Critique de concert (mon) Graspop Metal Meeting 2011 : Kylesa, Firewind, Triptykon, Black Label Society, Moonspell, Times of Grace, Electric Wizard, Arch Enemy, Monster Magnet, Whitesnake, Pain, Cradle of Filth, Judas Priest

Quand on ne connaît pratiquement que les noms des groupes qu'on y programme, est-il raisonnable d'aller à un festival de metal ? La question peut se poser. En tout cas, avec trois compères partis là-bas pour 3 jours, un filleul et des amis à voir dans le coin, deux prétextes suffisants pour passer un week-end en Belgique et s'aventurer, pour la première fois, au Graspop Metal Meeting de Dessel... en plein chez les flamands ! Au risque de revivre un enfer boueux et néanmoins co(s)mique comme il y a pile un an, au Festival Sonisphère en Suisse.
La Flandre n'est en effet pas plus que la Suisse, connue pour avoir la météo la plus ensoleillée d'Europe, on le constate dès le pied posé... Cela étant, l'expérience sera limitée ici à 1 jours sur les 3, parce qu'on a ni le temps ni le courage de passer 3 jours entiers à écouter du metal, entouré de bêtes sauvages au dialecte horriblement dissonnant, et que même notre résistance aux frites est limitée ! Il semble, d'après nos amis déjà sur place qu'on ait rien raté de génial la veille, mis à part une franche rigolade et un concours de air guitar d'anthologie devant les inénarrables (et ridicules, c'est confirmé) Scorpions, qui ont hélas zappé leur kitschissime et flatulant "vent du changement"...
Le site du festival profite manifestement d'une longue expérience (16 éditions) et est donc parfaitement aménagé, convivial et ergonomique (jamais plus de 100 mètres à marcher pour se remplir ou pour se vider...) Quelques averses ne l'ont pas rendu impraticable, puisqu'il est sableux et n'a pas été ... labouré. Par ailleurs 3 scènes sur 4 sont couvertes de grands chapiteaux de cirque (ce qui est bien agréable, au vu du méchant petit crachin qui nous accueille sur place et mettra plusieurs heures à cesser complètement). Les jetons uniques avec lesquels on peut tout payer sont bien pratiques, même le camping est bien pensé et bien entretenu : à part quelques détails secondaires, tout est parfait !
Arrivée au coeur de l'action avec un timing parfait, aux premières notes brutales de Kylesa. Ce groupe de sludge metal, déjà aperçu aux Eurocks, est une des seules choses qui nous ait intéressé en matière de "nouveauté metal" ces dernières années, notamment par son premier album - le deuxième est également convaincant mais moins surprenant, sauf par sa belle couleur orange crémeux. Des titres des deux opus sont évidemment joués, et Unknown Awareness, notre préférée, dès le début et alors que le son n'est pas encore bien réglé. Plus tard, la puissante Running Red profitera d'une amélioration nette, et nous donnera un premier moment de plaisir. En tout cas les deux batteries et la chanteuse, particularités de Kylesa, font que 45 minutes avec elle, et eux, finie dans un raffut formidable, sont bien vite passées !
Une belle portion de frites plus tard (NB, en Flandre, un stand sur deux s'occupe de "Frituur" !), et l'on fait un saut devant le main stage pour découvrir Firewind (quel nom de merde, on dirait un titre des Scorpions). Le chanteur a une voix vaguement ozzyesque (on en reparlera), le gratteux du combo grec serait par ailleurs précisément celui d'Ozzy (il est bon, en effet), et leur logo est grandiloquent et mochasse. C'est pas mal mais vite oublié, un groupe de metal standard comme il y en a des dizaines...
Petit passage sous une tente Marquee devant les Triptykon : ce sera le groupe death de la journée (un, c'est bien !). Deux mauvaises nouvelles pendant leur set de complaintes invariablement sinistres et brutales : dans le guide payant du festival, les présentations des groupes sont seulement en flamand (sans filet, la présente chronique bascule donc en gonzo...). Et surtout, Ozzy Osbourne vient "officiellement" d'annuler, victime d'une "major laryngitis"... Comme d'habitude dans ces cas-là, on fera semblant de croire que les organisateurs ne le savaient pas déjà hier ou ce matin. Vu que les photos sont toutes ratées, autant montrer qu'en festival metal de plein air, on applique le même standard sonore que partout : 105 dB, pas un de plus, c'est affiché en très grand à la console sonore !
