Le concert de ce soir semblait attendu au vu de la nuée de photographes déjà incrustés sur le devant de la scène, et d’une chronique rédigée une demi-heure à peine après la fin du concert (..). Je vous prie donc de bien vouloir excuser la lenteur de ma plume, mais hein, entre relents week-endesques et digestion du concert, on fait ce qu’on peut. Bwef.
Donc les appareils photos crépitent –d’ailleurs certains iront même jusqu’à se plaindre du bruit.. excusations pour ces mutilés de guerre échoués en pleine anarchie (ouh)- et la première partie investit les planches. Justine et Ben , avec sa chanteuse ‘baby doll’ dont la voix parlée frôle le micro de manière quasi inaudible (moi aussi je suis une mutilée de guerre des tympans). Lorsqu’elle se met à chanter, on découvre une jolie voix acidulée, fragile, qui se module haut dans l’aigu à la manière hésitante et délicate d’une Jane Birkin sans accent.

Quant aux accompagnateurs, un bassiste stoïque, un gratteux avec sa panoplie impressionnante de pédales à effets, ainsi qu’un batteur armé d’une batterie ( !) et d’un mac en accessoire smart, ils forment un ensemble assez hétéroclite de musiciens-geeks qui, sous couvert de mélodies chaloupées teintées de folk jazzy, s’en donnent à cœur joie dans l’expression débridée –parfois même jouissive- de leur instrument personnel, quitte à inquiéter nos chers tympans avec des solos de guitar hero ou de percussions expérimentales. Et là dessus, notre petite chanteuse avec ses trois accords d’une belle guitare folk et sa maladresse touchante. Curieux.
Quand Emily Jane White et ses musiciens montent sur scène, franchement on n’est pas très rassurés. Il est 10 heures passés, la lumière tamisée et la bière bulleuse flouent quelque peu le regard. Mais on voit bien qu’ils tirent la tronche, là haut sur la scène, les musiciennes engoncées dans des panoplies improbables de ménagères préparant une réunion tupperware, et le contrebassiste tout fier d’exhiber son gros instrument tipexé (tipexé : nom masculin américano-marseillais désignant l’art kitschissime et le geste inconscient de recouvrir une surface, aussi précieuse soit elle, d’une couche blanche et grumeleuse de tipex), tipexé donc, d’un imposant ‘no war’ souligné d’un cœur et d’un tas de hiéroglyphes indéfinissables et post-hippiesques. La première frayeur passée, je recule de quelques centimètres, bousculant le public attentif et peu compréhensif quant à mon angoisse primaire, et me positionne, professionnalisme oblige, en posture d’écoute attentive.
Emily Jane White et sa voix à la Cat Power arpège un joli folk mélancolique, dépouillé et touchant, d’autant plus qu’elle se met à sourire (si-si) et à bredouiller des requêtes de réglages sonores dans un joli français chantant. À côté d’elle, les cordistes prennent du plaisir et s’animent en un chœur bien rôdé, fragile et presque entraînant ; on aurait aimé se laisser envelopper davantage, bringuebalé dans une atmosphère sonore peut-être plus débridée. Autre petit bémol avec la pauvre violoncelliste en robe rose privée de son pendant tout le set. Perchée dans sa bulle, Emily ‘Harvey’ ferme les yeux, troque sa guitare contre un clavier, continuant de sourire. « Vous n’êtes pas comme les parisiens », nous confie-t-elle, ravissant l’orgueil marseillais du Poste à Galène .

Deux rappels enthousiastes ré-apprivoisent ces faux américains de San Francisco, « away from home », preuve qu’avec leur douce humilité, ils sont parvenus à nous contaminer leur tendre home sickness « you can hear the whistle blow a hundred miles »..
Photos : Adeline F.
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