Critique de concert Jazz à La Tour 3/5 : Christophe LeLoiL Sextet 'E.C.H.O.E.S.' + Rémi Charmasson Trio 'Wired Fishes' + Francis Le Bras & Daniel Erdmann Duo

Le jour 3 de ce Festival Jazz A La Tour en fut le plus beau.
Rémi Charmasson Trio “Wired Fishes”

Rémi Charmasson débuta en remerciant vivement Jean-Paul Ricard, directeur de l’AJMi, et "tous ces gens qui portent la musique à bout de bras". Dans l’acronyme AJMi, le J signifie Jazz. C’est plutôt le grand M et le petit i de "Musique improvisée" qui furent concernés pendant ce premier plateau.
On y retrouva deux membres du MegaOctet d’Andy Emler vu la veille : le contrebassiste Claude Tchamitchian et le batteur Eric Echampard.
"Wired Fishes" est leur création, consécutive à une résidence de plusieurs jours. Leur collaboration débuta bien antérieurement. La première pièce jouée ce soir (vidéo ci-dessous) fut enregistrée en 1988. L’impro y était moins présente que par la suite.
Sur les deux pièces suivantes par exemple qui s’enchaînèrent, semblant n’en constituer qu’une seule. Elles recelaient tout ce que les Musiques improvisées peuvent apporter : expérimentation / construction / apogée / effilochage / reconstruction / zénith. Lors de la première plage expérimentale, Tchamitchian montra tout son génie, lors des moments denses, la guitare de Charmasson, complètement habité(e), me magnétisa.

Comme lors de la prestation de Melc au Charlie Jazz Festival le mois dernier, certaines personnes venues écouter du jazz et rien d’autre ont pu être désappointées par des riffs plus proches d’Aerosmith que de Wes Montgomery.
La cloche qui sonna 20 heures a peut-être modifié les plans de Tchamitchian qui débutait – et a du coup interrompu – l’intro d’une pièce. Mais lorsqu’il saisit son archet, il savait exactement où il voulait en venir. Sa création tout en nuances devait le mener au thème écrit que la batterie peaufina et la guitare décora magistralement.

Le rappel fut une composition inédite du violoncelliste Eric Longsworth, Long Day, un magnifique blues. Pour l’anecdote, Eric Longsworth était présent dans ce festival comme spectateur la veille et le lendemain. Pas ce soir-là. Il était à Clansayes où il m’a dit avoir joué une compo de Charmasson…

Rémi Charmasson Trio "Wired Fishes" : Rémi Charmasson : guitare / Claude Tchamitchian : contrebasse / Eric Echampard : batterie.
Christophe LeLoiL Sextet “E.C.H.O.E.S.”
Dans AJMi, le J signifie jazz. Ceux qui sont venus écouter du jazz et rien d’autre ne seront pas déçus. ECHOES est également un acronyme : Extended Composition Heard On Evolutive Swing ! C’est Christophe LeLoiL qui essaie de nous en convaincre dans son speech inaugural plein d’humour. On y apprend que s’il nous présente directement les musiciens, c’est parce qu’ils joueront tout d’une traite, qu’on a quand même le droit d’applaudir les solos si on veut, que Simon Tailleu accède à la propriété et que sa banquière est sourcilleuse…

La bonne humeur sera de mise tout au long de leur brillante prestation, la plus excitante de la semaine. Son bugle donne le ton. La soirée était fraîche, elle s’est soudain réchauffée. Pour l’instant, le baryton de Thomas Savy et l’alto de Raphaël Imbert sont discrets.
Disposant de davantage d’espace que lors de leur concert au Cri du Port en février 2009, les souffleurs peuvent sortir de scène pour mettre en lumière la rythmique, souvent sollicitée. Le piano, la contrebasse et la batterie s’occuperont quelquefois de créer des oasis de tendresse. Car les grains de folie sont nombreux. Le premier surgit du ténor de Raphaël Imbert sur un solo dont il a le secret, jeu de jambes en prime. La folie de Thomas Savy est plus douce (solo au baryton) mais ce n’était que sa face lisse (The Smooth Side Of T.S.). On découvrira son côté rugueux plus tard au baryton…

