Critique de concert Jullian Angel + Côme+Nerk (+ Polyethylene + Cabwaylingo)


C’est jour de match. Les rues sont pleines. Les écrans à la terrasse des cafés. Le tumulte des places traversées parvient jusqu’à l’intérieur du Bicok. J’aperçois d’emblée Jullian Angel au comptoir avec Damien et Matthieu de Côme+Nerk. Je lance un salut Jullian. Il est à mon top ami depuis longtemps, à la suite d’une vidéo que j’avais visionnée, d’un passage au Divan du Monde, superbe vidéo avec la chanson "Some dead survive". Il l’avait découverte après que je lui en ai écrit un mot. C’est le quotidien des échanges myspace entre musiciens, et qui finissent pas se découvrir en vrai et sur scène, et s’apprécier ou non. Là c’est simple on prend une bière, l’heure avance, on parle de quelques hauts faits, les hauts faits de musiciens, un passage à France Inter l’automne dernier, un morceau dans une compilation Inrock…

La salle est grande tout en largeur et en profondeur. Un vrai bel espace. La scène là bas au fond que je découvrirai tout à l’heure. Côme+ Nerk attentifs et légèrement tendus, ce n’est pas la première fois qu’ils organisent des concerts, mais c’est toujours ainsi, en plus de jouer, la responsabilité vis-à-vis des tiers, les salles, les musiciens. Mais c’est l’heure et Jullian Angel monte sur scène. Un morceau calme, guitare et voix pour commencer. La voix est chaude, la guitare à sa place, rythmique, qui met en valeur les nuances de la voix. Au fil du set il intégrera progressivement des effets, une pédale boucle pour doubler le chant, des effets percussifs, une ligne mélodique à l’archet électronique, toujours sans en remettre, juste ce qu’il faut pour que la solitude aride du guitariste chanteur song writer joue avec références musicales, rock ou folk indie américain et ouvre l’espace vers des contrées sensibles et émouvantes.

Jullian vient du Nord, ce nord qui descend rarement à Marseille, c’est la première fois pour lui, à Lille à Tourcoing, à Bruxelles, ce folk indie anglophone est courant. Un peu trop peut-être, du coup la concurrence est vive. A Marseille c’est plutôt le festif qu’on recherche, ça va mieux un soir de match, ça a ses limites aussi, mais le public aime et les comptoirs aussi… il est d’autant plus agréable alors de se laisser aller à l’écoute, les quelques personnes rassemblées là sont attentives. Il y a la ferveur du musicien, il faudrait raconter plus amplement ses mouvements de voix, l’émotion qui perce et qui vous touche soudain, même lorsqu’un "on est mort" jeté par un supporter vient étrangement résonner avec le texte d’une chanson "Some dead survive", au point que cela crée un trou de mémoire que Jullian commente un instant avant de reprendre sa chanson, c’est l’improbable ou comment une sirène, un cri, se mêle à une chanson pour qu’un instant le monde alentour participe de l’écriture d’un song writer, qui n’en demandait peut-être pas tant mais qui sait prendre ce qui survient.

Arrive un photographe avec plein de iiii dans son nom, il est là comme il est là de semaine en semaine depuis des années à faire son travail d’entomologiste de la scène marseillaise, quelque clichés sur la dernières chanson de Jullian, il me jette, tiens si tu écrivais la chronique, ok. Le set fini il reste le sentiment d’une maturité grave, une présence scénique simple et évidente, sans joliesses, quelqu’un qui délivre son travail et son talent, venu pour jouer, pour faire ce qu’il a faire, et qui a consenti à le faire. Ce n’est pas un article ici ou là-bas qui vous amène le public, c‘est ce travail lent, la vérité est lente, les concerts à 10 personnes le plus souvent, ceux dont les musiciens ne parlent pas forcément, ces concerts semaine après semaine, comme si c’était ça la fonction du musicien, et peut-être même sans public, de soutenir un rêve, une voie autre, une fonction étrange et belle qui consiste à faire exister quelque chose qui sinon n’existerait pas et qui a si peu à voir avec le tapage médiatique que Jullian oublie de mentionner qu’il jouera au Lounge le lendemain.

Puis c’est au tour de Côme+NERK, des habitués de la scène marseillaise, ils jouent ici et là depuis longtemps déjà, leur set se bonifie de passage en passage, leur assurance grandit, les dernières expériences ont sans doute été profitables, elles donnent confiance, sur la route à Montpellier, à Lyon dernièrement, ils reviennent avec de nouveaux titres, un nouveau projet en préparation. Leur set est essentiellement rythmique, les guitares passent d’une main à l’autre, les deux frères se complètent. Leurs fragilités sans fards est touchante. Leur répertoire nonchalant, agrémenté des percussions de Nerk, harmonica, guitare voix, et Côme chant guitare.

Quand Nerk s’empare du xylophone ou du mélodica, il y a soudain dans l’air une sorte de mélancolie fraîche qui plane et qui touche. Leur générosité simple est là, dans leur fragilité non feinte, et toujours présente de par leur action : ils avaient invité Sleeping Dog il y a quelque mois au Lounge, où Jullian Angel jouera lelendemain.

Les écrans se sont éteints sur les places. C’est 4/0 ce soir, ç’aurait pu être la fête pour l’OM, mais ce n’est pas le drame non plus. Jullian, Damien, Matthieu plient le matériel. Il faut charger les voitures. On boit un dernier verre. Parler de ce qui a eu lieu. Ce sont des liens qui s’établissent. Une chaleur partagée.
Le lendemain je me rends au Lounge. Il y a Gilles de Polyéthylène seul sur scène. Un set intimiste, tout en nuances, guitare voix, samples. La voix cherche ses effets proche du souffle. Le terrain est préparé pour Jullian qui fait son deuxième set marseillais. Il remercie Gilles pour l’organisation de la soirée. Au fil des morceaux, les mêmes que la veille au Bicok l’impression est un peu différente. L’écoute aussi. Une plus grande densité, une concentration accrue. Un set plus nerveux qui flirte avec un son rock. La palette est large. Personne ne parle dans la salle, Jullian vient de semer quelques graines dans le terroir marseillais et ça va grandir.. Suit un groupe de Toulouse, guitariste marseillais, avec une pêche rock, guitare voix, batterie. Les titres entrecoupés de propos à l’humour ravageur. Energie et émotion. Ils s’appellent Cabwaylingo.
www.myspace.com/jullianangel
www.myspace.com/nerkfolkmusic
www.myspace.com/cabwaylingomusic
http://www.myspace.com/polyethylenepop
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et une petite de Jullian Angel : là
Signature : herve andre
le 01/06/2009
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le 01/06/2009
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Photographe : pirlouiiiit
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