Critique de concert Interpol et Matthew Dear


Matthew Dear, l’inclassable.
La première partie d’Interpol est ce soir assurée par Matthew Dear, musicien iconoclaste et impossible à qualifier. L’Américain nous gratifie d’une musique aux frontières du rock, de la pop et surtout de l’électro qui, si elle peut dérouter de prime abord, finit par s’imprégner dans le cerveau et convaincre. Sur scène, le jeune homme s’entoure d’un batteur, d’un guitariste et d’un trompettiste dont les notes peu variées mais toujours bienvenues apportent une dimension particulière à cette musique entrainante. On remue d’abord le pied, puis la tête et enfin c’est tout le corps qui bouge. Une sorte d’effet LCD Soundsystem s’empare de nous, surtout lorsque le groupe dégaine les cloches qui sont comme toujours un gage de bonne humeur. Cependant, malgré toute son énergie, le groupe n’arrive pas réellement à captiver le public d’Interpol et beaucoup de critiques (peu constructives, il faut le dire) se font entendre à l’issue de sa demi-heure de présence. Peu importe, on en ressort de meilleure humeur et prêt à accueillir Paul Banks et ses acolytes.

Interpol, la froideur bienvenue.
Depuis dix ans, le trio new-yorkais Interpol a toujours fait preuve d’une grande classe combinée à une sorte de distance de sécurité instaurée avec son public. Ne dérogeant pas à la règle, le groupe enchaine un grand nombre de chansons sans réellement communiquer avec le public parisien, qui aurait pu être plus dense en ce mardi soir. Cela dit, on s’en contente très bien et c’est avec plaisir qu’on profite d’une set-list plus variée qu’en septembre dernier, quand le groupe avait quasiment totalement occulté son troisième album, Our Love To Admire. Cette fois-ci, les quatre opus du groupe sont représentés à parts quasi égales et le recul par rapport à sa date de parution permet de juger un peu mieux de leur dernier effort éponyme.
Le set est carré, bien rodé et leur troisième bassiste en moins d’un an s’en sort avec les honneurs. Quel bonheur de pouvoir une fois de plus profiter en live de morceaux comme Evil, Obstacle 2, NYC ou encore The Heinrich Manœuvre et Not Even Jail. Interpol connait ses fans, ses classiques, et à ce niveau-là, ne déçoit pas. Les morceaux tirés du dernier album prennent sans conteste une autre dimension sur scène et parviennent à atteindre le statut de classiques potentiels (on pense à Barricades ou Success), ce qui n’est malheureusement pas le cas des versions studio.
Vers la fin du concert, Paul Banks se déride enfin quelque peu et s’adresse à son public en français, ce qui laisse un peu moins l’impression d’avoir assisté à une simple écoute live d’une vingtaine de chansons du groupe… Car même si cette froideur bienvenue est caractéristique des New-Yorkais et nous surprendrait probablement par son absence, le public a parfois besoin de sentir un échange dans une salle de concert, même quand elle est grande comme le Zénith.
Le quatrième album est sympathique, mais s’essouffle vite. Ce soir, l’ambiance est là, mais sans plus et le concert est bien, sans être transcendant… Globalement, Interpol nous a habitué à mieux, et la grande taille de la salle ne leur va pas au teint. On aimerait pouvoir les revoir dans une configuration plus intime pour se rappeler à quel point ces gars-là peuvent être électrisants. Et ce n’est pas cet été à Rock en Seine que cela risque d’arriver.
Liens : www.myspace.com/matthewdear, www.interpolnyc.com, www.myspace.com/interpol.
Signature : coline magaud
le 30/04/2011
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