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Dimanche 27 mai 2012 : 9160 concerts, 20891 critiques de concert, 4719 critiques de CD.

Critique de concert Kabbalah + SoCalled


Kabbalah + SoCalled en concert


5 étoiles, concert à ne pas manquer

Jaime

" Tradition Pour Les Pieds (à fouler) "

" Tu vas voir les Kabbalah , ceux de la Kabbale , là ? Ceux de la secte, comme Madonna , Beckham et… Britney à l’époque, c’est ça ? T’iras aussi assister au prochain concert de Rap des Scientologues ? Ou, tiens, prier avec les guitaristes Fondamentalistes… Le rock chrétien, pfiiiuutt… Quelle connerie, ça aussi ! ".
(Ça, là, cette diatribe énervée, c’est signé ma " compagne ", au sortir des longs embouteillages du soir. Mais je n’en ai cure. Je ne prends même pas la peine de répondre et me contente de lui laisser Shlomo – premier opus du groupe – sur sa table de chevet).
Comme elle n’a pas aimé non plus Ghetto Blaster de SoCalled , je n’ai pas pris la peine de lui préciser que c’était une DOUBLE affiche, ce soir, à la Friche .

Comme d’habitude, le vaste hangar local est envahi d’un épais et dense brouillard qui brouille les sens et pique les muqueuses :
" c’est pas possible, y doit y avoir une sorte de microclimat, ici, c’est pareil à chaque fois ! " (je viens de glisser cette phrase dans l’oreille de la jolie jeune fille posée juste à côté de moi contre les barrières de métal, nanti de mon plus beau sourire : immédiatement elle me regarde comme Jack L’Éventreur en son temps et recule de trois rangs…).
Je n’aperçois déjà plus la scène, lorsqu’ils l’investissent enfin, portés par des roulements de tambours martiaux, annonciateurs du très chiadé et énergique Yefayfiyeh . Au plus proche de l’ADN du groupe, celui-ci semble les souder d’un même élan et les caractériser on ne peut mieux. La cohésion du groupe fait plaisir à entendre, surtout lorsqu’ils se lancent gaillardement dans un échange violon/saxophone de belle facture, de jazzitude pleinement assumée.
L’espace devant la scène est une fois de plus déserté par le résident " frichiste ", mais le mur de percussions instauré par le duo Gérard Gatto (batterie) et Uli Wolters (tambourin) commence néanmoins à faire frétiller les fessiers en " interne ". Ostensiblement, la foule se rapproche du centre de toutes choses, petit à petit, pas à pas…
La contrebasse s’empare alors du cas épineux des " Sans-Papiers " : menée d’un doigté plutôt Ferne , entourée d’envolées instrumentales empreintes de technicité maîtrisée, toutes de mégaphone tendues.
La flûte traversière d’ Uli ondule doucement, elle semble attirer vers elle " l’homme inconnu au verre de bière qui tangue en syncopé dont le liquide moussu semble se répandre tout autour partout partout partout ! ". Désespérément à contretemps, celui-ci à au moins le mérite de faire école et de briser ainsi la fine couche de glace séparant encore le groupe des premiers rangs en mouvance.
L’album a beau être (res)sorti l’année dernière, il a été enregistré, il y a plus de deux ans, ce qui explique sans doute que le groupe enchaîne les nouveaux morceaux sans hésiter et sans temps mort (comme mon voisin de droite, les… Bières !).
Tiens, celui-ci me semble différent de tout ce qui caractérise Shlomo : il est parsemé de rythmique funky, de fines couches de rap mégaphone, il ondule et martèle du tempo à la fois ; il semble tourner le dos au passé, soit, mais c’est pourtant lui qui manque de peu de mener le public à la transe (quelques mesures de plus auraient peut-être permis d’enclencher le mouvement…).
La connivence batterie/contrebasse se précise un peu plus dès les premiers accords de reggae du morceau suivant : qui lorgne immanquablement vers l’univers un poil branque barré et déluré de la collection Tzadik de John Zorn .
Lors, lorsque le mégaphone d’ Anna Startseva (violon/chant) entraîne le groupe vers une montée de free jazz chaotique (mais maîtrisé) l’on se prend alors à croiser les fantôme de feu Coltrane en (re)descente de Place Rouge , épaisse chapka vissé sur chef… Décidée, yeux clos, immergée en un monde à part – fait de notes tenues et de doigts qui s’activent, qui glissent – elle s’agrippe à son violon et le lance de mélancolie au travers des slaves steppes désertes, mais peine pourtant à prendre le pas sur le murmure grandissant en provenance de la salle. L’on se prend alors à regretter que l’homme ne naisse définitivement muet, ou ne sache, à l’occasion, juste… La fermer et écouter !
Tiens c’était une " nouvelle ", celle-là aussi, et… Arrêtez les nappes de brouillard artificiel, s’il vous plaît : j’ai les poumons qui crissent et les prunelles qui figent, de sèche fixité !
À l’écoute de Baba Yaga , j’en suis certain désormais : Hendrix se serait très certainement mis à la Mandole, s’il avait pu survivre à The First Rays Of The New Rising Sun ! Frontman incontournable – tout de présence, tout de doigté guitaristique affirmé – Stéphane Galeski (chant, guitare, mandole) transgresse sans cesse les codes du genres : passant aisément d’un picking à un accord jazz chiadé, d’un arpège délicat à un accord funk plaqué, d’une petite pluie fine de notes traditionnelles au… Whole Lotta Love de Led Zep , avant que de se lâcher enfin sur quelques bribes d’un Purple Haze trop vite réfréné, abandonné…
Un groupe à suivre, donc, et au plus vite. Un choix de Bourges à découvrir et transformer sous peu. Un quintet à ne pas manquer, en somme, si d’aventure à proximité de chez-vous, il venait à passer…