Simon Tailleu est récompensé d’avoir joué cinq notes en boucle depuis dix minutes en accompagnement. On lui rend la monnaie de sa pièce et deux clarinettes basses et la trompette ponctuent son solo à lui.
LeLoiL, grand consommateur de sourdines (au moins quatre différentes), a du coup une trompette polyglotte. Chacun des sons obtenus évoque un style différent de jazz. Le sien s’en nourrit abondamment mais reste résolument moderne.
Bugle cajôleur, changements de rythmes, saxos psychopathes, rythmique softissime, batterie qui chante, trompettes diverses interviennent à nouveau avant le final offert en rappel : un jubilatoire résumé des chapitres précédents. L’humour de Christophe entrevu dans la présentation initiale est ici présent dans sa musique.

Christophe LeLoiL Sextet "E.C.H.O.E.S." : de gauche à droite : Carine Bonnefoy : piano / Simon Tailleu : contrebasse / Cédrick Bec : batterie / Christophe LeLoiL : bugle, trompette et sourdines / Raphaël Imbert : saxophones ténor et alto, clarinette basse / Thomas Savy : saxophone baryton, clarinettes basse et si .
Bonus vidéo : Part 9 : Miscellaneous
Les progrès du festival continuent de jour en jour : l’attente a encore été réduite pour le dernier plateau, mais un exode massif a tout de même lieu.
Francis Le Bras & Daniel Erdmann Duo
Dans AJMi, le A signifie Association. Celle de cette fin de soirée est judicieuse. Il s’agit du second duo piano / saxophone de la semaine après celui de Rémi Dumoulin & Bruno Ruder mercredi.

On retrouve avec plaisir Daniel Erdmann au saxo, beaucoup plus gendre idéal que la veille avec Das Kapital. Il va faire sonner son ténor dans la fraîche nuit touraine accompagné du pianiste rémois Francis Le Bras. La crainte d’assister à un set linéaire sera vite dissipée. Leur musique est tantôt sautillante (Double Stupide), tantôt divinement apaisante (composition du contrebassiste Johannes Fink), tantôt mélancolique (titre en hommage à un footballeur tchèque méchamment taclé !), toujours fluide et expressive.

Les couche-tôt ont eu tort pour la troisième soirée consécutive. Pour ma part, je suis encore resté jusqu’au rappel. La preuve ? L’improvisation finale était dédiée à la grand-mère de Daniel, "parce que j’aime bien ma grand-mère" qu’il nous a dit.

Rémi Charmasson débuta en remerciant vivement Jean-Paul Ricard, directeur de l’AJMi, et "tous ces gens qui portent la musique à bout de bras". Dans l’acronyme AJMi, le J signifie Jazz. C’est plutôt le grand M et le petit i de "Musique improvisée" qui furent concernés pendant ce premier plateau.
On y retrouva deux membres du MegaOctet d’Andy Emler vu la veille : le contrebassiste Claude Tchamitchian et le batteur Eric Echampard.
"Wired Fishes" est leur création, consécutive à une résidence de plusieurs jours. Leur collaboration débuta bien antérieurement. La première pièce jouée ce soir (vidéo ci-dessous) fut enregistrée en 1988. L’impro y était moins présente que par la suite.
Sur les deux pièces suivantes par exemple qui s’enchaînèrent, semblant n’en constituer qu’une seule. Elles recelaient tout ce que les Musiques improvisées peuvent apporter : expérimentation / construction / apogée / effilochage / reconstruction / zénith. Lors de la première plage expérimentale, Tchamitchian montra tout son génie, lors des moments denses, la guitare de Charmasson, complètement habité(e), me magnétisa.

Comme lors de la prestation de Melc au Charlie Jazz Festival le mois dernier, certaines personnes venues écouter du jazz et rien d’autre ont pu être désappointées par des riffs plus proches d’Aerosmith que de Wes Montgomery.
La cloche qui sonna 20 heures a peut-être modifié les plans de Tchamitchian qui débutait – et a du coup interrompu – l’intro d’une pièce. Mais lorsqu’il saisit son archet, il savait exactement où il voulait en venir. Sa création tout en nuances devait le mener au thème écrit que la batterie peaufina et la guitare décora magistralement.

