Critique de concert Hellfest Day 03 : Slayer + Motorhead + Devin Townsend Project + KISS + Stone Sour + UDO + Behemoth + Saxon + Exodus

Après deux jours passés en Enfer en plus des cadavres de bouteilles jalonnant l’entrée se mêlent à la foule d’étranges spectateurs à l’haleine aussi fraiche que celle d’un zombi ; à toute cette étrange faune s’ajoute une armada de fake KISS (pléonasme ?) spécialement venue pour le quatuor américain. Exclusivité en France oblige, pour avoir des places dans les premiers rangs il fallait se lever tôt. Ce qui ne fut pas mon cas…


Arrivé tardivement pour Dying Fetus j’apprends en route la soudaine annulation du groupe… Déjà que ce dernier jour ne m’emballait guère si les groupes que je voulais voir ne viennent pas, où va t’on ? Par la force des choses donc, devant le mainstage 1 customisé pour KISS. Déjà que l’ex chanteur d’Accept n’est pas bien grand alors imaginez le sur un mainstage immense devenu en une soirée encore plus grand le tout sans talonnette. Petit mais puissant, le moins que l’on puisse dire d’UDO le chanteur du groupe éponyme n’a rien perdu de sa fameuse voix comme en témoignera "The Bogeyman".

Changement radical de décors et d’ambiance avec Behemoth. Gros riffs/ lourds riffs de guitare, visages peinturés, un look d’ouroukai (partant en guerre) tout droit sorti du Seigneurs des anneaux bref il suffit donc de regarder le trio pour saisir qu’ils ne sont pas prêts de faire dans la dentelle ! Puissant et efficace, même les sosies de Gene Simmons s’abandonnent au headbanging, comme quoi les fans de KISS ne sont pas totalement perdus… Je suis méchant avec KISS mais quand même passer une journée à croiser des centaines de fois Gene ça laisse des séquelles. Mais revenons en plutôt à Behemoth qui sont eux aussi maquillés enfin c’est une autre histoire. La seule chose que l’on peut reprocher au groupe, et plus généralement à tous les groupes de death métal, est l’incompréhensibilité des beuglements. Même si ce n’est pas dénué de charme au bout de six morceaux on sature…

Décidément au Hellfest il n’y a que des papys, et ce n’est surement pas la longue chevelure de Biff (le chanteur) qui me fera penser le contraire. Ambassadeur du heavy métal anglais dans les années 70, Saxon a su rester dans l’aire du temps, enfin presque… Car même s’ils sillonnent encore et toujours les festivals, musicalement parlant ça a pris un sacré coup de vieux. Enfin ca reste quand même plaisant à écouter et pour un début d’après midi le public n’en demandait vraiment pas plus.

Ne connaissant ni de nom ni de réputation le Devin Townsend Project, envoyant le leader,Devin, une espèce de sosie de Voldemort (d’Harry Potter) on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas de musique pour petits chanteurs à la croix de bois ! Lui même le dit il est complètement fou ! En outre, ce n’est pas bon, ce n’est pas mauvais, c’est juste bizarre. J’avoue sans honte ne pas arriver à avoir un avis arrêté sur le cas DTP. Finalement plus que sa musique, on retiendra les étranges mimiques gestuelles du personnage et c’est peut être la seule chose véritablement étrange dans l’univers pas si dérangé du Devin ! AMEN !

#4 + #8 = Stone Sour
Avec le regretté décès de numéro #2#4 et #8 décident de reporter leur tournée ou pire l’annuler. Il n’en est rien emmené par Corey Taylor, les Stone Sour sont bel et bien là, tant mieux ! Enfin un "jeune" groupe sur le mainstage 1 (entre Lemmy et Gene, Corey passerait presque pour un teenager). En tout cas le moins que l’on puisse dire c’est que sur scène avec ou sans masque la formation envoie du lourd. " Mission Statement" puis "Reborn" exalteront les passions au sein d’un public de plus en plus nombreux (forcement qu’est ce que certains ne feraient pas pour être aux premières loges de KISS…).

