En cette journée de mobilisation nationale pour la défense des Arts et de la Culture, Armelle du Cri du Port fait part de ses inquiétudes pour l’avenir du milieu du spectacle. De nouvelles réformes risquent de mettre en péril certaines salles et certains festivals qui, faute de subventions, pourraient bien disparaître du paysage culturel.
Cette salle attire ce soir le Jérôme Sabbagh Quartet. Les "New Yorkais" ont voyagé toute la nuit en provenance de la Grosse Pomme. Jérôme Sabbagh y vit depuis 1995, tout comme son batteur allemand, Jochen Rueckert.
Les deux autres sont de purs New Yorkais, Joe Martin, contrebassiste déjà apprécié aux côtés de Raphaël Imbert pour son N_Y Project et un guitariste apparemment culte, Ben Monder.
Une courte rythmique de défilé militaire surprend quelque peu. C’est l’intro de The Turn, une composition de Jérôme Sabbagh comme tout ce qui sera joué ce soir. Un joli thème et la mise en avant immédiate des deux instruments majeurs du quartet : le saxophone ténor et la guitare.
Electric Sound démarre comme une ballade puis prend du volume. Tel une rivière de montagne, le son du saxophone sinue entre les pierres, fait une pause, se fraie un passage, accélère, sinue à nouveau. La guitare est bien jazz malgré un son plus fusion qui évoque John McLaughlin. Splendide. La Comptine qui suit trop lente, trop hachée pour moi ne suscitera pas le même enthousiasme. Les baguettes de timbale puis les balais utilisés par le batteur me feront faire la comparaison avec celui de la semaine dernière ici-même. Autant Mourad Benhammou était expressif, donnait de l’émotion à son jeu, autant Jochen Rueckert paraît peu concerné. On pourrait faire la même remarque pour Ben Monder avec son visage impassible, son attitude de génie qui ne sourit jamais. Sont-ils toujours ainsi ou est-ce dû au décalage horaire ?
La pièce suivante, Vintage, se révèle beaucoup plus entraînante malgré quelques longueurs. Jérôme et Ben ont tous deux les yeux rivés sur leur partition. Moi qui pensais m’être bien situé, au premier rang légèrement décalé sur la droite, j’ai mal calculé mon coup. Le pupitre du guitariste me dissimule son instrument, celui du saxo est anormalement haut et me cache le visage de Jérôme Sabbagh dans l’alignement exact duquel se trouve Joe Martin. Quant à Jochen Rueckert, il se cache constamment derrière une cymbale. Je passe donc ma soirée à me contorsionner pour les apercevoir ou prendre une photo sans pupitre.
Qu’importe ! L’essentiel est la musique. Et le nouveau morceau qui suit, Mojo, avec ses faux airs de Concerto d’Aranjuez amorce une deuxième partie de concert plus conforme à mes goûts. Jérôme est alors au saxophone soprano et sa recette espagnole ne manque pas d’épices.
Puis, il reprend le ténor pour La Fée Morgane. Si le thème joué par le sax est médiéval, le solo de guitare qui suit crée un anachronisme. Ben Monder nous fait opérer un voyage dans le futur sur une improvisation décoiffante.
Encore un joli thème par la suite (sur Lighters ?) avec deux soli (guitare et saxo) parmi les plus habités de la soirée. On est toutefois loin du grain de folie déployé par les saxophonistes inconditionnels de Coltrane.
Les titres joués ce soir sont apparemment tous très récents. La ballade offerte en rappel donne à Joe Martin l’occasion sur l’ultime solo de la soirée de montrer qu’on peut être brillant et expressif à la fois. Elle se nomme Michelle’s Song.
A moins que le prénom ne soit au masculin et que ce soit un hommage à Michel Antonelli et aux membres de son équipe du Cri du Port. En quelques mois ils sont parvenus à attirer des pointures internationalement connues telles qu’Eric Legnini, Julien Lourau, Brad Mehldau, Fabien Mary, Jérôme Sabbagh et prochainement Christian Brazier pour ne citer qu’eux. Ils ont en outre permis de découvrir des dizaines d’autres artistes. Le paysage culturel marseillais ne peut se passer de tels lieux de création.
Jérôme Sabbagh Quartet : Jérôme Sabbagh (saxophones ténor et soprano) / Ben Monder (guitare) / Joe Martin (contrebasse) / Jochen Rueckert (batterie)