Critique de concert Jean-Michel Jarre

Bain de foule pour tout le monde au programme ce soir : la multitude faisant patiemment la queue sur les escaliers de Bercy, puis Jean-Michel qui traversa de part en part la gigantesque salle avant d’entrer sur scène, après avoir accepté les marques d’affection d’un paquet d’amateurs sur son chemin.
Un peu grandiloquent comme entrée, à l’instar de certains des morceaux choisis ce soir, mais comment ne pas se la péter quand on est un personnage pionnier, créatif et à la carrière artistique aussi impressionnante ?
Et puis bon, ça a beau être un artiste "international", Paris c’est quand même un peu chez lui, donc je comprends qu’il ait été particulièrement fier ! D’ailleurs, il paraît qu’il y avait du beau monde pour l’écouter, à proximité de la scène, dont un certain Drucker mais aussi et surtout sa famille au complet, ex comprise (Charlotte Rampling). Moi je n’étais pas au 1er rang, mais j’avais aussi du beau monde à côté : mon copain David, grand connaisseur de Jarre, que je remercie encore pour son invitation (et je remercie du coup aussi, pour ce superbe cadeau d’anniversaire partagé, son ex).
Tant qu’on est dans les ex, il est temps que je qualifie ce concert : excellent, bien sûr !
J’aurais pu dire exécrable mais ce n’était nullement le cas, ou extraordinaire mais ça aurait été abuser quand même. Car il y avait quand même quelques soucis.
Le principal défaut, à mon goût, fut le niveau sonore trop élevé. J’ai eu l’impression que ce n’était pas le cas en début de concert (à moins que je n’aie été tellement happé par les premiers titres que je n’en aie pas remarqué le volume excessif). Ce fut surtout désagréable (à la limite du douloureux avec les aigus) sur les titres de la période Rendez-vous / Revolutions, particulièrement tapageurs et aux sons clairs, éclatants et agressifs caractéristiques des synthés de la 2e moitié des années 80. Le pire, c’est que nous étions face à la scène, mais à l’autre extrémité de la salle, donc je n’ose imaginer ce que ça devait donner plus près. Jarre se targue de minutieusement préparer ses concerts, en allant lui-même à différents endroits de la salle lors des soundchecks pour vérifier la qualité sonore, donc j’en déduis trois possibilités : soit il avait oublié le secteur U13, soit il est devenu un tel nightclubber que ses capacités auditives en ont été altérées, soit il a des actions chez le vendeur de bouchons pour oreilles qui passait dans les rangs avant le concert, tel un vendeur de chocolats glacés !
Second souci, d’ordre visuel cette fois, mais moins gênant. Cette salle est vraiment immense, et voir bouger des fourmis sur un lointain plateau a quelque chose d’un peu frustrant, même si le cerveau intègre que lesdits insectes sont des super musiciens, et qu’après tout on est là avant tout pour écouter de la musique.
La salle polyvalente de Saint-Trou l’Ambiance –ha non pardon je crois qu’il y a eu une petite confusion dans mes sources : il s’agirait en fait de Paris Bercy
Quelques visuels sur écrans géants nous permirent certes d’apercevoir de temps en temps la tête ou les mains de Jarre (qu’il filmait lui-même depuis une micro-caméra installée dans ses lunettes, amusant) en train de s’éclater sur ses instruments divers et variés, jouant, bidouillant du potentiomètre ou tapant sur des touches un peu au pifomètre pour balancer des gros bruits blancs et autres explosions. Mais dommage de n’avoir pu voir ses comparses de scène, notamment autre chose que les seules mains de Dominique Perrier, en charge de plusieurs solos (notamment celui très sympa de Chants magnétiques 2), ainsi que le mythique Francis Rimbert, un plus vieux compagnon de route encore de Jièmji.
De près c’est mieux, merci Beluga ! Jean-Michel Jarre et Francis Rimbert sur Chants magnétiques 1
présentation de Dominique Perrier