Au delà d’une musicalité peut être plus travaillée la grosse différence entre Stone Sour et Slipknot, est que dans cette formation là, la voix de #4 est non seulement audible mais surtout bien plus efficace ! En bref et en image, un très bon concert, avant d’attendre les pointures, qui se soldera sur le puissant "30/30-150" ; à mon sens leur meilleur morceau. Pour conclure, depuis qu’il n’est plus un numéro mais un homme libre, Corey Taylor ne semble que mieux s’en porter !

Tonight, I just want to see the biggest mosh pit that has been at Hellfest !
Justement en parlant de pointure voici Exodus qui se pointe. Venu défendre son nouvel album Exodus c’est avant tout du bon gros métal trash américain from SF sur lequel se pose la "douce" voix de Gary Holt ! En trois morceaux l’enfer se transforme en pandémonium, mosh pit, pogo, slam tout est bon pour ne pas se faire écraser. (Petite parenthèse au sujet de la sécurité ; un grand bravo au service de sécurité rapide et surtout efficace si seulement tous les festivals pouvaient s’aligner sur le Hellfest…

En tout cas pour moi qui fût aux premières loges on ne me fera donc pas croire que le 0 accident au sein du festival est dû aux nombreuses brigades policières (qui pour certaines étaient mêmes équipées de flashball). " Tonight, I just want to see the biggest mosh pit that has been at Hellfest ! ". Aussi tôt dit, aussi tôt fait, progressivement la fosse du Hellfest se métamorphose en un rond point gigantesque parisien aux alentours de 17h30/18h. Du grand bordel avec un grand E, celui d’Exodus, indissociable de l’ambiance installée durant ce set pour le moins sportif.

We’re Motorhead and we play Rock and Roll !
Une bonne pêche et aucun déambulateur, il n’en fallait pas moins pour galvaniser les foules. Certes Lemmy n’a pas pour habitude de bouger (et d’ailleurs ne dérogera pas à cette règle ce soir) d’un côté après Exodus ce n’est peut être pas plus mal. Encore que si Lemmy ne bouge pas côté public il faut se trouver loin derrière pour ne pas être pris dans les mouvements de foule. Maintenant s’il y a bien un truc qui ressemble à un concert de Motorhead c’est assurément un autre concert de Motorhead !

Il suffit d’ailleurs de regarder les précédentes setlist (sonisphére par exemple) pour comprendre que la grosse machine qu’est Motorhead s’est mise en mode festival avec une setlist, une caisse de jack et pas vraiment de prise de risque. D’ Overkill à Ace of spades, qui clôturont le set, Lemmy et sa bande auront donc assuré le minimum syndical avant de se retirer. Classe anglaise oblige ce dernier ôtera son chapeau avant de saluer le public et lancer le coutumier ; "We’re Motorhead and we play Rock and Roll ! ". Niveau musical c’était bon, rien à redire, Motorhead malgré les rides est toujours au top. Somme toute la seule chose qui change vraiment d’une année à l’autre c’est le nombre croissant de cheveux blancs du groupe.

Broarddddddddddddddddddddddddddd
Monument après monument le Hellfest a toutes les raisons de devenir un des plus gros rendez vous européen de music extrem. Et ce ne sont pas les musiciens de Slayer qui pourraient penser le contraire. Quand on aime on ne compte pas c’est peut être pour ça que’ils reviennent donc. En tout cas en dépit de la KISS mania qui régne ici bas en enfer, il y a quand même du monde devant le mainstage 2. N’ayant pas trouvé de meilleur moment que celui ci pour manger, j’apprend dans la file d’attente qu’il n’y a plus de Hell Beer à 6,66% depuis ce matin, du coup ce sera kro édition festival… De loin on entend quand même plutôt bien quelques morceaux de Slayer comme "Discipline" et le moins que l’on puisse en dire c’est que ça envoie grave le steack saignant !

Ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh
KISS… Rien que d’y penser j’ai le poil qui s’hérisse et certainement pas dans le bon sens du terme si tant est qu’il y ait un. KISS c’est quoi ? Avant un groupe de musique c’est un symbole, celui de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus grand. En chiffre ça donne 600 000 euros de cachet, 120 personnes qui accompagnent le groupe sur la tournée, un écran géant d’au moins 40 mètres presque trop lourd pour la scène spécialement agrandie pour l’occasion.