Retour au Main stage pour Black Label Society, qui est remarquable à plusieurs titres : d'abord parce que je le connais un peu, ensuite parce qu'il y a l'impressionnant viking Zakk Wylde (grimé en chef indien et chantant sur des crânes empilés) dedans. Bon en même temps il y a aussi des tas de vikings autour de nous - il paraît que la grande taille est un atavisme génétique des peuples bataves (information du jour d'un collègue qui lui, en a trouvé une toute petite). Intro au piano kitsch, à peine le temps de commencer à ricaner et puis, la batterie commence : c'est le son de grosse caisse le plus violent entendu depuis très longtemps (ou peut-être qu'on est juste très mal placés près des baffles ?).
Du coup, difficile d'apprécier le répertoire de BLS par ailleurs assez chouette et varié (bien moins bourrin que les têtes de brutes des 4 beaus enfants pourraient le laisser croire) : c'est trop fort même à 100 mètres de la scène (le sonomètre de ce plateau doit être en panne, lui !). En tout cas il y a pas mal de fans qui semblent tout connaître dans le public (nous, non !), et brandissent les poings en rythme. A signaler un très long solo de guitare tricoté par le frontman, un petit peu chiant quand même. En tout cas concert plaisant par ailleurs, mais ruiné par un ingé'son peu inspiré.
Les mystiques de Moonspell dont déjà à la manoeuvre ailleurs, assez mal costumés et éclairés (on avait pourtant un bon souvenir, datant d'une époque pré-concertandco.com, d'un effrayant chanteur en soutane sado-maso et éclairé en contre-plongée pour faire peur...) En comparaison du son précédent, ça sonne presque pop (un comble !), surtout avec des choeurs joués au synthé : la grosse voix du chanteur ne suffit pas à passionner son monde, on ne s'attarde pas.
C'est pile au bon moment qu'arrive la bonne surprise de la journée, le finalement bien nommé Times of Grace. Groupe nettement plus hardcore (chanteur punk/barbu en chemise bleue, la classe), bien éclairé, avec un bon son et des titres à la fois mélodiques et brutaux, entre shoegaze et trash metal : improbable et enthousiasmant à la fois, avec un chanteur qui est un vrai entertainer ! Ici aussi, ce groupe à l'origine mystérieuse (après enquête, premier album sorti en 2011) a déjà pas mal de followers ébouriffés et ravis de hurler avec lui. Pour les curieux, à découvrir d'urgence !
C'est donc l'heure du groupe belge qui passait opportunément par là (puisqu'Ozzy a officiellement annulé il y a deux heures à peine) et a pu débarquer à l'improviste avec 3 camions de matos et sa bannière de 10 mètres de haut, pour rallonger la sauce de la grande scène au pied levé : Channel Zero. Ces bons garçons sont en tout cas tout à fait à leur place : bon look (bottes en cuire et tête de méchant), bon son, le chanteur roule par contre comiquement les "r" dans son anglais, ce qui s'explique par ses origines flamandophones. Fuck the Government, climax du concert, doit être dédiée à leur pays, la Belgique, qui n'en a pas depuis plus d'un an et ne semble pas s'en porter tellement plus mal !
Après un bon moment passé avec les précédents, petit passage au Metaldome (qui contrairement à ce que suggère son nom, est la plus petite scène du site), pour Electric Wizard, un groupe dans un genre sludge proche de Kylesa. On en retiendra surtout de jolis visuels et un bel éclairage (commun à tous les goupes qui se produisent dans ce dôme) , car leur musique en power chords lents, est au final un peu minimaliste et chiante.
C'est le moment de s'offrir une virée au Metal Market, très fourni marché à l'accessoire metal où l'on trouve de tout pour avoir l'air méchant et/ou déguiser ses propres enfants ou ceux des autres : des dizaines de boutiques de t-shirts siglés de groupes, fringues gothiques de créateurs, ceintures à clous, piercings et autres sceptres à tête de mort. Il y a aussi des magasins spécialisées pour les tout-petits, avec diverses layettes pour graines de metalleux ou d'anti-nazis, aux slogans souvent rigolos ("I only cry when ugly people hold me !")... Tellement de choix que c'en est surtout de l'embarras !