" Attends, t’as jamais vu SoCalled … Jamais, jamais ? Ouah, le mec… " (Un soi-disant ami qui me toise de toute sa supériorité mal placée).
" Ben… Non ! À quoi ça ressemble, ça ? " (vôtre serviteur, gêné aux entournures, noir du regard).
Déjà, quand ils s’installent pour investir la place à la suite des Kabbalah , ça ressemble à la mise en place d’un repas dominical de noël (je sais, là, j’ai tout faux, rapport au côté juif du personnage !) chacun des musiciens s’affairant à sa partie sans jamais ciller du regard en direction de l’autre (tout en n’ignorant rien de ce qu’il fait néanmoins : c’est juste tacite).

" Richie… " : les voici qui montent à l’assaut, portés par une rythmique lourde, lourde, qui fait les premiers rangs illico à la scène se coller. Un Groucho Marx Québécois ( Josh Dolgin ) tout de blanc revêtu, accompagné d’un tartarin à la guitare, d’une moussaillonne au chant, d’un chapeau de paille (orange !) qui basse et d’une clarinette molle du feutre (pas de la virtuosité) posé à ses côtés.
C’est à " ça " que ressemblerait Zappa aujourd’hui, j’en suis certain, c’est forcé, et ça me dérouille le zygomatique, rien que d’y penser. Le contraste entre les envolées de clarinette et la boîte à rythmes qui martèle quand on la touche est saisissant : c’est de la grosse machinerie US à faire danser du Yiddish en goguette, oui, mais pas que, et c’est heureux…
Le vin " local " me brûle l’œsophage et… Tout le reste ! Mais je n’en ai cure : ce Montréalais me donne envie de pousser tout le monde et de danser comme un con, tout seul, au milieu. " Mam’zelle Mousaillone " me les pète un peu de la voix, mais putain, c’que ça groove : il me semble que je retrouve des muscles fessiers oubliés à la toute fin du siècle dernier !
" On a préparé quelque chose pour vous et il faut le chanter avec nous ! C’est une mélodie traditionnelle Française, je crois ! " : le fameux thème de la SNCF surgit alors et déride les derniers tissus humains réfractaires (pom pa da-daaàà ! Pom pa da-da-làààà !). Tiens si seulement Zappa avait été juif, il aurait adoré, ce, cette… Quel con je fais !
Ok… Un rien de " soupe " vient parfois s’immiscer ici, " Friche-bas ", soit, mais, bon, à quoi bon instaurer des musicales frontières, si ce n’est pour délimiter, tracer une ligne à suivre et d’un pas assuré l’enjamber, hein ? Tiens, il vient de s’emparer d’un accordéon pour entrer dans la foule – groupe " serré serré " posé sur ses talons ! – et y frayer avec d’accortes jeunes filles en mouvement, conquises d’œillades jetées, de proximité assumée.. Ça n’avait rien d’exceptionnel pourtant, ces 16 petites notes, je les jouais à 7 ans, moi. C’que c’est qu’le succès, tout de même.
C’est simplissimme, en fait, la " World Jewish Music Klezmer So Called GhettoBlaster ", on se plante tout raide devant un micro, on fait " Bouôm, Bouôm, Voy Voy Voy Voy ! ", et tout le monde se trémousse en rythme, sourire niais de bonheur affiché. Pourquoi ai-je investi mes derniers Euros dans la série des Tzadik de John Zorn ? Radical Music Culture Series mon cul, ouais… Y’a beaucoup plus simple, les gars, et ça fait plus que du bien, là où ça sue…
Qu’il s’attaque à (These Are The) Good Old Days , à Ich Bin a Border by Mayn Vayb ou à un morceau a capella parfaitement maîtrisé de vocaux entremêlés ne change rien à l’affaire ; ce soir, le public est là pour suer, et c’est finalement la reprise du House Party de Fred Wesley (ancien saxo ou trombone de James Brown ) qui rafle la mise, qui siffle la fin de la teuf et indique le chemin du retour à la maison. On s’exécute, on est des pleins à bailler… Normal, on est déjà demain et " ça " a beau se finir en " i ", ce n’est jamais que jeudi…


 


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