Amedeo qui semble avoir ses faveurs. Elle s’en approche, plonge son regard puis tourne les talons avant de revenir. Pendant ce temps, Simone bat la mesure dans le rôle du voyeur qui fait semblant de regarder ses cymbales. C’est assez troublant. L’impression de violer l’intimité d’un ménage à trois.

Ca vaut le détour. Musicalement, ça ne manque pas de soufre. Mais par pitié, qu’on leur vole leurs samplers !
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