Un grand spécialiste de la guitare à contre-emploi ce soir : Claude Samard, à la batterie et aux sons de basse électronique (responsable des visuels aussi, je crois). Il a bossé avec Rita Marley, Midnight Oil et Jean-Jacques Goldman, entre autres.
Dernier petit regret, et j’en arrêterai là : le choix des morceaux/albums représentés. C’est bien évidemment l’aspect le plus subjectif de la critique, mais bon après tout c’est la mienne, donc autant écrire ce que je pense, et pas ce que pensait Hubert-Raoul Le Ploucpiche, le type qui était assis 3 rangées sous moi et 26 places vers la gauche (celui portant des lunettes jaunes à pois roses, une cravate imprimée avec la pochette de Musique pour supermarché et un tatouage de la tête de Pierre Palmade sur le dos).
Le choix fut mis délibérément sur les deux périodes les plus connues : celle des premiers albums (du moins, les premiers connus, je fais abstraction des travaux "spéciaux" du début des années 70) : Oxygène, Equinoxe et Les Chants magnétiques. Avec en sus un petit clin d’œil aux superbes Concerts en Chine, marquant à la fois la fin de cette période -la plus empreinte de complexité sonore et musicale dans toute sa carrière- et les premiers méga concerts à l’étranger, avec le titre Souvenir de Chine. Puis celle de la fin des années 80 centrée sur l’album Rendez-vous, bien moins intéressante à mon avis même si c’est la période du méga-hit Rendez-vous 4 (dont le côté "gentil et facile" m’a toujours rebuté).

Rendez-vous 4 c’est l’éclate !
Et en dehors de ça plus rien ou presque, à part quelques naufragés des cinq ou six autres albums studio de sa discographie, certes pas fabuleux pour la plupart (sauf Zoolook) et dans l’ensemble peu adaptés au format live, mais surtout moins connus, d’où le choix de setlist à mon avis. L’album Chronologie fut quand même représenté par deux titres. On put entendre également le joli Calypso 3, surprenant mais finalement bienvenu en final, et aussi Oxygène 12, titre le plus "récent" joué, à savoir de 1997 !
Ha, et j’allais oublier : il s’est quand même débrouillé pour nous resservir son En attendant Cousteau, sans doute la plus grande supercherie musicale de sa carrière : 45mn avec trois sons et guère plus de notes différentes, occupant plus de la moitié de son album éponyme. Heureusement, ce n’était qu’un titre d’intro, ou plutôt de pré-intro, mais avec tous les titres atmosphériques-planants-fumette qu’il a écrit depuis (et notamment dans ses albums mous des années 2000) et aurait pu valoriser, je ne comprends pas pourquoi il nous a encore ressorti ce machin. Je n’avais vu Jarre en concert qu’une seule fois avant, c’était lors de la tournée Chronologie en 1993, et bien nous y étions déjà passé. Inutile de dire que 17 ans après, ça m’a fait bizarre (et on a bien eu droit aux 45 minutes complètes, il aurait pas fallu qu’on rate une seule note !).
Le seul avantage avec ce En attendant Jarre, c’est qu’il joue parfaitement son rôle de truc tellement gonflant que quand le concert commence, on ne peut que hurler de joie !
C’est d’ailleurs ce que beaucoup de gens firent dès que de très somptueux sons de basse électronique renvoyèrent au fond des abysses le vénérable commandant.
Un nouveau morceau ? Ma foi, oui, quoique morceau soit inapproprié : juste un puissant pattern en boucle, le temps que le héros de la soirée fende la foule à criant "Jarre à vous, jarrive !" (non, je déconne), et avant d’entamer avec le début du savoureux Oxygène, un peu comme s’il revenait 34 ans en arrière, au commencement de sa grande carrière de roi de l’électronique.

redécollage en douceur avec Oxygène 1
C’est donc non sans émotion que nous eûmes le loisir de redécouvrir successivement les pièces les plus géniales qu’il ait pu concevoir, notamment mes favorites, les Équinoxe 5, 7 et 4, ou encore les Chants magnétiques 1, aux superbes sons analogiques et aux accrochantes mélodies, un peu intrigants aussi (quand j’écoutais ça petit, je ressentais un mélange de plaisir musical et d’inquiétude).
Parmi les morceaux plus "récents", le choix de mon titre préféré de Chronologie me fit bien plaisir : le n°6 ("je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre" –non ceci n’est pas une référence aux paroles d’un remix rarissime avec paroles dudit morceau), avec son superbe son de basse électronique rebondissant et son passage mélancolique à l’accordéon.

Chronologie 6
Et Oxygène 12, issu de la superbe suite 20 ans après de l’album mythique, ne fut pas non plus pour me déplaire, même si la version jouée ce soir fut trop longue et répétitive à mon goût.
Néanmoins, il est à noter que tous les morceaux eurent droit à un arrangement nouveau, apportant beaucoup de variété voire d’espièglerie (via des petits ajouts marrants, en début comme avec la petite ambiance arabisante sur Chants magnétiques 2 mais surtout en fin de titres). Bref, un véritable travail d’adaptation, globalement réussi malgré quelques absences (par exemple les sympathiques cascades de voix vocoderisées de Chronologie 2) et quelques ratés, en particulier un solo à n’en plus finir à la suite d’Oxygène 5.

