Critique de concert Izia + Jeff Lang

Ce soir, c’est ambiance rock à L’Aéronef, avec la fille prodige de Jaques Higelin : la jeune et pétillante Izia, révélation scène des dernières Victoires de la Musique.

Pour se mettre en condition, les spectateurs lillois ont droit à une première partie lorgnant carrément du côté du blues, avec le guitariste et chanteur Australien Jeff Lang. Seulement accompagné d’un bassiste, il entre en scène, béret sur la tête, et commence à triturer ses cordes. On admire son touché épileptique, qui répond aux lourdes basses telluriques que son compère envoie faire trembler les murs. Très souvent instrumental, ce blues post-apocalyptique, à la fois vintage et futuriste, est emmené à un train d’enfer, tant et si bien qu’il se révèle en fin de compte plus impressionnant qu’entraînant. Pas bégueules, les spectateurs font malgré tout un accueil chaleureux au duo, qui, à défaut d’être renversant, a au moins eu le mérite de bien échauffer les tympans de tout le monde.

Quelques minutes d’attente et puis voilà déjà Izia ! Débutant son set par deux morceaux plutôt calmes, elle lance ensuite très vite les hostilités avec Back in Town et ses accents à la White Stripes. C’est déjà l’occasion pour la chanteuse de se retrouver à quatre pattes, puis assise sur le bord de la scène, et rapidement au contact du public. A peine le temps de tomber la veste et c’est reparti ! Les spectateurs commencent à monter en température, et un petit malin s’amuse à taquiner la jeune femme entre deux chansons. Plutôt amusée, Izia lui répond sans ménagement : "toi, tu commences sérieusement à me péter les couilles ; mes potes et moi, on va te retrouver et on va te péter la gueule !". Le public adore, le concert se poursuit dans la bonne humeur.

Un morceau plus tard, qui aura encore arrosé la salle d’une énergie débordante, Izia n’est plus qu’amour : "C’est bien parti entre nous, mais on pourrait aller encore beaucoup plus loin. On ferait du tantra… comme Sting. On se regarderait droit dans les yeux et on ferait l’amour pendant des heures". Belle introduction à Sugar Cane, son titre le plus lent, le plus émouvant, mais pas forcément le meilleur, avouons-le. Pas le temps de s’ennuyer, cependant, car on enchaîne rapidement avec Lola, titre explosif s’il en est, avec sa ligne de basse destructrice. La chanteuse déploie une énergie inépuisable, elle saute, bondit, secoue la tête, donne des coups de pied dans le vide, balance son pied de micro. La rencontre entre l’incandescente Izia et un public nordiste bouillonnant déclenche une vraie tempête de feu dans L’Aéronef.

Pour tenter de calmer l’incendie, la jeune femme se renverse une bouteille d’eau sur la tête, mais elle recommence de plus belle à s’agiter en tous sens. Très douée pour chauffer la foule, elle se lance ensuite dans une tirade sur l’orgasme, qui continue de donner à ce concert un côté toujours plus charnel. On verrait presque les hormones flotter au-dessus de la fosse. Mais la musique reprend ses droits avec le très progressif Disco Ball, qui alterne passages épurés et refrains dopés à gros coups de riffs saturés, le tout n’étant pas sans rappeler les compositions les plus récentes des Gossip de Beth Ditto. On en est déjà à une heure de concert, qu’on n’a absolument pas vue passer, et Izia sort une première fois de scène.

L’intro du rappel débute à la percussion pour secouer tout le monde, avant de déboucher sur le morceau le plus connu de la chanteuse : Let Me Alone, repris en chœur par toute la fosse, qui manifeste son enthousiasme dès les premiers accords. Telle une furie, la jeune femme se déchaîne plus que jamais sur scène, le public est en fusion, il hurle tant qu’il peut, elle le lui rend bien et finit sur le dos. On croit le morceau terminé alors qu’Izia se jette dans les bras de son batteur, qui lui tend ses baguettes. Elle fait mine de les lancer dans la foule, qui fait un vacarme de tous les diables, mais elle se ravise et passe derrière les fûts. Son jeu est assez peu académique, sa prestation plutôt binaire mais pleine de fougue, et les spectateurs l’accompagnent de bon cœur en tapant des mains. Finalement, elle embarque deux cymbales qu’elle vient poser sur le devant de la scène avant de les fracasser à plusieurs reprises, puis de se déchaîner sur les malheureuses qui n’en finissent plus de vibrer. C’est un peu n’importe quoi, mais ça lui permet de sortir sous un déluge d’applaudissements.

