Critique de concert Joan Baez


Enfin j'ai pu voir Joan Baez, elle qui vient de fêter ses 70 ans, monument de la culture folk, que j'ai toujours raté au fil des années, je me demande encore comment...
Du coup, c'est avec une certaine excitation de jeune premier que je prend place avec ma moitié dans un Dôme en configuration réduite, tout assis. Il faut dire que le prix des places était quand même dissuasif, que le même soir se produisait l'Australian Pink Floyd Show à Aix, et que l'enchainement de concerts depuis mars dans la capitale phocéenne est assez conséquent...

Quand cette grande dame s'avance sur la scène, on la sent un peu gênée dans la démarche, et raide lorsqu'elle chante debout... Je me dis que ca doit être l'âge, mais cette crispation m'étonne quelque peu. Finalement tout s'éclaircira lorsqu'au milieu du live elle nous explique qu'il y a quelques mois elle est tombée d'un arbre, chez elle, car ca lui arrive de dormir sur une plateforme en haut dudit arbre aux beaux jours... La guérison totale est proche, mais voilà le pourquoi du comment....

Vocalement elle assure toujours, bien qu'elle doive adapter les passages les plus aigus. Et force m'est d'avouer que j'ai un peu été déstabilisé durant la première heure... En effet, la plupart des enregistrements que j'ai d'elle, et que j'écoute régulièrement, proviennent de la période 60s-80s. Or nous sommes presque trente ans après le live 83', ce qui a déformé en un sens mes attentes de chansons que j'aurai voulu jouées et chantées à l'identique ou quasiment.

Mais ce n'est pas la voix qui m'a vraiment dérouté de prime abord. Non, ce sont les réarrangements à la gratte, rendant la majorité des morceaux plus lents. Et le fait qu'elle ne soit pas accompagné d'un groupe, mis à part un multi instrumentiste discret mais efficace parfois, a renforcé mon sentiment de frein à l'émotion, de continuité trop paisible.
Cela étant dit, une heure était déjà passée quand j'ai regardé ma montre pour la première fois, preuve que je ne me suis pas ennuyé non plus, loin de là.

Car une fois cette distorsion entre ma vision théorique, basée sur un passé assez lointain, et la réalité d'une artiste pleine de classe ajustant son jeu à son age et ses envies, j'ai pu pleinement apprécier nombre de classiques, entrecoupés de titres plus récents et de covers bien senties.

Oh, bien sûr je n'ai pas eu "Sweet Sir Galahad", "The Boxer", "Stewball" ou "For Sasha", mais ca j'avais fait une croix dessus d'entrée. L'absence de "Forever young" et "We shall overcome" m'a un peu plus surpris.
De toutes manières, en 1h45 il est impossible de concentrer une carrière couvrant quatre décennies.

Cependant, j'ai eu "Diamonds and rust", et ça c'était le plus important de tout ! Rien que pour ce monument j'ai frissonné de bonheur, et à ce moment précis j'ai ressenti cette émotion qui m'étreint uniquement lors de mes chansons favorites, cette émotion que seule la musique peut engendrer. Non elle ne l'a pas interprété comme par le passé, mais putain que c'etait beau...
Le final "Blowin' in the wind"/"Here's to you" a mis tout le monde debout, laissant d'autres frissons de plaisir courir le long de mon échine.

"Joe Hill", "Gracias a la vida", "Imagine", "House of the rising sun", "There but for fortune" ou "Jesse" furent d'autres grands moments du set.
Mais que dire du "Déserteur", dédié aux Présidents en général, et à Obama en particulier, a cappella, standing ovation en prime ? Ou de ce chant arabe très fortement applaudi, symbolique du melting pot local ? Ou de ce surprenant "Temps des Cerises" chanté avec le texte sous le yeux ( et qui nous épargne un "Manhattan Kaboul" que je sentais moyen...) ? Ou ce mélancolique "Love is just a four letter word" ?

Non, rien à redire, malgré quelques petits plantages de texte (joli la première phrase du deuxième couplet de "Blowin" in the wind" transformée en "lalalala" !), et des arrangements que j'aurai voulu un peu plus pêchus, j'ai beaucoup aimé le personnage, ses discours en franglais, sa douceur, son aura.
Une voix, une guitare, de belles chansons ("Diamonds and rust" bordel !! :p), de l'intimité... Parfois ca suffit au bonheur des gens.
Et au mien certainement.

Setlist (un poil dans le désordre peut-être) :
God Is God
?
Farewell Angelina
Silver Dagger
Scarlet Tide
Old Gospel Ship
Jari ya Hammouda
Just The Way You Are
Love Is Just A Four-Letter Word
House Of The Rising Sun
Le temps Des Cerises
Joe Hill
Jesse
Seven Curses
Diamonds And Rust
Suzanne
There But For Fortune
The Long Black Veil
Gracias a la vida
Rappel 1
Le déserteur
Imagine
Rappel 2
Blowin' in the wind
Here's To You
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Signature : gandalfle 07/04/2011
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>> Réponse (le 08/04/2011 par Carlier Richard) Bonjour ...Je suis très heureux de votre critique ...nous avons partagé les mêmes émotions !je pense que la chanson manquante de la set-list était : Le Partisan ,chanson d'Anna Marly (1943) popularisée par Leonard Cohen ...Félicitations pour vos photos et vos commentaires ...Amicalement Carlier Richard ps: Joan Baez a repris l'ancienne fin de Diamonds& Rust ,et non les 2 derniers vers rajoutés comme ces dernières années ... > Réagir à cette critique
>> Réponse (le 11/04/2011 par Philippe) Goddamm'it ! voilà qui donne envie (y compris la video qui permet de voir que la Dame n'a rien perdu de sa voix poignante) J'aurais aimé être là mais je suis dans son pays (je ne me plains pas donc). Merci pour la chronique en tout cas ! A hug from Flagstaff, Arizona. > Réagir à cette critique
Le Dôme - Marseille


le 11 décembre 2011 - le Dome - Marseille (par Pirlouiiiit)
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