Oxygène 5 et variation
Il faut dire que malgré le plaisir évident et l’hilarité plaisante de Jarre lors de ces petites sorties, parfois avec l’une de ses "guitares" (notamment son fameux Moog Liberation, un clavier portatif à manche, pour se la jouer plus rock’n roll), ses talents d’improvisateur n’arrivent pas à convaincre.
Pas plus d’ailleurs que son morceau inédit sensé illustrer sa préoccupation écologique, au titre de son rôle d’ambassadeur de l’UNESCO, convaincant ni sur la forme (la musique) ni sur le fond (le message, via un slide évolutif géant mettant en regard allègrement un peu tout et n’importe quoi : la population mondiale, la consommation de drogue ou encore le nombre de mails envoyés au quotidien…).
Sa performance live sur le thérémine (ou Theremin), cet étrange ancêtre monophonique des synthés, basé sur les vibrations des ondes, et malgré la difficulté apparente à calibrer justement les notes, fut bien plus intéressante.
Un Jarre un peu fou ce soir avec un instrument des Années folles !
Et puis un concert de Jarre, c’est aussi toujours des moments visuels inoubliables. Relativement peu sous forme d’images ou séquences sur écran ou projetés, cette fois (assez déroutant, même, quand on sait ce dont il est capable). Le simple visage noir sur fond rouge des Concerts en Chine, une Terre (sans pingouins apparents) descendant lentement de l’écran pour Oxygène 4, une collection de reptiles, chouettes et autres animaux aux yeux globuleux pour accompagner Oxygène 12.
Pas de crâne non décalotté par quelque viking pour cette Terre-là !
Deux grands moments quand même : d’abord en fond d’Équinoxe 7 avec une superbe plongée dans les méandres pleins de boutons, fils et appareillages tous droits sortis de l’ère des premiers synthétiseurs analogiques, de la surface du "Digisequencer". Une gigantesque et fabuleuse machine imaginaire, comportant un clavier au nombre extravagant d’octaves (ceci dit, difficile à comptabiliser, vu qu’il manquait des séquences de do/do#/ré/ré#). Passage juste gâché dans sa partie finale par les effets de coupure d’image rappelant l’âge des premiers clips cheap.
Mesdames, messieurs, les passagers pour la "visite" du Digisequencer sont attendus en 3e minute.
Et surtout, en accompagnement d’Équinoxe 4, un bal bien flippant de ces espèces d’oiseaux innombrables aux yeux jaunes et fixes envolés de la pochette du disque, qui contribuèrent à alimenter l’image délicieusement inquiétante que j’avais, petit, de Jean-Michel Jarre !

