Julien Clerc aime chanter en plein air. Le Théâtre de Verdure de Gémenos est un des lieux les plus accueillants de la région pour cela. Je garde un souvenir ému de la prestation de Saez ici l’année dernière. Avec le même souci, à savoir les conflits qui naissent entre ceux qui veulent voir le concert assis et qui arrivent tôt pour être dans les premiers rangs et ceux qui au bout de quatre morceaux viennent occuper la fosse comme elle devrait l’être dès le départ. Damien avait - en vain - essayé de résoudre le problème. Julien semble ne s’en être jamais aperçu.
Un public pluriel : les trentenaires de 1968 sont là mais aussi leurs petits-enfants et les générations intermédiaires : les baba-cools des seventies, les couples qui se sont rencontrés dans les années 80 sur Femmes Je Vous Aime ou Cœur De Rocker.
Tous vont y trouver leur compte. Même si le dernier album produit par Benjamin Biolay est le plus gros fournisseur d’émotions (7 titres), Julien n’oublie pas sa période aux longs cheveux frisés. La chorale gémenosienne, très efficace ce soir, n’est pas toujours constituée des mêmes personnes mais un noyau dur (dont beaucoup de jeunes !) maîtrise les paroles des quatre décennies.
Les ans semblent ne pas avoir de prise sur Julien Clerc, très classe dans son costume noir et sa chemise blanche. Et il n’a du sexagénaire que les trois premières lettres si j’en crois l’émoustillement de ma voisine qui ponctuait de soupirs quasi orgasmiques chaque fin de phrase de Déranger Les Pierres : - Je veux mes yeux dans vos yeux - Ooooh… - Je veux ton rire dans ma bouche – Oooooh. Julien n’est portant pas auteur, on le sait. Ces paroles-là sont de Mme Sarkozy (Oooooh) et hommage est rendu à tous les paroliers de sa carrière qu’il cite par ordre alphabétique. Maxime Le Forestier et Gérard Manset sont récemment venus grossir cette belle brochette. Françoise Hardy a été citée mais je ne sais pour quel titre, Fais-Moi Une Place n’ayant pas trouvé la sienne.
Tantôt au piano, tantôt debout, il enchaîne les chansons avec assez peu de transitions : une anecdote sur un naufrage télé qu’il a subi récemment, la présentation des musiciens et c’est à peu près tout.
Il a récemment appris à jouer de la guitare et de l’harmonica et Une Petite Fée de Gérard Manset a des accents dylanesques. Il tombe la veste pour Femmes Je Vous Aime (je vous raconte pas ma voisine). Il fait durer autant que faire se peut la fin de Mélissa, charmé par les alitérations reproduites en boucles par ses fans : "Matez ma métisse, ma métisse est nue".
Sa carrière est tellement riche en titres que, pour en jouer le plus possible, peu de place est laissée aux soli de ses musiciens pourtant talentueux. Tout juste un fort beau duo guitare électrique / saxo sur Cœur De Rocker et un de guitare sur Lili Voulait Aller Danser, ses deux morceaux les plus rock.
Ultime rappel, Laissons Entrer Le Soleil fait chanter le Théâtre de Verdure tout entier, encore cinq minutes après le rallumage des lumières.
Setlist : Souvenez-Vous (08) / Si On Chantait (72, Etienne Roda-Gil) / Jouez Violons, Sonnez Crécelles (72, Roda-Gil) / Je Voyage (01, Carla Bruni) / Elle Voulait Qu’On L’Appelle Venise (75, Roda-Gil) / Le Patineur (72, Roda-Gil) / Déranger Les Pierres (08, Bruni) / Le Cœur Volcan (70, Roda-Gil) / Utile (92, Roda-Gil) / Ivanovitch (68, Maurice Vallet) / Une Petite Fée (08, Gérard Manset) / Travailler C’Est Trop Dur (78, Zachary Richard) / Femmes… Je Vous Aime (82, Jean-Loup Dabadie) / La Jupe En Laine (08) / Double Enfance (05, Maxime Le Forestier) / Sous Sa Grande Ombrelle (08) / Ce N’Est Rien (71, Roda-Gil) / Cœur De Rocker (85, Luc Plamondon) / Mélissa (84, David McNeil) / Lili Voulait Aller Danser (82, Plamondon)
Rappels : Où S’En Vont Les Avions ? (08) Ma Préférence (78, Dabadie) / Partir (77, Dabadie) / Dormez (08, Le Forestier) / Jaloux De Tout (78, Roda-Gil) / Laissons Entrer Le Soleil (69, Jacques Lanzmann)