Elle revient alors seule en scène, avec sa guitare, devant un public qui scande à présent son nom. Elle débute l’intro plus calme de Life Is Going Down, mais voilà que le petit malin du début refait des siennes. Pour le chambrer, elle l’appelle "Jean-Mich’", sans se douter un instant que le public se mettrait à crier : "Jean-Mich’ ! Jean-Mich’ ! Jean-Mich’ !". La foule est devenue intenable, Izia n’arrive absolument pas à reprendre sa chanson, et elle se demande même à voix haute si ce qu’elle voit est vraiment en train de se passer. Elle parvient finalement à jouer le premier couplet, avant que les Lillois ne recommencent à crier un peu tout et n’importe quoi. Pour mettre fin à l’agitation, la jeune femme lance alors le refrain survolté de ce morceau tout en contraste, et elle emporte finalement tout le monde dans ce tsunami électrique. C’est le moment qu’elle choisit pour annoncer que la setlist est terminée, mais qu’elle a bien envie de continuer à jouer. Difficile de croire que ce numéro n’était pas préparé, mais qu’importe ! Elle entame une reprise du Proud Mary de John Fogerty, dont le refrain est repris en chœur par un public à nouveau coopératif. D’abord blues, le titre se transforme très vite en orgie rock avec cette version dopée, électrisée et terriblement jouissive, pour mieux s’achever tout en douceur et en sensualité. Il est temps de clore ce concert et c’est avec Hey Bitch qu’Izia va le faire. Le final est dément, un pogo se déclenche dans la fosse et on voit même quelques courageux partir en slam. Le feu d’artifice s’achève par un tonnerre d’applaudissements mérité.

Finalement, la pile électrique Izia aura fait tout ce qu’on attendait d’elle, à commencer par un très bon concert de rock, explosif, torride et parfois un peu bordélique. Las, sa spontanéité paraît parfois chorégraphiée, comme lorsqu’elle envoie valdinguer le pied de son micro pour la cinquième fois. On se demande à quel point elle ne finit pas par surjouer son propre rôle. Les meilleurs moments sont d’ailleurs ceux où elle est prise à son propre jeu et où le public la décontenance en la prenant au mot : elle veut que ça ait l’air foutoire, eh bien ça va l’être ! Pas sûr cependant que tous les publics de France soient aussi taquins qu’à Lille. Toujours est-il que le plaisir que la jeune femme prend sur scène est manifeste et qu’elle en donne au moins autant aux spectateurs. Izia est incontestablement une vraie bête de scène et elle aura réussi ce soir à faire L’Aéronef comble… et comblée.
Merci à Sarah Gaudron

Pour se mettre en condition, les spectateurs lillois ont droit à une première partie lorgnant carrément du côté du blues, avec le guitariste et chanteur Australien Jeff Lang. Seulement accompagné d’un bassiste, il entre en scène, béret sur la tête, et commence à triturer ses cordes. On admire son touché épileptique, qui répond aux lourdes basses telluriques que son compère envoie faire trembler les murs. Très souvent instrumental, ce blues post-apocalyptique, à la fois vintage et futuriste, est emmené à un train d’enfer, tant et si bien qu’il se révèle en fin de compte plus impressionnant qu’entraînant. Pas bégueules, les spectateurs font malgré tout un accueil chaleureux au duo, qui, à défaut d’être renversant, a au moins eu le mérite de bien échauffer les tympans de tout le monde.

Quelques minutes d’attente et puis voilà déjà Izia ! Débutant son set par deux morceaux plutôt calmes, elle lance ensuite très vite les hostilités avec Back in Town et ses accents à la White Stripes. C’est déjà l’occasion pour la chanteuse de se retrouver à quatre pattes, puis assise sur le bord de la scène, et rapidement au contact du public. A peine le temps de tomber la veste et c’est reparti ! Les spectateurs commencent à monter en température, et un petit malin s’amuse à taquiner la jeune femme entre deux chansons. Plutôt amusée, Izia lui répond sans ménagement : "toi, tu commences sérieusement à me péter les couilles ; mes potes et moi, on va te retrouver et on va te péter la gueule !". Le public adore, le concert se poursuit dans la bonne humeur.

Un morceau plus tard, qui aura encore arrosé la salle d’une énergie débordante, Izia n’est plus qu’amour : "C’est bien parti entre nous, mais on pourrait aller encore beaucoup plus loin. On ferait du tantra… comme Sting. On se regarderait droit dans les yeux et on ferait l’amour pendant des heures". Belle introduction à Sugar Cane, son titre le plus lent, le plus émouvant, mais pas forcément le meilleur, avouons-le. Pas le temps de s’ennuyer, cependant, car on enchaîne rapidement avec Lola, titre explosif s’il en est, avec sa ligne de basse destructrice. La chanteuse déploie une énergie inépuisable, elle saute, bondit, secoue la tête, donne des coups de pied dans le vide, balance son pied de micro. La rencontre entre l’incandescente Izia et un public nordiste bouillonnant déclenche une vraie tempête de feu dans L’Aéronef.

