Idir en concert à Marseille, à domicile quoi, c'est l'évènement à ne pas manquer ! Malheureusement les trombes d'eau qui tombent sur la ville nous font rater Rabih Abou Khalil vu qu'on essaie de mettre en place un Plan B pour éviter de rentrer à pied comme lors de la soirée d'ouverture...
Le concert aura lieu dans la Salle aux Sucres, la scène extérieure ne servira pas sous la pluie. La salle est pleine, ce qui nous fait quand même une "petite" soirée pour la Fiesta, c'est le risque d'un festival qui repose beaucoup sur une politique d'invitations, les marseillais se découragent vite avec la pluie. Mais on ne va pas s'en plaindre, au contraire, on va assister à un concert avec une excellent jauge et en plus avec la frange la plus motivée du public et pas des gens qui passaient par là car il y avait de la lumière et une invit'.
Parce que, avouons-le, la magie Idir tient aussi à la relation qu'il a avec son public et à Marseille la communauté kabyle vient en masse lors de ses passages. Il se permettra même à un moment un "Je vais traduire pour les 3% de gens qui ne comprennent pas le kabyle ce soir." assez amusant. Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas ce GRAND monsieur, Idir c'est, depuis 30 ans, l'icône de la chanson kabyle, porte-parole de l'Algérie. Toutes les familles kabyles, voir maghrébines, connaissent par cœur ses chansons, les gosses apprennent à danser dessus. Demander à Mouss & Hakim de Zebda ! L'avantage d'avoir grandi dans les Quartiers Nord de Marseille c'est que cette culture c'est un peu la notre, à force de l'entendre chez les voisins et lors des mariages. Idir c'est l'essence même du chanteur populaire mais sans le côté nivèlement par le bas, une qualité musicale à la hauteur et surtout des textes et un état d'esprit qui touchent.
Dès qu'il entre sur scène accompagnés de ses musiciens (percus, flûte, basse, guitare, programmation, clavier) il est acclamé. Les youyou fusent et quelques drapeaux kabyles sont de sortie. Un petit jeu va d'ailleurs durer tout le concert, reconnaitre les morceaux dès l'intro. Et bon, sa musique étant tellement ancrée dans notre culture populaire qu'il suffit la plupart du temps de quelques notes. Devant moi deux lascars à casquettes n'arrêteront pas de danser le sourire aux lèvres.
Alors oui, c'est pas du jeu. Un concert d'Idir à Marseille c'est truqué par avance. Tu sais que tu vas être bouleversé (même si ce concert n'avait pas l'intensité de celui au Festival Métissons dans le 15e, encore plus chez lui !). Tu danses, enfin on danse, on ne peut pas être autiste à un concert comme ça, sur Azwaw, Tizi Ouzou (sur l'air de San Francisco dédié à Matoub Lounes, Awah Awah, on est pris à la gorge sur A vava inouva, Ssendu...
Mais, comme ses héritiers d'Origines contrôlées ou du Ministère des Affaires Populaires, Idir s'adresse aussi aux consciences. pas en tant que donneur de leçons, non plutôt en vieux sage humaniste. Et malin avec ça, parce que sous des apparences de bons sentiments il est capable de placer un discours moins consensuel. Ainsi sur un morceau dédiées aux mères, il est capable de terminer en disant que même nos mères sont des femmes et qu'il faut les respecter avec leurs désirs, pas évident pour ces sociétés à forte tradition comme il dit. Un morceau en français que j'entendrais pour la 1ère fois s'adresse à sa fille, s'excuse de son éducation trop traditionnelle, trop étouffante et lui souhaite de s'épanouir avec tous ses désirs de fille de 20 ans et s'excuse car chez nous il y a des choses qui ne se disent pas. A côté de moi, les jeunes à casquette ont l'air grave.
Mais il n'est jamais sentencieux, la force d'Idir c'est de s'adresser à l'émotion. Etrange de voir l'état où il te met que ce soit une patate d'enfer quand tu danses ou au bord des larmes sur certains morceaux (aaah putain, Ssendu...). Tout cela avec un échange pas possible avec son public. Les morceaux sont quasi tous repris dès les premières notes et il s'amusera plusieurs fois avec le public. On se quitte sur Cteduyi partagé avec toute la salle.
Beaucoup de mots alors que c'est difficile de décrire l'intensité de ce qui se passe à un concert d'Idir. Magique encore une fois.
On quitte le Dock sur un nuage en plus de ceux qui déversent toujours des trombes d'eau sur la ville mais on s'en fout. En fond, l'air de Bella Ciao jouée par la banda locale...
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