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Chronique de Concert

Karim Tobbi

Karim Tobbi en concert

Le Non-Lieu, Marseille 2 décembre 2017

Critique écrite le par

Le blues est une plante adventice vivace, depuis plus de cent ans sans doute, et dont les rejets ne cesseront jamais de m'étonner... Après une période à la fin du siècle dernier où certains l'ont poussé dans ses retranchements les plus obèses, notamment avec des soli interminables (exemple, l'infâme Gary Moore) ou en ont fait une version gonflée pour les stades (AC/DC bien sûr), il y a eu depuis le 21ième siècle toute une vague de blues "garage", c'est-à-dire avec un son ramené à l'os, bien souvent porté par des hommes ou femmes seul.e.s ou au pire, en duo, et dont le but est généralement de nous ramoner les oreilles de près avec un son de guitare aussi sale que possible (un seul exemple, le magnifique Seasick Steve). Cette dernière variation du blues électrique est un genre que j'adore, pour ma part...


Mais ce que je n'avais jamais vu à ce jour, c'était un vrai archéologue du blues. Quelqu'un capable de déterrer la guitare de Son House et tous les autres - une acoustique bien évidemment - et de rejouer à peu près a capella un répertoire qui ne dépasse guère les années 1940. Karim Tobbi était donc ce chaînon manquant ! Apparemment il est déjà intervenu ici, au Non-Lieu, et le public ne s'est pas fait prier pour combler la jauge du petit théatre (49 places, sauf erreur). Beau gosse, gominé de frais, tiré à quatre épingles, aimable, modeste et avec un sourire étincelant, il est déjà agréable d'être en sa compagnie avant même qu'il ait empoigné son manche.

Il nous convie donc à écouter, bien assis et enfin au chaud (pour mémoire, il a neigé ce matin-là pour la première fois depuis 2009 à Marseille, quand même !), une petite douzaine de chansons anciennes, très anciennes et pour tout dire, pré-rock'n'rolliennes, qu'il prendra à chaque fois le temps d'introduire dans leur contexte, avec force anecdotes. Il a aussi apporté divers vinyles des artistes dont il va jouer pour décorer sa petite, mais jolie scène. A tout hasard il s'assurera que tout le monde connaît les vinyles, en tant qu'objets d'écoute de musique - ce n'est certes plus le cas chez tous les jeunes d'aujourd'hui mais là, il se trouve que la salle n'est pas particulièrement jeune...

Une partie de ces chansons est d'origine "traditionnelle". C'est-à-dire en clair (à l'exception des airs de gospel qui ont parfois mué en blues) : des chansons dont on a perdu la trace de leur auteur, généralement un jeune Noir américain, qui a gagné en tout et pour tout pour son enregistrement, 10 dollars et peut-être un coup de pied au cul en bonus, avant de disparaître dans les limbes et que d'autres gagnent des millions à sa place... Tel est par exemple le cas de Vera Hall, l'auteure (merci Wiki) de Trouble So Hard, petite complainte dont le sample a rendu Moby multimillionnaire... Autre exemple, j'avais à peine déjà entendu le nom de Arthur Crudup, dont le That's all right Mama a pourtant "juste" permis à Elvis d'inventer le rock'n'roll... Et jamais entendu parler de ce Doc Watson (ah tiens ? un Blanc !) et son pourtant assez groovy Deep River Blues...

Evidemment certains ont quand même touché le jackpot, et heureusement pour eux, comme Louis Armstrong et son Basin Street Blues. D'autres sont au moins entrés dans la légende à défaut, comme Robert Johnson (le fameux bluesman qui aurait vendu son âme au diable à un crossroad... et le membre numéro 1 du Club des 27, pour mémoire). Robert que j'ai bien connu (en vinyle) et qui a été ici aussi fort bien rejoué, en tournant le dos au public comme paraît-il le faisait ce brave garçon, grand coureur de jupons, pour ne pas croiser le regard du mari jaloux ... qui finira pourtant par l'assassiner. A un moment donné j'ai clairement entendu aussi le fantôme de Leadbelly, mais pas reconnu la chanson...

Karim Tobbi revisite et honore donc avec le même amour ces inconnus et ces stars d'un autre temps, d'un touché délicat et sans gras alternant entre deux jolies guitares, avec une voix souple et chaleureuse... Le répertoire commence et finit par Trouble So Hard : a capella au départ (il imite très bien le timbre de la chanteuse), et à la fin tous ensemble, sur des partoches distribuées, ce qui nous permettra de participer un peu, même cacophoniquement, au spectacle. Au final, une petite heure délicieuse passée en compagnie de cet artiste aussi accompli qu'érudit, et qui prépare un spectacle de plus grande ampleur pour l'an prochain, auquel, paraît-il, nous serons tou.te.s convié.e.s. Et vous, du coup, vous viendrez aussi ?

Photo : Stuart Kingston, Auzon, 2009.
Les miennes sont tellement moches que je m'en voudrais, elles ne rendent pas justice à l'artiste. Si quelqu'un m'en passe, par contre...



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