www.youtube.com/user/HostOfSeraphim#p/u/12/XAQlvBN1Bho
Merci à Michel Granger, le dessinateur, et à JMJ pour cette combinaison sublime
Par contre, le peu de visuels fut compensé par une débauche de lumières et de lasers de toutes sortes, d’une grande beauté pour beaucoup. Les lumières vertes combinées à de la fumée, dès Oxygène 5, nous offrirent un joli spectacle, créant des formes étranges loin au-dessus de nos têtes. Un mélange de lumières jaunes orangées en spirale et de fumées créa plus tard aussi une hallucination assez incroyable : c’était comme si des formes éthérées prenaient vie sous nos yeux, loin en avant de la scène et des écrans.
les fumées de la Révolution industrielle 2
La célèbre harpe laser, utilisée principalement pour jouer le triste Rendez-vous 3, avait pris également une nouvelle dimension, en propulsant dans les hauts plafonds de la salle sept à neuf faisceaux de dense lumière verte correspondant aux notes nécessaires aux différentes séquences (quel pied ça doit être le pied de jouer avec ça !).
Une vue latérale très originale de la harpe laser, où tous les faisceaux sont confondus
Enfin, avec le pétaradant Rendez-vous 2, ce furent des de rideaux aériens de lasers qui se formèrent, pour s’abaisser ensuite peu à peu et venir fendre les spectateurs. Des ribambelles informelles de lumières allèrent également balayer plusieurs parties de la salle à plusieurs reprises.
Donc, in fine, 2h et quart de musique (sans compter les préludes) et de lumières, ce fut très honnête et un grand moment.
Le "nous aussi on vous aime" de Jarre au public sonnait un peu bateau et forcé –à l’instar de la plupart de ses interventions de la soirée-, mais en "retour" une chose est certaine : moi je ne peux que continuer à aimer ce que fait le bonhomme !
Merci à Beluga pour les différentes photos et la vidéo d’Équinoxe 7 (ses autres photos : http://www.bonolulu.com/_Photos/index.asp?useridalbum=Bonolulu/album/20100325JeanMichelJarreBercy).
Merci à Laurent pour les videos de Rendez-vous 3 et Theremin Piece (ses autres videos : www.youtube.com/user/ldramez).
Merci à HostofSeraphim pour la vidéo de Équinoxe 4 (ses autres videos : www.youtube.com/user/HostOfSeraphim).
Un peu grandiloquent comme entrée, à l’instar de certains des morceaux choisis ce soir, mais comment ne pas se la péter quand on est un personnage pionnier, créatif et à la carrière artistique aussi impressionnante ?
Et puis bon, ça a beau être un artiste "international", Paris c’est quand même un peu chez lui, donc je comprends qu’il ait été particulièrement fier ! D’ailleurs, il paraît qu’il y avait du beau monde pour l’écouter, à proximité de la scène, dont un certain Drucker mais aussi et surtout sa famille au complet, ex comprise (Charlotte Rampling). Moi je n’étais pas au 1er rang, mais j’avais aussi du beau monde à côté : mon copain David, grand connaisseur de Jarre, que je remercie encore pour son invitation (et je remercie du coup aussi, pour ce superbe cadeau d’anniversaire partagé, son ex).
Tant qu’on est dans les ex, il est temps que je qualifie ce concert : excellent, bien sûr !
J’aurais pu dire exécrable mais ce n’était nullement le cas, ou extraordinaire mais ça aurait été abuser quand même. Car il y avait quand même quelques soucis.
Le principal défaut, à mon goût, fut le niveau sonore trop élevé. J’ai eu l’impression que ce n’était pas le cas en début de concert (à moins que je n’aie été tellement happé par les premiers titres que je n’en aie pas remarqué le volume excessif). Ce fut surtout désagréable (à la limite du douloureux avec les aigus) sur les titres de la période Rendez-vous / Revolutions, particulièrement tapageurs et aux sons clairs, éclatants et agressifs caractéristiques des synthés de la 2e moitié des années 80. Le pire, c’est que nous étions face à la scène, mais à l’autre extrémité de la salle, donc je n’ose imaginer ce que ça devait donner plus près. Jarre se targue de minutieusement préparer ses concerts, en allant lui-même à différents endroits de la salle lors des soundchecks pour vérifier la qualité sonore, donc j’en déduis trois possibilités : soit il avait oublié le secteur U13, soit il est devenu un tel nightclubber que ses capacités auditives en ont été altérées, soit il a des actions chez le vendeur de bouchons pour oreilles qui passait dans les rangs avant le concert, tel un vendeur de chocolats glacés !
Second souci, d’ordre visuel cette fois, mais moins gênant. Cette salle est vraiment immense, et voir bouger des fourmis sur un lointain plateau a quelque chose d’un peu frustrant, même si le cerveau intègre que lesdits insectes sont des super musiciens, et qu’après tout on est là avant tout pour écouter de la musique.
Quelques visuels sur écrans géants nous permirent certes d’apercevoir de temps en temps la tête ou les mains de Jarre (qu’il filmait lui-même depuis une micro-caméra installée dans ses lunettes, amusant) en train de s’éclater sur ses instruments divers et variés, jouant, bidouillant du potentiomètre ou tapant sur des touches un peu au pifomètre pour balancer des gros bruits blancs et autres explosions. Mais dommage de n’avoir pu voir ses comparses de scène, notamment autre chose que les seules mains de Dominique Perrier, en charge de plusieurs solos (notamment celui très sympa de Chants magnétiques 2), ainsi que le mythique Francis Rimbert, un plus vieux compagnon de route encore de Jièmji.