Le rappel fut une composition inédite du violoncelliste Eric Longsworth, Long Day, un magnifique blues. Pour l’anecdote, Eric Longsworth était présent dans ce festival comme spectateur la veille et le lendemain. Pas ce soir-là. Il était à Clansayes où il m’a dit avoir joué une compo de Charmasson…

Dans AJMi, le J signifie jazz. Ceux qui sont venus écouter du jazz et rien d’autre ne seront pas déçus. ECHOES est également un acronyme : Extended Composition Heard On Evolutive Swing ! C’est Christophe LeLoiL qui essaie de nous en convaincre dans son speech inaugural plein d’humour. On y apprend que s’il nous présente directement les musiciens, c’est parce qu’ils joueront tout d’une traite, qu’on a quand même le droit d’applaudir les solos si on veut, que Simon Tailleu accède à la propriété et que sa banquière est sourcilleuse…

La bonne humeur sera de mise tout au long de leur brillante prestation, la plus excitante de la semaine. Son bugle donne le ton. La soirée était fraîche, elle s’est soudain réchauffée. Pour l’instant, le baryton de Thomas Savy et l’alto de Raphaël Imbert sont discrets.
Disposant de davantage d’espace que lors de leur concert au Cri du Port en février 2009, les souffleurs peuvent sortir de scène pour mettre en lumière la rythmique, souvent sollicitée. Le piano, la contrebasse et la batterie s’occuperont quelquefois de créer des oasis de tendresse. Car les grains de folie sont nombreux. Le premier surgit du ténor de Raphaël Imbert sur un solo dont il a le secret, jeu de jambes en prime. La folie de Thomas Savy est plus douce (solo au baryton) mais ce n’était que sa face lisse (The Smooth Side Of T.S.). On découvrira son côté rugueux plus tard au baryton…

Simon Tailleu est récompensé d’avoir joué cinq notes en boucle depuis dix minutes en accompagnement. On lui rend la monnaie de sa pièce et deux clarinettes basses et la trompette ponctuent son solo à lui.
LeLoiL, grand consommateur de sourdines (au moins quatre différentes), a du coup une trompette polyglotte. Chacun des sons obtenus évoque un style différent de jazz. Le sien s’en nourrit abondamment mais reste résolument moderne.
Bugle cajôleur, changements de rythmes, saxos psychopathes, rythmique softissime, batterie qui chante, trompettes diverses interviennent à nouveau avant le final offert en rappel : un jubilatoire résumé des chapitres précédents. L’humour de Christophe entrevu dans la présentation initiale est ici présent dans sa musique.

Les progrès du festival continuent de jour en jour : l’attente a encore été réduite pour le dernier plateau, mais un exode massif a tout de même lieu.
Dans AJMi, le A signifie Association. Celle de cette fin de soirée est judicieuse. Il s’agit du second duo piano / saxophone de la semaine après celui de Rémi Dumoulin & Bruno Ruder mercredi.

On retrouve avec plaisir Daniel Erdmann au saxo, beaucoup plus gendre idéal que la veille avec Das Kapital. Il va faire sonner son ténor dans la fraîche nuit touraine accompagné du pianiste rémois Francis Le Bras. La crainte d’assister à un set linéaire sera vite dissipée. Leur musique est tantôt sautillante (Double Stupide), tantôt divinement apaisante (composition du contrebassiste Johannes Fink), tantôt mélancolique (titre en hommage à un footballeur tchèque méchamment taclé !), toujours fluide et expressive.

Les couche-tôt ont eu tort pour la troisième soirée consécutive. Pour ma part, je suis encore resté jusqu’au rappel. La preuve ? L’improvisation finale était dédiée à la grand-mère de Daniel, "parce que j’aime bien ma grand-mère" qu’il nous a dit.
Signature : mcyavellle 17/08/2010
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