Dick Turner entre en scène avec l'allure d'un dandy anglais. Venu avec un trombone et un walkman CD, il commence à chanter d'une voix très posée sur une ligne de basse tout droit sortie de sa petite platine. Dans un français très bien maîtrisé, il se présente, lui et son orchestre sommaire, et enchaîne à grands coups de trombone. Toujours sur un fond sonore playback. C'est étrange, mais pas vraiment dérangeant, et c'est d'autant plus marrant qu'il lance les pistes lui-même.
Alternant la voix et le trombone, Dick Turner enchaîne des chansons de plus en plus drôles, du genre "Let me have an orgie" ou encore "chinese butterfly" et ponctue son set d'interventions pour traduire les titres ou tenter de réadapter ses blagues en français.
Si bien que sa prestation ressemble de plus en plus à une comédie musicale, avec des morceaux qu'on imagine très bien illustrer un film de Tim Burton, et ce personnage issu d'un savant mélange entre la dégaine de Benny Hill et la présence d'un songwritter des plus sérieux.
Très bonne surprise pour ce début de soirée, Dick Turner quitte la scène sous l'ovation d'un public amusé et enthousiaste.
Arrivent les Düne. David-Ivar Herman Düne et son frère Néman + bassiste (dont le nom m'échappe, ça faisait déjà beaucoup à retenir). Pas la peine de rappeler à quel point la voix est particulière, nous sommes dès les premières minutes plongés dans l'univers des frères franco-suédois qui inspirent pas mal la scène folk d'aujourd'hui. Herman Düne ne se contente pas de présenter uniquement Next year in Zion paru il y a déjà presque un an, ils nous propose aussi de bons vieux morceaux présents sur les premiers albums. Le set défile assez vite alors que nous sommes assis confortablement dans les fauteuils velours rembourrés de la salle Daudet.
Au fil du concert, le barbu Herman s'agite et commence à bondir au quatre coins de la scène. C'était un peu ce qu'on attendait pour perdre l'aspect presque trop parfait du set. Ca sent le show bien rodé, jusque dans les longs passages instrumentaux aux airs d'improvisation. Mais c'est bien, la mise en scène est cohérente avec le personnage principal dont la voix ne laisse échapper aucune imperfection et qui maîtrise le jeu guitare aussi bien que la taille de la barbe (c'est un vrai compliment).
L'apparition du ukulélé pour I wish I could see you soon déclenche les cris des plus ferventes adminiratrices, qui tentent aussitôt une percée latérale gauche pour constituer un petite fosse à l'angle de la scène. Personne ne les suivra, dommage.
Finalement le seul bémol de la soirée c'est la configuration assise de la salle, appropriée pour accueillir Dick Turner, mais qui semble canaliser l'énergie des Düne, et du coup du public.
Cela dit, la très belle affiche de ce soir et l'accueil chaleureux de l'équipe de l'Espace Malraux donne envie de revenir pour partager leur saison culturelle. A noter les tremplins "Alive Sessions" qui soutiennent les groupes locaux et dont le prochain aura lieu le 16 mai prochain.