Critique de concert Jacques Higelin

De Vian à Higelin
"Pourquoi que je vis... Pour toucher le sable, Voir le fond de l'eau qui devient si bleu, Qui descend si bas..." B. Vian
Une idée folle. Se glisser au Festival du Mot – Trois trains et quelques heures plus tard.. Se retrouver là-bas – La Charité-sur-Loire- Lieu magique – se perdre dans les remparts jusqu'à la tombée de la nuit. Se perdre et laisser les pensées devenir vagabondes... Se diriger vers... - entre deux rues... une salle des fêtes... Au programme: Vian – Higelin – Mahut... Vaste – Trois univers. Des passerelles soupçonnées, d'autres devinées, soufflées du bout des lèvres
La spectatrice que je suis (ou que j'étais) est venue avec des idées pré-conçues – pré-fabriquées. J'avais tort bien sûr. Ne jamais s'attendre à... Mais se laisser bercer, tenter, attirer... J'avais rêvé d'une ambiance proche du Max Black de Heiner Goebbels ou encore d'une performance proche d'Henry Chopin. J'avais tort. Boris Vian, Jacques Higelin ne sont ni Goebbels, ni Chopin. De la place. Il faut de la place pour ce spectacle-là. Il faudra y revenir certainement. Le découvrir. Lui laisser le temps de grandir... de s'affirmer...
21 heures. Le noir. Dominique Mahut, Jacques Higelin et Stéphane Guillaume entrent en scène. La scène est absorbée par "le meuble" – peut-être trop – le mouvement sera certainement tronqué. Un canapé est face au public – imposant – une guitare de chaque côté - A droite: la guitare de Stéphane Guillaume. A gauche: une table - des objets – des instruments de musique déambulent sur une table en bois. Jolie. Perspective d'une alchimie sonore. Les musiciens prennent place. Mr Higelin, lui, est debout. Veste rouge - sac à dos sur l'épaule. Il prend le temps. Sourires. Paroles. S'interroge. (l'impression légère, infime qu'il ne croit pas vraiment en cette lecture...) L'architecture musicale débute, elle se construira au gré des inspirations... une douce folie imaginée par Monsieur Dominique Mahut (un musicien atypique, incroyable: un alchimiste...) Jeux. D'enfants. Ou de Jacques. S'amuse. S'envole. Il faudra quelques instants avant de se poser, avant de trouver le livre... Prendre le temps. Respirer. Ce sera Le Loup-Garou (texte de 1947), l'histoire de Denis qui sera mordu par le Mage du Siam. Quelques accroches.

Quelques incohérences ici et là, mais lorsque la voix grave sort à pleine gorge... le public est envoûté... les crocs s'expulsent... Oui, certains diront que ce texte là était un peu long pour commencer... mais il était le lien parfait entre Boris et Jacques. Oui, la langue a fourché. Oui, il est parfois difficile de Lire, de faire entendre le texte. Mais pour ma part, le Mage du Siam était bien là... quelque part... prêt à bondir et à mordre. Jacques, lui, (encore lui) mettra toute son énergie et cherchera à chaque fois l'articulation juste, s'appuyant sur les sons envoûtants de Mahut et de Stéphane Guillaume... une spirale vertigineuse... Parfois perdu lorsque le son s'évapore, s'amenuise... Il cherchera, proposera des pistes... avouera aussi la difficulté... Quelques chants improvisés, quelques cris deviendront la ponctuation, les virgules, les points...
Un savoureux mélange, qui parfois, je suppose est proche de la performance (sens des années 1970). D'autres textes suivront... des poèmes, des extraits, des essences... J'irai cracher sur vos tombes... Pourquoi que je vis... une interprétation particulière pour ce dernier texte – étrange et peut-être maladroit – Et puis... l'osmose fut à mon sens sur l'interprétation de L'Ecume des jours – Il y avait là, un moment de grâce, une communion entre deux artistes. Ils étaient là. Enfin. Mon regard s'est souvent porté sur la table en bois, sur les instruments de musique qui prenaient forme et vie et son entre les mains de Mahut... Un laboratoire sonore, une exploration, une dérivation d'une pensée... Ce musicien là est incroyable. Artiste. Interprète il invente, cherche et envoie le spectateur sur des chemins sans cesse renouvelés. Merci. On ne peut pas tout dire. Mais nous avons eu le droit à Je rêve a cappella... un jeu... (entre Dominique et Jacques...). Après deux heures de lecture, il était temps de dire au revoir. Le public a applaudi chaudement cette prestation-plurielle. Avouons que certains sont partis avant la fin. Pour les autres, ce fut un arrache-coeur. Après quelques instants, Higelin, Mahut et Stéphane Guillaume étaient de retour pour quelques chansons: ... Paris New York – Tête en l'air... De l'énergie. Une liberté. Le plaisir d'être là.
Alors, pourquoi que je vis... pourquoi que je vis... pour voir le fond de l'eau... qui descend si bas et mène si haut... Il faudra patienter un peu avant que le verbe ne s'accorde une fois encore aux sons. Et qui sait, peut-être que ce soir là, les mots de Jacques Higelin résonneront eux aussi à pleine gorge, à pleine page... Le prochain rendez-vous sera à Compiègne, le 19 Juin à 20h30. N'hésitez plus...
Réservations: http://www.compiegne.fr/biblio/
Autre article publié sur le site de Sam: http://www.cap-berriat.com/jacquesadit/
site source de l'article:http://paulinecatherinot.kazeo.com/
Photo d'archive : Pirlouiiiit
"Pourquoi que je vis... Pour toucher le sable, Voir le fond de l'eau qui devient si bleu, Qui descend si bas..." B. Vian
Une idée folle. Se glisser au Festival du Mot – Trois trains et quelques heures plus tard.. Se retrouver là-bas – La Charité-sur-Loire- Lieu magique – se perdre dans les remparts jusqu'à la tombée de la nuit. Se perdre et laisser les pensées devenir vagabondes... Se diriger vers... - entre deux rues... une salle des fêtes... Au programme: Vian – Higelin – Mahut... Vaste – Trois univers. Des passerelles soupçonnées, d'autres devinées, soufflées du bout des lèvres
La spectatrice que je suis (ou que j'étais) est venue avec des idées pré-conçues – pré-fabriquées. J'avais tort bien sûr. Ne jamais s'attendre à... Mais se laisser bercer, tenter, attirer... J'avais rêvé d'une ambiance proche du Max Black de Heiner Goebbels ou encore d'une performance proche d'Henry Chopin. J'avais tort. Boris Vian, Jacques Higelin ne sont ni Goebbels, ni Chopin. De la place. Il faut de la place pour ce spectacle-là. Il faudra y revenir certainement. Le découvrir. Lui laisser le temps de grandir... de s'affirmer...
21 heures. Le noir. Dominique Mahut, Jacques Higelin et Stéphane Guillaume entrent en scène. La scène est absorbée par "le meuble" – peut-être trop – le mouvement sera certainement tronqué. Un canapé est face au public – imposant – une guitare de chaque côté - A droite: la guitare de Stéphane Guillaume. A gauche: une table - des objets – des instruments de musique déambulent sur une table en bois. Jolie. Perspective d'une alchimie sonore. Les musiciens prennent place. Mr Higelin, lui, est debout. Veste rouge - sac à dos sur l'épaule. Il prend le temps. Sourires. Paroles. S'interroge. (l'impression légère, infime qu'il ne croit pas vraiment en cette lecture...) L'architecture musicale débute, elle se construira au gré des inspirations... une douce folie imaginée par Monsieur Dominique Mahut (un musicien atypique, incroyable: un alchimiste...) Jeux. D'enfants. Ou de Jacques. S'amuse. S'envole. Il faudra quelques instants avant de se poser, avant de trouver le livre... Prendre le temps. Respirer. Ce sera Le Loup-Garou (texte de 1947), l'histoire de Denis qui sera mordu par le Mage du Siam. Quelques accroches.