Dernier petit regret, et j’en arrêterai là : le choix des morceaux/albums représentés. C’est bien évidemment l’aspect le plus subjectif de la critique, mais bon après tout c’est la mienne, donc autant écrire ce que je pense, et pas ce que pensait Hubert-Raoul Le Ploucpiche, le type qui était assis 3 rangées sous moi et 26 places vers la gauche (celui portant des lunettes jaunes à pois roses, une cravate imprimée avec la pochette de Musique pour supermarché et un tatouage de la tête de Pierre Palmade sur le dos).
Le choix fut mis délibérément sur les deux périodes les plus connues : celle des premiers albums (du moins, les premiers connus, je fais abstraction des travaux "spéciaux" du début des années 70) : Oxygène, Equinoxe et Les Chants magnétiques. Avec en sus un petit clin d’œil aux superbes Concerts en Chine, marquant à la fois la fin de cette période -la plus empreinte de complexité sonore et musicale dans toute sa carrière- et les premiers méga concerts à l’étranger, avec le titre Souvenir de Chine. Puis celle de la fin des années 80 centrée sur l’album Rendez-vous, bien moins intéressante à mon avis même si c’est la période du méga-hit Rendez-vous 4 (dont le côté "gentil et facile" m’a toujours rebuté).

Et en dehors de ça plus rien ou presque, à part quelques naufragés des cinq ou six autres albums studio de sa discographie, certes pas fabuleux pour la plupart (sauf Zoolook) et dans l’ensemble peu adaptés au format live, mais surtout moins connus, d’où le choix de setlist à mon avis. L’album Chronologie fut quand même représenté par deux titres. On put entendre également le joli Calypso 3, surprenant mais finalement bienvenu en final, et aussi Oxygène 12, titre le plus "récent" joué, à savoir de 1997 !
Ha, et j’allais oublier : il s’est quand même débrouillé pour nous resservir son En attendant Cousteau, sans doute la plus grande supercherie musicale de sa carrière : 45mn avec trois sons et guère plus de notes différentes, occupant plus de la moitié de son album éponyme. Heureusement, ce n’était qu’un titre d’intro, ou plutôt de pré-intro, mais avec tous les titres atmosphériques-planants-fumette qu’il a écrit depuis (et notamment dans ses albums mous des années 2000) et aurait pu valoriser, je ne comprends pas pourquoi il nous a encore ressorti ce machin. Je n’avais vu Jarre en concert qu’une seule fois avant, c’était lors de la tournée Chronologie en 1993, et bien nous y étions déjà passé. Inutile de dire que 17 ans après, ça m’a fait bizarre (et on a bien eu droit aux 45 minutes complètes, il aurait pas fallu qu’on rate une seule note !).
Le seul avantage avec ce En attendant Jarre, c’est qu’il joue parfaitement son rôle de truc tellement gonflant que quand le concert commence, on ne peut que hurler de joie !
C’est d’ailleurs ce que beaucoup de gens firent dès que de très somptueux sons de basse électronique renvoyèrent au fond des abysses le vénérable commandant.
Un nouveau morceau ? Ma foi, oui, quoique morceau soit inapproprié : juste un puissant pattern en boucle, le temps que le héros de la soirée fende la foule à criant "Jarre à vous, jarrive !" (non, je déconne), et avant d’entamer avec le début du savoureux Oxygène, un peu comme s’il revenait 34 ans en arrière, au commencement de sa grande carrière de roi de l’électronique.

C’est donc non sans émotion que nous eûmes le loisir de redécouvrir successivement les pièces les plus géniales qu’il ait pu concevoir, notamment mes favorites, les Équinoxe 5, 7 et 4, ou encore les Chants magnétiques 1, aux superbes sons analogiques et aux accrochantes mélodies, un peu intrigants aussi (quand j’écoutais ça petit, je ressentais un mélange de plaisir musical et d’inquiétude).
Parmi les morceaux plus "récents", le choix de mon titre préféré de Chronologie me fit bien plaisir : le n°6 ("je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre" –non ceci n’est pas une référence aux paroles d’un remix rarissime avec paroles dudit morceau), avec son superbe son de basse électronique rebondissant et son passage mélancolique à l’accordéon.

Et Oxygène 12, issu de la superbe suite 20 ans après de l’album mythique, ne fut pas non plus pour me déplaire, même si la version jouée ce soir fut trop longue et répétitive à mon goût.
Néanmoins, il est à noter que tous les morceaux eurent droit à un arrangement nouveau, apportant beaucoup de variété voire d’espièglerie (via des petits ajouts marrants, en début comme avec la petite ambiance arabisante sur Chants magnétiques 2 mais surtout en fin de titres). Bref, un véritable travail d’adaptation, globalement réussi malgré quelques absences (par exemple les sympathiques cascades de voix vocoderisées de Chronologie 2) et quelques ratés, en particulier un solo à n’en plus finir à la suite d’Oxygène 5.