Grosse déception de la journée, on a sous-estimé le pouvoir attractif puissant que pourrait avoir Angela Gossow, la chanteuse d'Arch Enemy, sur les filles et les garçons du metal. Tout ça parce que c'est une bombe atomique blonde, et qui braille comme un shérif vampire en rogne... Et qu'en plus son groupe (dont je possède royalement ... un album), a des compos assez attachantes. Il est déjà en train d'exécuter (Breuuuuuuuuh) My Apocalypse, son tube, pendant qu'on essaye en vein de se faufiler sous un chapiteau dix fois trop petit.... Dommage, ça tabasse grave tout en restant musical, mais on n'y verra rien (au fait, bémol, il n'y a pas d'écrans sous les chapiteaux), et les photos ne sont pas montrables. Donc pour une fois : triche ! Bref tant pis, pardonnez-nous, belle Angela, mais on s'échappe après 3 ou 4 titres !
Car c'est que pile à la même heure, hélas, jouent dans la pièce à côté les Monster Magnet, grosses références du stoner (jamais vus en live) : il y a beaucoup moins de monde et pourtant c'est excellent : enfin un son qui n'est pas totalement white trash, mais qui a su conserver une part de blues ! Ca évoque bien sûr les Kyuss/QOTSA and co, sans esbroufe, mais avec une voix incisive, des riffs en plomb fondu et des fans globalement hystériques : c'est puissant sans être bruyant (pas mal de groupes de ce jour pourraient en prendre note !), à revoir sans faute en salle !
L'un des charmes désuets des festivals metal, c'est qu'on y invite aussi des vioques (avec des groupes ayant parfois commencé il y a 40 ans, certains chanteurs atteignent allègrement les 6 décennies révolues, mais sans encore avoir tous leurs points retraite !), comme ceux de Whitesnake, conduits par le toujours sémillant mais légèrement ravalé David Coverdale (également ex-Deep Purple, je ne vous apprends rien j'imagine), et qui a le mérite d'avoir survécu aux années '90, sans avoir pris 20 kilos comme son contemporain Axl Rose...
Il s'agit donc, sans surprise, de hard FM old school, conduit par une vieille botoxée et peroxydée, avec tous les clichés possibles et abominables (que Bon Jovi lui a ensuite piqués), mi Steven Tyler, mi chanteur d'Europe pour la choucroute comme pour le son. Des titres comme Love is a Stranger sont plutôt hilarants, tout comme des slows abominables (on s'amuse bien, un peu à leurs dépens, peut-être aussi parce qu'on doit bien en être à 4 litres de Jupiler chacun !). En tout cas le soleil manque brièvement de sortir, mais un solo de guitare gras du premier guitariste, puis un autre du deuxième, auront raison de notre patience : il est temps d'aller voir ailleurs !
Autre genre récréatif et parfois légèrement régressif, qui varie les plaisirs : le metal électro, représenté dignement par le groupe Pain (à prononcer comme le mal, pas comme l'aliment), dans un style contondant Rammstein/Manson, avec en outre de belles lumières et écrans vidéo. Leur son très catchy rend les gens légèrement dingues, notamment un dernier titre electro-thrash parfaitement putassier et irrésistible : une belle sensation de scène, donc (à la maison, l'effet euphorisant n'est toutefois pas garanti !).
Pendant ce temps-là, au "Joe Piler Saloon" (ach ! quel suptil cheu de mots, avec le nom de la pière lokhale !), des jeunes filles en tenues de cowboy légères dansent sur le comptoir, et s'amusent à agacer la libido de la population, masculine à bien 90 % comme toujours dans cette musique (à noter que les rares filles dans le metal, souvent très jolies, ont en plus parfois tendance à s'aimer entre elles !). Le tout sur de la musique, non pas metal mais FM teutonne : on se croirait un peu dans une station de ski autrichienne, à 15 heures quand les bars ouvrent au sommet des pistes... L'heure du hollandais en somme : c'est bien la même culture joviale et légèrement bourrine, à quelque chose près, que celle de nos amis flamands !
Mais voici l'heure de passer rendre visite à Cradle Of Filth, qui a été dans les années 90 sans doute le groupe le plus extrême du metal (extrême dans les graves et dans les aigues, puisque son chanteur Dani Filth a l'une des plus belles amplitudes vocales dans la place). Il s'est teint en rousse et a bien du prendre 20 kilos depuis notre dernière rencontré (toujours pré-Internet), quand j'avais été lui demander un autographe au péril de ma vie (regardez-le dans ses yeux bleu pâles de vampire, et vous comprendrez !), pour le compte d'une amie terrifiée et fanatique à la fois.
