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Mercredi 30 mai 2012 : 9435 concerts, 20898 critiques de concert, 4722 critiques de CD.

Critique de concert Marc Ribot + Tribute to Don Cherry (Aldo Romano, Géraldine Laurent, Fabrizio Bosso, Henri Texier)


Marc Ribot + Tribute to Don Cherry (Aldo Romano, Géraldine Laurent, Fabrizio Bosso, Henri Texier)  en concert


2 étoiles, concert pas terrible

Jaime

Jamais je n’aurais pensé avoir autant de difficulté à rédiger une chronique de concert…
Un concert de Jazz, sur l’île de Porquerolles, en Juillet, avec, sur scène, des musiciens talentueux… A première vue, rédiger la chronique d’un tel concert semble être un jeu d’enfant… Et pourtant…. Alors que tous les éléments d’un très bon concert sont réunis, je ressors de cette soirée avec sentiment ambivalent… Comme la sensation d’être passé à coté de quelque chose, mais en gardant, dans un coin de ma tête, l’idée que, peut être, il n’y avait rien à coté de quoi passer…. Vous l’aurez sans doute compris, j’éprouve quelque chose d’ambigüe à l’égard de cette soirée, sans vraiment savoir quoi, et encore moins pourquoi… Reprenons donc les faits chronologiquement, et récoltons les indices…
Les choses étaient compliquées avant même notre débarquement sur l’île… Arrivé en retard nous voyons partir vers l’horizon la dernière navette reliant le continent à ce petit bout de terre narguant la côte… Trop loin pour y aller à la nage, mais trop près pour abandonner si prêt du but !!!Bloqués sur le port, nous finissons par négocier la traversée avec la navette réservée aux résidents de l’île et aux professionnels y travaillant… Nous avons donc notre premier indice : Nous sommes arrivés stressés sur l’île, et sans trop savoir si notre billet "résident" nous permettrait d’embarquer sur la seule navette de retour, celle réservée au touriste (dont les billets sont presque deux fois plus chers). Peut être la perspective de devoir passer la nuit, sans aucun matériel, sur l’île, nous a-t-elle empêchée d’apprécier pleinement le concert ?



Nous arrivons donc sur place, au pied d’un ancien fort, envahi par les pins. Le cadre est, sans nul doute, magnifique… Ici, la présence de chaise tue dans l’œuf toute velléité de débat "assis / debout". Pour autant, il apparaît rapidement que le nombre de chaise est loin d’être suffisant pour permettre à tout le monde de s’asseoir. Il ne nous reste donc qu’à siéger, avec d’autres compagnons d’infortune, entre un caillou et une ronce, en tentant de ne pas trop déraper sur les graviers… Nous avons donc notre deuxième indice : Nous étions très mal installés… Les fesses endolories, les orteils tentant désespérément d’agripper le sol. Les conditions ne sont pas optimales pour apprécier la prestation de Marc Ribot.



Marc Ribot s’installe sur scène, une guitare acoustique dans les bras, et une demi-caisse l’attendant sagement sur son stand (elle attendra d’ailleurs tout le concert, sans que le guitariste ne la touche jamais)… Il nous livre ce soir un set en demi-teinte, alternant improvisations inspirées et moment de grande solitude, totalement abscons… Certes, l’improvisation libre, ce n’est pas toujours d’un accès aisé… D’autant plus lorsque vous en êtes à vous demander si les ronces ne sont pas plus confortables que le petit caillou pointu sur lequel vous êtes assis… Mais lorsqu’il passe cinq minutes à faire grincer son index contre le corps de sa guitare (véridique !!!), je me sens objectivement le droit de mettre en doute l’inspiration de Marc Ribot. Moi qui étais initialement venu pour voir le guitariste, me surprends rapidement à vérifier l’heure à intervalles de plus en plus réguliers… Le manque d’enthousiasme général du public ne doit d’ailleurs pas aider. A vrai dire, on se croirait parfois échoué sur une croisière "Frédéric François" (mais oui, vous savez, les pubs dans le magazine de Mamie)… Ca dort, ca discute chiffons… A quelques exceptions près, le public semble plus être venus parce qu’il a vu de la lumière que pour la qualité de la programmation. Alors face à unMarc Ribot, pas à son meilleur qui plus est, vous imaginez sans peine l’incompréhension entre l’artiste et le public… Rajoutez à cela l’introspection quasi-autistique de Marc Ribot sur scène, et vous vous prendrez peut être, comme moi, à surveiller l’heure….
Néanmoins, quelques beaux moments me font me demander si je ne serais pas passé à coté de quelque chose… Peut être n’étais je pas en condition d’écouter ce genre de musique ? A moins que je répugne à m’admettre déçu par Marc Ribot



Un court entracte nous permet de nous ruer sur deux chaises libres !!! Elles sont toutes simples, en plastique moulé, mais je peux vous assurer qu’à cet instant ce furent les chaises les plus confortables du monde !!!
Aldo Romano, Géraldine Laurent, Fabrizio Bosso et Henri Texier s’installent sur scène pour entamer leur Tribute to Don Cherry. Les musiciens sont tous, sans discussions possibles, d’un niveau très élevé. Le saxophone et la trompette se livre à de véritables acrobaties. Le jeu est nerveux, incisif, bouillonnant. La batterie tient le groove de sa gauche tandis qu’elle s’égare de sa droite, en compagnie de la contrebasse, vers des contrées inconnues… Tout est réuni : des musiciens talentueux, un ascendant prestigieux (Don Cherry), un set très rythmé… Et pourtant… A la moitié du set, je tombe dans les bras de Morphée… Un couinement de saxophone me réveille, et je réalise tout à coup que je ne suis pas la seule victime d’endormissement….



Ici, plusieurs explications sont possibles :
- Le public, du fait de son grand âge, est habitué à s’endormir ente le journal de 20H et la météo…. Et quand à moi, peut être me fais je vieux…
- Le contraste saisissant entre l’inconfort de la pente caillouteuse, et le moelleux confortable de la chaise en plastique sur laquelle je suis désormais assis a eu raison de moi, et m’a entrainé dans une sorte de narcolepsie momentanée…
- J’avais sommeil (quoi ? Ca ne vous arrive jamais à vous ?).
- Le set, tout rythmé et virtuose qu’il soit s’avère, sur la longueur, répétitif… La structure et la distribution des solos est toujours la même… Les solos se ressemblent tous… Et ce n’est pas l’introduction d’une sourdine "wha" sur la trompette qui suffira à renouveler le propos…
Le retour au continent se fera sans encombre, alors que je cherche encore à définir mon sentiment à propos de ce concert… Peut être n’étais je pas en condition, peut être les musiciens n’ont-ils pas été au meilleur de leur art…. Peut être un peu des deux…



Reste une programmation intéressante et légèrement hors des sentiers battus pour ce festival de Jazz, et ça, ça ne peut être que positif !!!!


 


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