Il faut dire que malgré le plaisir évident et l’hilarité plaisante de Jarre lors de ces petites sorties, parfois avec l’une de ses "guitares" (notamment son fameux Moog Liberation, un clavier portatif à manche, pour se la jouer plus rock’n roll), ses talents d’improvisateur n’arrivent pas à convaincre.
Pas plus d’ailleurs que son morceau inédit sensé illustrer sa préoccupation écologique, au titre de son rôle d’ambassadeur de l’UNESCO, convaincant ni sur la forme (la musique) ni sur le fond (le message, via un slide évolutif géant mettant en regard allègrement un peu tout et n’importe quoi : la population mondiale, la consommation de drogue ou encore le nombre de mails envoyés au quotidien…).
Sa performance live sur le thérémine (ou Theremin), cet étrange ancêtre monophonique des synthés, basé sur les vibrations des ondes, et malgré la difficulté apparente à calibrer justement les notes, fut bien plus intéressante.
Et puis un concert de Jarre, c’est aussi toujours des moments visuels inoubliables. Relativement peu sous forme d’images ou séquences sur écran ou projetés, cette fois (assez déroutant, même, quand on sait ce dont il est capable). Le simple visage noir sur fond rouge des Concerts en Chine, une Terre (sans pingouins apparents) descendant lentement de l’écran pour Oxygène 4, une collection de reptiles, chouettes et autres animaux aux yeux globuleux pour accompagner Oxygène 12.
Deux grands moments quand même : d’abord en fond d’Équinoxe 7 avec une superbe plongée dans les méandres pleins de boutons, fils et appareillages tous droits sortis de l’ère des premiers synthétiseurs analogiques, de la surface du "Digisequencer". Une gigantesque et fabuleuse machine imaginaire, comportant un clavier au nombre extravagant d’octaves (ceci dit, difficile à comptabiliser, vu qu’il manquait des séquences de do/do#/ré/ré#). Passage juste gâché dans sa partie finale par les effets de coupure d’image rappelant l’âge des premiers clips cheap.
Et surtout, en accompagnement d’Équinoxe 4, un bal bien flippant de ces espèces d’oiseaux innombrables aux yeux jaunes et fixes envolés de la pochette du disque, qui contribuèrent à alimenter l’image délicieusement inquiétante que j’avais, petit, de Jean-Michel Jarre !
www.youtube.com/user/HostOfSeraphim#p/u/12/XAQlvBN1Bho
Par contre, le peu de visuels fut compensé par une débauche de lumières et de lasers de toutes sortes, d’une grande beauté pour beaucoup. Les lumières vertes combinées à de la fumée, dès Oxygène 5, nous offrirent un joli spectacle, créant des formes étranges loin au-dessus de nos têtes. Un mélange de lumières jaunes orangées en spirale et de fumées créa plus tard aussi une hallucination assez incroyable : c’était comme si des formes éthérées prenaient vie sous nos yeux, loin en avant de la scène et des écrans.
La célèbre harpe laser, utilisée principalement pour jouer le triste Rendez-vous 3, avait pris également une nouvelle dimension, en propulsant dans les hauts plafonds de la salle sept à neuf faisceaux de dense lumière verte correspondant aux notes nécessaires aux différentes séquences (quel pied ça doit être le pied de jouer avec ça !).
Enfin, avec le pétaradant Rendez-vous 2, ce furent des de rideaux aériens de lasers qui se formèrent, pour s’abaisser ensuite peu à peu et venir fendre les spectateurs. Des ribambelles informelles de lumières allèrent également balayer plusieurs parties de la salle à plusieurs reprises.
Donc, in fine, 2h et quart de musique (sans compter les préludes) et de lumières, ce fut très honnête et un grand moment.
Le "nous aussi on vous aime" de Jarre au public sonnait un peu bateau et forcé –à l’instar de la plupart de ses interventions de la soirée-, mais en "retour" une chose est certaine : moi je ne peux que continuer à aimer ce que fait le bonhomme !
Merci à Beluga pour les différentes photos et la vidéo d’Équinoxe 7 (ses autres photos : http://www.bonolulu.com/_Photos/index.asp?useridalbum=Bonolulu/album/20100325JeanMichelJarreBercy).
Merci à Laurent pour les videos de Rendez-vous 3 et Theremin Piece (ses autres videos : www.youtube.com/user/ldramez).
Merci à HostofSeraphim pour la vidéo de Équinoxe 4 (ses autres videos : www.youtube.com/user/HostOfSeraphim).
Signature : floriburle 06/04/2010
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