Depuis, au moins 15 ans se sont écoulés, il y a eu des tas de groupes plus méchants et plus terrifiants qu'eux, la vague des déguisements morbides, etc : Cradle of Filth ne fait plus tellement recette, avec ses harmonies à tendance gothiques, qui relèvent plutôt du grand-guignol au pire, de la B.O. symphonique de film d'épouvante au mieux (avec des images ad hoc)... En tout cas ce n'est pas déplaisant à écouter pour quelques titres, d'autant que son frontman, seul rescapé des temps héroïques, saute toujours 3 octaves comme qui rigole. Et leurs t-shirts restent parmi les plus morbides qui soient...
Bon, puisqu'Ozzy a fait place nette, on nous a annoncé qu'on aurait droit (quelle chance non ? non ?) à 2 heures complètes de Judas Priest, avec show laser ! Sur ce point, passons vite, comme sur la pyrotechnie : deux-trois effets deci-delà, mais sans grand intérêt. Par contre, s'il y a bien un mec âgé qui a la classe dans le metal, c'est Rob Halford, qui tourne pourtant depuis 40 ans et le début de la "first" wave of british heavy metal. Elegant avec juste ce qu'il faut de déguisements, la voix presque intacte, avec un groupe impeccable, le Prêtre et ses sbires vont faire le show et feuilleter leur discographie avec gourmandise, pour le plus grand plaisir du public, dont pas mal de gens connaissent l'ensemble des paroles et des gimmicks !
Ici, il s'agit donc de heavy metal old school, sonique et mélodique, grave et aigu, le son est parfait et le show carré. Pour notre part, la fatigue aidant, on sentira quand même bien passer deux heures complètes d'un répertoire quasi inconnu, surtout en recevant à intervalles réguliers des projections de bière d'origine également inconnue. Sauf erreur, le chanteur a quand même un prompteur pour interpréter les titres les plus anciens ! Sur Breaking the Law, il ne chante pas du tout, le public assure la voix dans une belle bronca ! Et puis, bien sûr, climax, l'énorme tube Painkillers que même les ignares dans mon genre connaissent ! Passage paraît-il obligé, l'arrivée en moto, dans l'un des trois rappels (ouch !), et le concert se finit... avec un peu de soulagement quand même !
On peut encore glander un moment sur le site et échanger sur les mérites comparés de la douzaine de groupes qui nous ont ramoné les écoutilles toute la journée, avant de gagner la sortie en marchant dans un océan (assez rétrograde, pour le coup) de gobelets plastiques. Il faut dire que la prime aux ramasseurs (1 verre offert pour 24 rapportés) semble vraiment trop élevée ! Le camping, très bien organisé et tenu, s'étale sur une longueur infinie, mais on arrivera à y dormir pas trop mal, une fois endormis nos voisins les plus braillards (et avant qu'ils remettent une sono metal, de bon matin...). Au moins les flamands ne nous ont-ils pas trucidé dans notre sommeil pour nous bouffer tout crus, comme on le craignait vaguement...

Le lendemain, réveil à la fraîche au camping, par une "belle journée d'été flamande" : frais mais pas froid, nuageux mais pas pluvieux, il n'en faut pas plus à nos amis pour être heureux, eux qui ont encore une belle JMJ (Journée Metalleuse de la Jeunesse) devant eux. Pour notre part, un copieux samedi plein de toutes les variantes possible du terme "metal" a suffi à nous combler ! Pour répondre à la question du début : faire un festival de metal sans presque rien connaître de son affiche n'est certes pas indispensable mais, pour les amateurs comme pour les curieux, nul doute que le Graspop Metal Meeting serait un des plus agréables et des plus conviviaux ! D'autant que nos amis armés d'un abominable totem anti-nuages, ne reverront pas la pluie du week-end.

PS : chronique dédicacée à Me as The Devil, occupé avec sa muse à renforcer la planète d'une future metalhead de plus, mais dont les encyclopédiques connaissances en la matière, la barbiche et le dress-code impeccable nous ont indéniablement manqué... A l'an prochain peut-être ?
PS bonus : 4 videos souvenir.
Signature : Philippele 29/06/2011
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