
Au Printemps de Bourges 2004, Jeanne Cherhal, pourtant une découverte du cru, a bénéficié en tout et pour tout de 28 minutes pour présenter son deuxième album avant l’arrivée de Lhasa sur scène. Juste avant, le drolatique David Lafore Cinq Têtes avait eu à peine plus de temps pour dévoiler les chansons pince sans rire gorgées d’humour absurde qui seront présentes sur son premier album prévu à l’automne… Parfois, on se demande vraiment si les programmateurs n’ajoutent pas des noms sur une affiche pour se dédouaner… tout en ne prévoyant pas le temps nécessaire à l’épanouissement des nouveaux talents, « contre productivité » à court terme oblige. On devrait juger un artiste en tête d’affiche, un public, une salle ou un festival à la place laissée à la première partie pour s’exprimer et à l’accueil qui lui est réservé… Aussi bizarre que cela puisse paraître à certains, les « vedettes » d’aujourd’hui ont elles aussi débuté en essuyant les plâtres pour des artistes plus connus qu’eux à l’époque.
Levons le suspense tout de suite, la Baie des Singes, le festival « On connaît la chanson » et Jeanne Cherhal ont permis à Loïc Lantoine de présenter les perles de son album Badaboum une heure durant. Et le public, surpris au début, lui a réservé un accueil chaleureux et enthousiaste, allant même jusqu’à le rappeler à la fin ! Cerise sur le gâteau, l’excellent concert de Jeanne Cherhal se terminera même par un duo avec Loïc Lantoine sur Je voudrais dormir initialement interprétée avec Jacques Higelin sur Douze fois par an.
Ce genre de soirée très réussie réconcilierait presque avec le nauséabond business de la musique ! En plus d’assister à un réjouissant spectacle de Jeanne Cherhal avec son précieux guitariste/bassiste Eric Löhrer, le très nombreux public a pu découvrir la chanson pas chantée de Loïc Lantoine et son univers poétique, drôle, désespéré et surprenant… Accompagné par le parfois terrifiant François Pierron, contrebassiste de son état, accessoirement hurleur, pitre et strip teaseur, la nouvelle signature des Têtes Raides sur leur label Mon slip (sic) a véritablement brûlé les planches grâce à ses morceaux tombés de nulle part… Quand ce monsieur - tour à tour lunaire ou performer déchaîné - crache ses mots avec l’aide de son ami martyrisant sa contrebasse à grands coups de cintre, on se dit : « j’ai bien fait d’arriver à l’heure ! »
Peu de temps après, la prestation de Jeanne Cherhal a bénéficié d’un remarquable écho auprès du public, semble-t-il déjà conquis par les passages radio de l’espiègle jeune femme. Avec son humour décalé assez jubilatoire, l’auteure/compositeur raconte ses histoires ancrées dans le réel, avec une verve et un aplomb qui devrait la mener loin. Si musicalement on a déjà entendu plus novateur, l’ensemble produit un effet irrésistible aussi bien sur disque que sur scène. Les quelques faiblesses dans les textes, d’ailleurs autobrocardées avec un délicieux sens de l’autodérision, sont balayées par le tourbillon scénique déclenché par le complice duo. Quand les lumières se rallument après une superbe reprise débranchée de Nougaro (Bindonville), on se dit que ce serait une bonne chose si tous les concerts pouvaient se dérouler dans la même ambiance conviviale... et le même environnement propice à la découverte.
Sites Internet : www.totoutard.com, www.tetes-raides.tm.fr.
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