Voici les deux dernières bougies à souffler pour fêter ce dixième anniversaire du Festival des Cinq Continents. Au bout de quatre jours collé à la barrière, je sature un peu et mon dos beaucoup. Alors, je vais tester le festival depuis différents lieux du "village".
Le swing de la contrebasse va m’accompagner une heure et quart durant. La guitare de Biréli Lagrène virevolte sur les deux premiers titres jazz manouche en alternance avec le saxo soprano. Hommage est rendu au maître de la discipline Django Reinhardt dont on fête le centenaire de la naissance.
Les photographes ont le droit de shooter trois morceaux. C’est sur le troisième qu’arrive Didier Lockwood. Pas d’échauffement, il nous fait Grappelli direct, vitesse et aigus conjugués. Je suis à ce moment-là près du stand du Festival Jazz Sur La Ville, qui animera Marseille du 1er au 17 octobre avec un programme toujours aussi riche et varié et la découverte de nouvelles salles.
L’enceinte au-dessus de moi crépite. L’ingé-son en est mis au courant mais le problème persiste. Je migre donc vers les stands restauration où je retrouve Pirlouiiiit. Pendant que nous dégustons notre hotdog et notre bière, les sons de morceaux cultes nous parviennent : Minor Swing, I Got Rhythm (un titre de Gershwin que Django a révolutionné)…
Le swing ne nous a pas quittés, les soli de guitare, violon et soprano accueillent toujours un franc succès. Le feuillage du plus bel arbre du parc épouse exactement la forme de la scène. Cela ne perturbe pas les festivaliers qui ont choisi ce bout de pelouse aveugle, allongés sur leur couverture un verre de rosé à la main ou le nez vers les étoiles. Ils doivent se demander d’où viennent ces sons de guitare électrique. C’est Didier Lockwood qui explore son violon.
C’est sans aucun doute ce soir la plus grosse affluence de la semaine. Pourtant mardi était annoncé complet également. Etrange. La jauge a dû avoir été revue à la hausse pour la soirée de clôture. Plus nombreux, le public de ce soir est aussi différent. Plus jeune, plus festif.
Lors de la présentation très West Coast effectuée par une dame blonde au tailleur rouge (la manageuse ?) les cuivres sont appelés un à un et retentit enfin le "Would you please welcome the funkiest saxophone man in the world, Mister Maceo Parker !"
Inutile de dire que ce soir, la question assis ou debout ne se pose pas une seconde. Le public se masse au pied de la scène pour profiter au maximum de cette happy music.
Maceo Parker est classieux. Costume clair, lunettes noires, il contemple la foule d’un air sévère puis affiche son plus beau sourire. Il empoigne alors son saxophone et c’est parti pour près de deux heures. Souffler dans son alto ne lui prend que la moitié de son temps. Il harangue la foule et chante beaucoup. Son long passage aux côtés de James Brown a laissé des traces. Les paroles semblent être toujours construites autour du mot "funky".
Parmi ses musiciens on en remarque surtout quatre :
- l’imposant bassiste, Rodney “Skeet” Curtis. Hans-Jürgen Attig a fait swinguer la première partie, lui va faire groover la seconde ;
- les deux cuivres : Dennis Rollins au trombone et Ron Tooley à la trompette. Ils entrent et sortent de scène dès qu’ils ne jouent plus, peut-être pour ne pas dissimuler les déhanchements des deux choristes.
- Bruno Speight à la guitare, ses riffs funky et ses chorus.
Au bout d’un quart d’heure, je prends le parti de continuer ma visite du site. Aux tables de la buvette, on discute entre amis sans se soucier du concert. Je salue André de Rocca, journaliste sportif qui a bercé mon enfance. Un personnage ! Si vous entamez la conversation avec lui, vous pouvez faire une croix sur le concert mais vous passez un moment croustillant.
Je poursuis mon périple jusqu’aux produits dérivés. Là, on brade : 3 € le joli porte-clé contre 5 en début de semaine et le prix des T-shirts devient raisonnable (13 € contre 27 en début de festival !)
Je croise des amis venus pour Bireli Lagrène et peu sensibles au funk de Maceo. Il est vrai que bien qu’appartenant à la grande famille du jazz, ces deux mondes sont différents.
Les soli de cuivres attirent davantage mes oreilles que les prestations des deux choristes. Mais force est de constater que Maceo Parker sait faire bouger les foules. Le public est chaud en cette nuit de pleine lune. Lors du rappel, Maceo joue – trop brièvement – les Otis Redding.