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Jack the Ripper

Trianon Paris   1er février 2OO6
  
5 étoiles, concert à ne pas manquer


Jaime



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    Entrée au Trianon, sans fouille (rare). Aïe des sièges ! je ne comprendrai jamais un concert assis ! Je file sur le côté derrière la rambarde pour rester debout sans gêner qui que ce soit.
    Trois musiciens entrent en scène, deux guitares un clavier, le public commence à crier et applaudir, et une voix annonce timidement comme pour calmer les ardeurs : « nous sommes la première partie » . Concert acoustique. Je n’avais même pas remarqué sur le billet + première partie. Puis une voix entonne un morceau, c’est…Syd Matters ! Cette voix, une des plus belles voix françaises, d’une beauté, d’une justesse, si mélodieuse, puis chant à double voix, voire trois dans une harmonie époustouflante. Le public apprécie, puis au début du troisième titre : « nous sommes Syd Matters » le public appuie les applaudissements (une partie connaissait , une autre de réputation – ce qui a valu changement d’attitude, plus aucun bruit, plus de bavardages- et une autre découvrait).
    Syd Matters enchaîne les titres, le guitariste et le claviériste alternent leurs instruments. Puis Syd Matters passe au clavier et là des réminiscences du concert de Sébastien Schuller se mêlent au temps suspendu par tant de mélancolie , d’errances éthérées, de beauté. C’est beau…beau à en pleurer. La gorge nouée, je ne retiendrai pas les larmes et les laisserai rouler sur mes joues.
    Après plusieurs morceaux, je ne sais plus le nombre ils quittent la scène modestement sous les acclamations. Ouf l’entracte pour essayer de se remettre de ce moment de voluptueuse douceur. Une bière ! Bah oui n’oublions pas, il faut affronter Jack the ripper ! Au gré des conversations j’entends ici et là que Syd Matters a conquis un nouveau public. Et c’est tant mieux. Je m’énerve un peu constater qu’un artiste aussi talentueux reste si méconnu et ne fasse pas encore une salle respectable en tête d’affiche. Quand je pense à certains….

    Pour en revenir à Jack the ripper..
    Je les ai découverts avec « La femelle du requin » j’ai pris une belle claque, j’ai acheté l’album « I’am coming « et dans la foulée « The book of lies ».
    Je ne les avais jamais vus sur scène, je les avais ratés, souvent du fait qu’ils assuraient des premières parties de groupes qui ne m’intéressaient pas et comme je connais l’ingratitude du public venu acclamer leurs idoles en haut de l’affiche, je me méfie et n’ose jamais les premières parties.
    J’avais bien vu quelques photos, très peu, j’y voyais un personnage aux cheveux longs, une cigarette entre les doigts tenant le micro, les yeux hallucinés, mais pas vraiment de quoi projeter une image en écoutant les albums.
    J’avais aussi dernièrement écouté sur une webradio une longue itw et surpris un aspect « humain » au chanteur Arnaud (oui il avait des réflexions rationnelles, parlait posément, avait beaucoup d’humour) car, quand j’écoutais les albums , la musique, la voix aux multiples facettes, les ambiances laissaient vagabonder mon imagination. N’étant pas bilingue, les paroles ne me sautent pas aux oreilles et même si je traduis les textes et sais un peu près de quoi ils parlent, à l’écoute, j’en oublie la traduction, je saisis juste quelques mots, le phrasé, les intonations et inflexions et dans mes voyages oniriques, j’accompagnais tantôt Dorian Gray vendre son âme et s’adonner à l’opium dans les bas fonds de Londres, tantôt je ressentais les tourments de l’âme et la folie de Maupassant…les délires de Kafka…de Lautréamont…le romantisme, la désespérance, les ivresses d’un des Esseintes…les fantômes de Ligeia et de Morella , tantôt l’ironie, des danses macabres de fantômes, des vampires assoiffés, des orgies dionysiaques, des réunions d'esprits retors …



    Le groupe investit la scène. Ils sont huit. Les premières notes du violon…Look at my face…c’est parti. Etrange personnage, de taille assez petite, fin, excessivement fin, les cheveux blonds aux épaules, un pantalon crème trop court sur des bottines à boucles et à talon (2cms)…une veste noire, une longue écharpe qu’il enlèvera très vite. Le ton est donné , la voix encore plus spectaculaire que sur disque(from my veins to the sea laisse une bonne place au chant) La musique atmosphérique où tournoient piano, violon, trompette ne déçoit pas, mais prend des libertés avec celle des albums, subtile, dépouillée de tout artifice n’oubliant pas les envolées lyriques , inquiétantes, saisissantes.
    Public toujours assis. J’appréhende un concert plombé. Les titres s’enchaînent. .From my veins…Hungerstrike…Escape…Goin’down . Très vite le chanteur…Arnaud se libère bouge, danse de façon étonnante, délicat et exalté à le fois.
    Il ôte sa veste et dévoile son corps androgyne (chemise blanche cintrée) ; seuls ses favoris et sa barbe de quelques jours trahissent son sexe…et sa voix bien sûr ! ses voix !hormis sa voix caressante, sensuelle, cajoleuse…comment une créature si princière, si frêle peut abriter une voix si chaude, si virile, souvent caverneuse ou démoniaque ?
    Les premiers accords de « I was born a cancer » et le public se réchauffe et bouge un peu. A la fin du morceau, Arnaud (l’humain) nous demandera une faveur, de bien vouloir nous lever. En moins de trois secondes je me retrouve devant la scène. Et là le concert bascule. Je suis tout près et je peux tout détailler. Le pianiste qui planera totalement tout le long du concert et balancera ses cheveux à la façon des métalleux à certains moments. Le bassiste Thierry- le frère d’Arnaud- petit, en costume , au visage poupin caché sous ses cheveux semble aussi partir, le guitariste Henri- le cousin des 2 frères, si j’ai bien tout compris- devant moi paraît être aussi dans le vague, habité par la musique, l’air béat. Le trompettiste, (très acclamé) au costume moulant et au petit chapeau oriental semble habité aussi, pendant les breaks il tient son instrument comme s’il tenait un bébé et danse, se laisse emporter par la musique ; le violoniste ressemble à Karembeu jeune , époque cheveux crépus vêtu au début d’un excentrique blouson bleu, sourit tout le temps, s’amuse de tout. Je ne voyais pas très bien le batteur et l’autre guitariste au fond à gauche mais je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée pour ce dernier qui révélait dans cette itw qu’il préférait le studio à la scène, qu’à huit le son live est monstrueux, inaudible, difficile de jouer en finesse, qu’il faut sans cesse se débattre avec le son des autres, et que la trompette dans les oreilles étaient un calvaire ! mais
    quel bonheur pour nous !