Soyons clair, dans l’art de la mise en scène monstrueusement immense et tout autant inutile, Gene Simmons et sa bande sont les rois. Petit film d’introduction mettant en scène le groupe qui arrive sur le plateau. D’emblée c’est ridicule, dans le clip les KISS sont jeunes, l’arrière de la scène en bêton (pour un festival en plein air on y repassera), bref c’est du cinéma hollywoodien dans ce qu’il a de plus grotesque ! Enfin arrivé, c’est sur une énorme plateforme qui surplombe la scène, le batteur et quelques artifices, que le reste de la formation débarque. Synonyme de gros shows à l’américaine les spectacles de KISS ne laissent donc pas de place à la spontanéité… Même lorsque ces derniers s’attèlent à faire chanter la Marseillaise au public, cela sonne faux, au même titre que les prises de parole de Paul Stanley.

"Si tu n’as pas la musique, c’est rien qu’un spectacle de marionnettes " ce n’est pas moi qui le dit, c’est Vincent Damon Furnier, alias Alice Cooper. Peut être ne parlait il pas de KISS en tout cas plus le show avance et plus cette petite phrase prend du sens pour moi. Si le public est à fond (encore que je le trouvais bien plus actif pour Exodus), je dois reconnaître que KISS m’ennuie et que la seule raison qui me retienne devant la scène est la foule compacte derrière moi résultat ; pas de John Garcia en mode Kyuss pour moi…

Et la musique dans tout ça ? La quoi ? Ah musique… Entre l’immonde presque solo de basse de Gene Simmons et la reprise en PLAY BACK (renforcé ou pas cela restera un mystère) plus qu’honteuse de " Whole Lotta Love" (de Led Zep), l’univers KISS me paraît fade et sans intérêt. Quand on repense à l’argent dépensé pour le quatuor ça fait quand même rêver ; songez qu’à leur place il y aurait pu avoir Aerosmith et peut être même Iron maiden (qui si l’on en croit les rumeurs est pressenti pour l’enfer de 2011, affaire à suivre). De surcroit en plus de morceaux qui s’enchainent comme dans une radio les jeux de scènes grotesques continuent d’affluer… Guitare qui s’envole, Gene Simmons qui s’envole aussi, batteur qui –pour faire original- s’envole aussi… Si seulement toute cette mise en scène se trouvait justifier par les textes et/ou la musique, comme souvent chez Alice Cooper ou Rammstein, je comprendrai. Seulement rien n’explique cette pléiade d’effets stériles sans intérêt si ce n’est pour masquer une musique tout aussi inintéressante…

L’apothéose de ce bien piètre spectacle sera "I Was Made For Loving You". Paul Stanley se sentant pousser des ailes agrippe une tyrolienne qui l emmène directement sur la régie. Du haut de son perchoir il fera un solo qui n’est pas si mauvais que ça pour le coup avant de revenir sur scène pour un feu d’artifice géant. Après deux heures de show à la Chuck norris, de pitreries, de surenchères grotesque KISS Sonic Boom c’est enfin fini. Côté public on est ravi, difficile à concevoir. Sincèrement la seule chose pour laquelle je gratifie KISS sera d’avoir influencé des groupes comme Metallica, Medadeth ou Pantera qui auront pu tirer une leçon de cet exemple, pas besoin de ressembler et de faire le guignol pour faire de la bonne musique.

C’est sous un déluge de feu (d’artificiel) que s’achève ce Hellfest millésime 2010. Bien que déçu par le groupe de clôture, cette dernière prestation n’enlève rien à la satisfaction qui est la mienne après 3 jours de barbarie, de beuverie, blasphème et autres péchés plus ou moins avouables. D’ailleurs en y repensant, on relativise et on se dit que les plus dangereux ne sont pas forcément ceux qui étaient parmi les 72 000 spectateurs (hein christinou)… Et maintenant en attendant l’édition 2011, si j’allais bouffer un gamin ?

Plus de photos : http://www.flickr.com/photos/boby_allin/sets/72157624216124787/
Signature : bobyle 17/07/2010
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>> Réponse (le 19/07/2010 par Philippe) Iron Maiden à Nimes en 2010, Iron Maiden à Hellfest en 2011, c'est une manie ma parole, cher Boby, vous voyez des vierges de fer partout ! ;-) > Réagir à cette critique


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