Quelques incohérences ici et là, mais lorsque la voix grave sort à pleine gorge... le public est envoûté... les crocs s'expulsent... Oui, certains diront que ce texte là était un peu long pour commencer... mais il était le lien parfait entre Boris et Jacques. Oui, la langue a fourché. Oui, il est parfois difficile de Lire, de faire entendre le texte. Mais pour ma part, le Mage du Siam était bien là... quelque part... prêt à bondir et à mordre. Jacques, lui, (encore lui) mettra toute son énergie et cherchera à chaque fois l'articulation juste, s'appuyant sur les sons envoûtants de Mahut et de Stéphane Guillaume... une spirale vertigineuse... Parfois perdu lorsque le son s'évapore, s'amenuise... Il cherchera, proposera des pistes... avouera aussi la difficulté... Quelques chants improvisés, quelques cris deviendront la ponctuation, les virgules, les points...
Un savoureux mélange, qui parfois, je suppose est proche de la performance (sens des années 1970). D'autres textes suivront... des poèmes, des extraits, des essences... J'irai cracher sur vos tombes... Pourquoi que je vis... une interprétation particulière pour ce dernier texte – étrange et peut-être maladroit – Et puis... l'osmose fut à mon sens sur l'interprétation de L'Ecume des jours – Il y avait là, un moment de grâce, une communion entre deux artistes. Ils étaient là. Enfin. Mon regard s'est souvent porté sur la table en bois, sur les instruments de musique qui prenaient forme et vie et son entre les mains de Mahut... Un laboratoire sonore, une exploration, une dérivation d'une pensée... Ce musicien là est incroyable. Artiste. Interprète il invente, cherche et envoie le spectateur sur des chemins sans cesse renouvelés. Merci. On ne peut pas tout dire. Mais nous avons eu le droit à Je rêve a cappella... un jeu... (entre Dominique et Jacques...). Après deux heures de lecture, il était temps de dire au revoir. Le public a applaudi chaudement cette prestation-plurielle. Avouons que certains sont partis avant la fin. Pour les autres, ce fut un arrache-coeur. Après quelques instants, Higelin, Mahut et Stéphane Guillaume étaient de retour pour quelques chansons: ... Paris New York – Tête en l'air... De l'énergie. Une liberté. Le plaisir d'être là.
Alors, pourquoi que je vis... pourquoi que je vis... pour voir le fond de l'eau... qui descend si bas et mène si haut... Il faudra patienter un peu avant que le verbe ne s'accorde une fois encore aux sons. Et qui sait, peut-être que ce soir là, les mots de Jacques Higelin résonneront eux aussi à pleine gorge, à pleine page... Le prochain rendez-vous sera à Compiègne, le 19 Juin à 20h30. N'hésitez plus...
Réservations: http://www.compiegne.fr/biblio/
Autre article publié sur le site de Sam: http://www.cap-berriat.com/jacquesadit/
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Photo d'archive : Pirlouiiiit
Signature : p
le 02/06/2009
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