Pour tenter de calmer l’incendie, la jeune femme se renverse une bouteille d’eau sur la tête, mais elle recommence de plus belle à s’agiter en tous sens. Très douée pour chauffer la foule, elle se lance ensuite dans une tirade sur l’orgasme, qui continue de donner à ce concert un côté toujours plus charnel. On verrait presque les hormones flotter au-dessus de la fosse. Mais la musique reprend ses droits avec le très progressif Disco Ball, qui alterne passages épurés et refrains dopés à gros coups de riffs saturés, le tout n’étant pas sans rappeler les compositions les plus récentes des Gossip de Beth Ditto. On en est déjà à une heure de concert, qu’on n’a absolument pas vue passer, et Izia sort une première fois de scène.

L’intro du rappel débute à la percussion pour secouer tout le monde, avant de déboucher sur le morceau le plus connu de la chanteuse : Let Me Alone, repris en chœur par toute la fosse, qui manifeste son enthousiasme dès les premiers accords. Telle une furie, la jeune femme se déchaîne plus que jamais sur scène, le public est en fusion, il hurle tant qu’il peut, elle le lui rend bien et finit sur le dos. On croit le morceau terminé alors qu’Izia se jette dans les bras de son batteur, qui lui tend ses baguettes. Elle fait mine de les lancer dans la foule, qui fait un vacarme de tous les diables, mais elle se ravise et passe derrière les fûts. Son jeu est assez peu académique, sa prestation plutôt binaire mais pleine de fougue, et les spectateurs l’accompagnent de bon cœur en tapant des mains. Finalement, elle embarque deux cymbales qu’elle vient poser sur le devant de la scène avant de les fracasser à plusieurs reprises, puis de se déchaîner sur les malheureuses qui n’en finissent plus de vibrer. C’est un peu n’importe quoi, mais ça lui permet de sortir sous un déluge d’applaudissements.

Elle revient alors seule en scène, avec sa guitare, devant un public qui scande à présent son nom. Elle débute l’intro plus calme de Life Is Going Down, mais voilà que le petit malin du début refait des siennes. Pour le chambrer, elle l’appelle "Jean-Mich’", sans se douter un instant que le public se mettrait à crier : "Jean-Mich’ ! Jean-Mich’ ! Jean-Mich’ !". La foule est devenue intenable, Izia n’arrive absolument pas à reprendre sa chanson, et elle se demande même à voix haute si ce qu’elle voit est vraiment en train de se passer. Elle parvient finalement à jouer le premier couplet, avant que les Lillois ne recommencent à crier un peu tout et n’importe quoi. Pour mettre fin à l’agitation, la jeune femme lance alors le refrain survolté de ce morceau tout en contraste, et elle emporte finalement tout le monde dans ce tsunami électrique. C’est le moment qu’elle choisit pour annoncer que la setlist est terminée, mais qu’elle a bien envie de continuer à jouer. Difficile de croire que ce numéro n’était pas préparé, mais qu’importe ! Elle entame une reprise du Proud Mary de John Fogerty, dont le refrain est repris en chœur par un public à nouveau coopératif. D’abord blues, le titre se transforme très vite en orgie rock avec cette version dopée, électrisée et terriblement jouissive, pour mieux s’achever tout en douceur et en sensualité. Il est temps de clore ce concert et c’est avec Hey Bitch qu’Izia va le faire. Le final est dément, un pogo se déclenche dans la fosse et on voit même quelques courageux partir en slam. Le feu d’artifice s’achève par un tonnerre d’applaudissements mérité.

Finalement, la pile électrique Izia aura fait tout ce qu’on attendait d’elle, à commencer par un très bon concert de rock, explosif, torride et parfois un peu bordélique. Las, sa spontanéité paraît parfois chorégraphiée, comme lorsqu’elle envoie valdinguer le pied de son micro pour la cinquième fois. On se demande à quel point elle ne finit pas par surjouer son propre rôle. Les meilleurs moments sont d’ailleurs ceux où elle est prise à son propre jeu et où le public la décontenance en la prenant au mot : elle veut que ça ait l’air foutoire, eh bien ça va l’être ! Pas sûr cependant que tous les publics de France soient aussi taquins qu’à Lille. Toujours est-il que le plaisir que la jeune femme prend sur scène est manifeste et qu’elle en donne au moins autant aux spectateurs. Izia est incontestablement une vraie bête de scène et elle aura réussi ce soir à faire L’Aéronef comble… et comblée.
Merci à Sarah Gaudron
Signature : fredcle 10/11/2010
Envoyer un message à fredc
Voir toutes les critiques de concert rédigées par fredc
Photographe : fredc
Envoyer un message à fredc
Voir toutes les critiques de concert photographiées par fredc
L'Aéronef - Lille

le 4 Novembre 2010 - L'Aéronef, Lille (par Fredc)
Copyright © Neolab Production 2000-2012. Reproduction totale ou partielle interdite sans accord préalable.
Conditions générales d'utilisation
Conditions générales d'utilisation



















