Critique de concert Beach House + Midlake + Jason Lytle + John Grant + The Acorn + Mai (Festival des Inrocks 2010)


Une affiche de rêve pour les fans de folk pop rock électro (John Grant ! Beach House ! Midlake ! + une énorme surprise en toute fin de soirée : Jason Lytle de Grandaddy !), une salle parisienne bondée immédiatement transformée en fournaise géante, des concerts majoritairement réussis : c'est la première date du festival des Inrocks 2010 à La Cigale... Une date enthousiasmante qui devrait rester dans les annales du grand raout annuel organisé par l'hebdomadaire culturel ! Chronique :

The Acorn
La soirée commence à 19h pétantes avec la prestation sympathique mais anecdotique des Canadiens de The Acorn, ravis, déclarent-ils, de revenir jouer à Paris après leur prestation à la Flèche d'Or il y a peu, d'un contact facile et agréable auprès du public, mais globalement dépourvus de chansons fortes dans leur répertoire... Ces jeunes gens bien sous tous rapports sont motivés, savent tenir une scène et font de leur mieux pour capter l'attention du public en train de remplir la Cigale. Ils proposent un set carré, mais globalement c'est plat et pas très " sexy ", contrairement à ce que l'expansif leader de The Acorn affirme à propos d'une ballade mollassonne et pas du tout érectile jouée vers la fin de son concert...

John Grant
Premier grand moment de la soirée avec le court show donné par l'ex The Czars (très bon groupe vu en 1ère partie de Sixteen Horsepower il y a presque 10 ans), John Grant, un songwriter folk pop hyper doué se présentant en duo sur scène avec le préposé aux synthés de Midalke, groupe d'Austin Texas, l'ayant aidé à enregistrer son superbe premier effort solo. En découvrant la sidérante voix légèrement lyrique et gothique de John Grant, son jeu de piano ou de synthés inspiré et délié, sa complicité flagrante avec son acolyte (mêmes instruments + chœurs) et ses morceaux bouleversants, l'on se dit rapidement que ce type d'apparence banale réussit à tutoyer les plus grands (on pense à Bowie, Neil Young, Kraftwerk, Cocteau Twins et Lou Reed, excusez du peu... ) en se présentant dans une sobriété quasi monacale. C'est tout simplement magique, assez décalé - la voix, est toujours sur le fil du rasoir, flirtant avec le rock FM sirupeux (Supertramp ?), comme celle de Midlake – et particulièrement onirique et élégiaque... En écoutant religieusement cet homme à l'humour pince sans rire assez iconoclaste, l'on se retrouve à voyager dans les plus hautes sphères mentales, à divaguer au milieu de la voie lactée et à faire à l'insu de son plein gré des rêves éveillés en forme de contes de fées. Quel choc émotionnel ! Chansons de John Grant interprétées à la Cigale vivement conseillées pour ne plus toucher terre : Marz, Queen of Denmark, TC & Honeybear, Fireflies, Outer Space...

Beach House
Désormais bien calé sur notre petit nuage personnel (nuage duquel personne ne pourra nous faire tomber, pas même les nombreux bobos branchouilles tous formatés sur le même moule qui peuplent le public), on peut ensuite se délecter de la prestation de Beach House, duo californien de pop folk légèrement synthétique proposant des compositions vaporeuses, lancinantes, brumeuses et aériennes... La troublante vocaliste/organiste Victoria Legrand - quelles cordes vocales éhontément graves et suaves, messieurs dames ! - et son acolyte guitariste Alex Scally s'acoquinent joliment pour créer avec leurs deux partenaires scéniques (un excellent batteur et un bon bassiste/claviériste ) des pop songs émoustillantes, torturée et légères. C'est parfait pour rêvasser et s'adonner aux joies du vol plané sans avion, ces chansons évoquant une rencontre originale entre Mazzy Star, Cocteau Twins, Nico, Marianne Faithfull et Grizzly Bear (avec qui Victoria L. a brillamment collaboré sur le génial Two Weeks). Le cocktail proposé s'avère aussi marquant que personnel, propulsant ses influences dans le présent et au travers d'un univers singulier. C'est beau, certes, mais attention toutefois aux sorties de routes et autres désagréments provoqués par le fait d'avoir la tête en l'air : la dream pop psychédélique du 21ème siècle créée par Beach House jette un véritable sortilège sur ses auditeurs ! Et ce même si l'éclairagiste rallume les lumières entre les morceaux et si Mademoiselle Legrand parle en français comme un robot ou en fait un peu trop dans le style " je suis totalement pénétrée par ma musique et je fais ce que je veux avec mes cheveux "... Mais cela n'est que détail, car Beach House est aussi excellent qu'envoutant en concert !

Mai
Entre Beach House et Midlake, l'interlude musical est assuré devant le rideau rouge de La Cigale par un duo folk pop plutôt prometteur, Mai... La poignée de morceaux joués dans des conditions assez difficiles (problèmes techniques + brouhaha général) permet d'assister à l'éclosion de jolies compositions, interprétées par une blonde suédoise à la voix très touchante (un peu d'Hope Sandoval et un peu de Liz Fraser... ) et par un guitariste folk 'n blues jouant parfaitement son rôle d'accompagnement classe. Rien de très novateur certes, mais quand même de très jolies petites chansons non putassières, sobres et bien foutues. A suivre...

Midlake
Déjà vu cette année au Printemps de Bourges pour un show assez mémorable, Midalke a confirmé au festival des Inrocks son statut de groupe de scène imparable, malgré l'absence quasi totale de charisme de ses membres... La raison est toute simple : la puissance des titres proposés lors de ce set resserré (festival oblige), qui ne souffre aucune contestation. L'alchimie entre les musiciens est impressionnante, les morceaux mélangent allégrement les styles folk, prog rock et pop et l'interprétation est bluffante. What else ? Même si le leader du combo texan semble prêt à éclater en sanglots à chaque mot susurré dans le micro (Monsieur est sans doute très sensible... ), il faut avouer que la musique de son combo a des vertus cosmiques qui ne peuvent autoriser à rester bêtement sur le plancher des vaches : on prend donc fissa la route des cieux avec Midlake. Puis, après avoir atteint la vitesse de croisière, c'est la grosse surprise, Jason Lytle de Grandaddy vient chanter le premier tube de son ancien groupe (A.M. 180) avec ses amis de Denton en backing band de luxe ! Le gimmick de synthé, le voix lasse et goguenarde du grand Mr Lytle, les guitares énervées, les mélodies addictives, tout est là, intact, intemporel et hyper réjouissant pour le fan de base que nous sommes. Merci à Midalke et à son invité de luxe pour cette énorme cerise sur le gâteau d'une prestation, digne des plus grandes louanges, mettant un point final à une soirée particulièrement réussie...
Liens : www.myspace.com/theacorn, www.myspace.com/johnwilliamgrant, www.myspace.com/beachhousemusic, www.myspace.com/ilovemai, www.myspace.com/jasonlytle, www.myspace.com/midlake, www.lesinrocks.com, http://blogs.lesinrocks.com/festival-les-inrocks, www.lacigale.fr.
Photos extraites des sites myspace des artistes (photo de Mai : Chrystèle Lacène)
Signature : pierre andrieule 05/11/2010
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