    Bien entendu Jack the ripper est un groupe. Pas question d’en occulter les membres musiciens. Chaque musicien a sa place et tient merveilleusement bien son rôle. Ils partagent la singularité de leur son et de leur musique. Mais il faut admettre que le chanteur marque de son empreinte l’identité Jack the ripper. Sa personnalité (sur scène) son charisme hypnotique attire incontestablement tous les regards, toutes les attentions. Sa sensualité trouble autant les filles que les hommes, ses danses dans les volutes de sa cigarette, cette manière de tenir
    une cigarette et le micro en même temps d’un main élégante, en chantant, en sautant, en étant traversé de spasmes, de secousses intenses. Décrire Arnaud (bizarre de dire son prénom tant j’aurais envie de dire Jack) sur scène est une tentative quasi impossible. Il danse comme personne. Se tient comme personne. Chante comme personne. S’expose comme personne. Son visage , ses yeux , son corps changent d’expression aussi vite qu’un ciel nuageux en montagne. Il peut être effrayant , les yeux écarquillés, le dos voûté quand il est « assassin » ou assailli par les fantômes des femmes qu’il a tuées , la voix, le corps comme possédés par le diable. Il peut être charmeur, mais toujours un soupçon vénéneux, susurrer, la main droite relevant sa chevelure blonde, il peut être terriblement dandy, marchant, dansant, faisant voler ses cheveux, sautant, les deux mains dans les poches plaquées de sa veste. iI peut être sexy dansant face à la batterie le dos au public, et là on pourrait imaginer une fille, ou excitant le public sur le bord de la scène(avec son pantalon très près du corps au niveau du bassin) il peut être en état de souffrance, la main sur la joue droite, le visage torturé, le corps arc- bouté. Il peut être violent et frapper comme un dément sur le gros tom, casser la baguette et l’envoyer sur le public sur « Party downtown » (morceau de bravoure), tirer brusquement le fil du micro coincé sous un ampli, envoyer à terre son pied de micro… mais passer par tous ces états avec une noblesse, une grâce, une puissance féline révélant un personnage d’une autre époque, d’un autre monde. Bref, il peut être tout !
    Surprenant aussi après chaque morceaux, son visage se pare d’un regard perdu, d’une esquisse de sourire insondable, il semble totalement absent, égaré, lointain mais en fait très lucide (le manager ou tourneur fait des va et vient pour remettre les micros, les fils, apporter un médiateur etc et notre chanteur sous cette attitude nonchalante et enfantine qui le rend très touchant, maîtrise tout. En fait il semble récupérer, se décharger de l’exceptionnelle intensité de ses interprétations (ce qui nous fait beaucoup rire devant, ambiance très détendue) pour replonger dans un personnage de tous les excès au titre suivant .
    Paradoxale aussi cette lucidité dans les moments où il donne l’impression de disjoncter, d’être transpercer par des fulgurances, il joue l’équilibriste sur le bord de la scène, s’accroupit, marche, tressaille en vociférant ou en s’époumonant sans jamais vaciller (le manager viendra le relever sur « the assassin » était-il prêt à sauter dans le public ?) Dans ces instants le public exulte,.
    Une belle surprise au cours de ce concert ( encore une après Syd Matters) sur « old stars », Arnaud nous présente : « Sébastien Schuller , notre ami ». Sébastien, toujours aussi humble, venu faire les chœurs. Réjouissant de le voir danser sur la musique de Jack the ripper. Vraiment belle soirée !
    Première sortie de scène, l’occasion pour nous de faire du bruit, Arnaud s’est assagi pour nous jouer à la guitare assis « son of» suivi de « charming prince » et de « vargtimmen » deuxième sortie…encore du bruit…retour avec « haunted » et final explosif avec « words ».
    Arnaud a remercié « Syd Matters d’avoir osé l’exercice difficile d’un concert acoustique en première partie ». Savoir que Syd Maters, Sébastien Schuller et Jack the ripper s’apprécient et se soutiennent, voilà de quoi enchanter mon cœur. Salut en ligne, ovation ! Comme nous en redemandions encore et encore, le pianiste est revenu nous dire « que c’était impossible, que la salle devait fermer »…il était 22h. 30.
    Les fantômes de Jack the ripper vont me poursuivre longtemps…des nuits agitées me guettent…

    Setlist
    From my veins...Hungerstrike...Escape...Goin'down...Cancer...Dog meets wolf...Tango...Old stars...L.Cohen...Assassin..Her ghost...Apemen bridge...White men...Martha...Party downtown...Feral Buddleïa...
    Son of...Charming prince...Vargtimmen
    Haunted...words

    Photos Pirlouiiiit prises lors du concert a Rognes

    Signature : the Pan
    le 05/02/2006
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