Critique de concert Hubert-Félix Thiéfaine


Rares sont les artistes dont on peut dire : "il a embelli ma vie" . Pour moi, Thiéfaine est de ceux-là. Inoubliables ces soirées des années 80 à beugler entre potes "Papa y’a du sang chez les Meinhof", monumentale la claque de 81 reçue lors de la sortie de Dernières Balises, mémorables ces débats sur le sens des paroles que certains étaient persuadés de mieux maîtriser s’ils délayaient leur ganja dans de la solexine, délicieux ce souvenir d’un Tribunal des Flagrants Délires avec HFT comme invité, chose exceptionnelle sur les ondes, énorme la déception affichée lors d’un vain périple en 4L Angers – Chemillé pour un concert à guichets fermés...

Le Dôme n’est pas bondé ce soir. Configuration rideaux noirs pour que ça sonne moins creux. Le temps a passé. Hubert-Félix Thiéfaine a sorti 8 albums depuis Eros Über Alles, celui à partir duquel je l’ai "lâché". Aujourd’hui, on ne fume plus dans les salles. Pourtant, ce soir, un parfum bizarre flotte dans la fosse.

Trois musiciens sur scène entament une intro. Les craintes d’une première partie sont vite dissipées. Il arrive, guitare en main et harmonica en collier. Le texte d’Annihilation est fleuve et revendicateur. Et qui d’autre que Thiéfaine aurait pu caser dans une même chanson les mots : Torquemada, analgésiques, schizo, alchimiste, transhumance, pandémonium et véroleux ? Le vocabulaire est toujours acheftéesque, les souvenirs évoqués plus haut ressurgissent.

"Et le soleil ouvrit ses cils d'or sur le chaos des mondes" (Aloysius Bertrand). C’est, dit-il, cette phrase qui a inspiré le texte de Fièvre Résurrectionnelle. A poète, poète et demi : "Je t’aime et je t’attends à l’ombre de mes rêves"…

Mais c’est pas tout ça, on n’est pas là (que) pour écouter des nouveautés, nous. On est là (aussi et surtout) pour les vieux marcs de trente ans d’âge. Ils ne seront pas négligés, représentant exactement la moitié du set. A chacun ses paroles cultes que l’on a un réel sentiment de fierté de se remémorer parfaitement : "Ne me lâche pas y’a mon train qui déraille… et j’suis comme un cobaye qui a sniffé toute sa paille" sur le touchant Lorelei Sebasto Cha, "N’est-ce pas merveilleux de se sentir piégé ?" en conclusion du rock’n roll Soleil Cherche Futur.

La voix est toujours aussi puissante, l’orchestration appuyée sur une rythmique impeccable. Le guitariste Alice Botté s’évade joliment sur quasi chaque morceau comme sur le final du Chant Du Fou ("demain tu verras tous ces petits alchimistes pulvériser un continent") sublimement amorcé par le piano de Christopher Board dans une pénombre bleue.

HFT a songé à supprimer de sa setlist les chansons évoquant la drogue, l’alcool, le sexe, Dieu, la mort. Mais il ne lui restait que 12 minutes… Alors il fait "com’ d’hab’" : "Les dingues et les paumés s'arrachent leur placenta et se greffent un pavé à la place du cerveau". C’est assis, comme prostré, qu’il interprète L’Etranger Dans La Glace, texte poignant sur un homme atteint de la maladie d’Alzheimer.

Il reprend quelquefois son harmonica avec sa guitare comme sur Petit Matin 4.10 Heure D’Eté ou sans (Solexine Et Ganja et son "J’ai fini par fumer ma carte d’identité").

Le petit coup d’irrévérence de 113ème Cigarette Sans Dormir, "Le crapaud qui criait je t’aime a fini planté sur une croix" fait du bien tout comme d’autres passages croustillants : "Narcisse / balise ta piste / Y’a des traces de pneu sur ton flip et ta petite sœur qui se tape ton fixe" (Narcisse 81).

Il a "écrit une chanson cet après-midi" en nous attendant mais n’en connaît pas encore la grille d’accords. Il appelle donc son "assistant" pour le seconder à la guitare. Il s’agit de son fils Lucas. Ledit morceau se nomme Mathématiques Souterraines et est en fait plus vieux que lui.

Une Autorisation De Délirer plus tard dans une pénombre pianistique encore, vient l’exquisement macabre Alligators 427, sa basse introductive glaçante et son "Moi je vous dis bravo et vive la mort" répété à l’envi. Le guitariste essaie de nous faire croire que c’est fini en essorant sa guitare sur son solo.

L’inévitable / indispensable Fille Du Coupeur De Joints descend de la montagne pour le rappel au milieu de trois nouveautés dont Les Filles Du Sud et ses faux airs de Hallelujah que Thiéfaine débute seul à la guitare. La vraie fin sera rock’n roll avec un tee-shirt chargé en ADN lancé dans l’arène et des baguettes volantes. Un concert jouissif. Hubert-Félix Thiéfaine nous a fait le "coup du Zeppelin".

Setlist :
1 Annihilation (2009)
2 Fièvre Résurrectionnelle (Suppléments De Mensonge, 2011)
3 Lorelei Sebasto Cha (Soleil Cherche Futur, 1982)
4 Soleil Cherche Futur (Soleil Cherche Futur, 1982)
5 Infinitives Voiles (Suppléments De Mensonge, 2011)
6 Petit Matin 4.10 Heure D’Eté (Suppléments De Mensonge, 2011)
7 Le Chant Du Fou (Tout Corps Vivant Branché Sur Le Secteur Etant Appelé A S’Emouvoir, 1978)
8 Confessions D’Un Never Been (Scandales Mélancoliques, 2005)
9 Les Dingues Et Les Paumés (Soleil Cherche Futur, 1982)
10 L’Etranger Dans La Glace (Scandales Mélancoliques, 2005)
11 Sweet Amanite Phalloide Queen (Météo Für Nada, 1986)
12 Solexine Et Ganja (Soleil Cherche Futur, 1982)
13 113ème Cigarette Sans Dormir (Dernières Balises (Avant Mutation), 1981)
14 Narcisse 81 (Dernières Balises (Avant Mutation), 1981)
15 Garbo XW Machine (Suppléments De Mensonge, 2011)
16 Mathématiques Souterraines (Dernières Balises (Avant Mutation), 1981)
17 Ta Vamp Orchidoclaste (Suppléments De Mensonge, 2011)
18 La Ruelle Des Morts (Suppléments De Mensonge, 2011)
19 Autorisation De Délirer (Autorisation De Délirer, 1979)
20 Alligators 427 (Autorisation De Délirer, 1979)
Rappels :
21 Les Ombres Du Soir (Suppléments De Mensonge, 2011)
22 La Fille Du Coupeur De Joints (Tout Corps Vivant Branché Sur Le Secteur Etant Appelé A S’Emouvoir, 1978)
23 Les Filles Du Sud (Suppléments De Mensonge, 2011)
24 Lobotomie Sporting Club (Suppléments De Mensonge, 2011)
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Signature : mcyavellle 26/11/2011
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Photographe : pirlouiiiit
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Le Dôme - Marseille


le 11 décembre 2011 - le Dome - Marseille (par Pirlouiiiit)
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