Critique de concert King Charles


King Charles a un nom des plus britanniques, et pour cause, le chanteur est originaire de l’ouest londonien. Mais l’artiste est surtout connu pour ses atours de dandy pop, improbable mélange de Salvador Dali (pour la moustache) et de Damian Marley (pour les dreadlocks). Musicalement, il semble faire preuve de la même nonchalance soignée qui caractérise son look, une pop teintée de rock, interprétée le petit doigt levé.
On attendait donc de voir ce que l’énergumène pourrait donner sur la scène de La Maroquinerie, pour un de ses tout premiers concerts en France. Première réussite : la salle affichait presque complet et l’ambiance était donc au rendez-vous avant même que la première note retentisse. Un public assez jeune et majoritairement féminin, notamment dans les premiers rangs.

Apparaissant dans une combinaison rose largement ouverte sur un torse plus velu que musclé, entouré de trois musiciens et d’une choriste (dont la présence s’avèrera rapidement dispensable), King Charles ne perd pas de temps pour expédier ses deux titres les plus connus (du moins de ce côté de la Manche) parmi les trois premières chansons. On voit donc passer Mississipi Isabel et Bam Bam à toute allure, alors qu’il eut vraisemblablement été plus judicieux de les réserver pour plus tard.
On remarque que les orchestrations live des morceaux sont nettement plus rock que celles des versions studio et la petite troupe ne ménage d’ailleurs pas ses efforts sur scène, faisant rapidement monter la température dans la salle. Charismatique tout en restant discret, King Charles mène tranquillement la barque d’un concert assez court, mais plutôt intense.

Pourtant, il semble que le chanteur fasse partie de ces artistes dont la musique a plus d’intérêt en album que sur scène, chose rare dans ce genre musical. Les titres s’enchaînent ainsi dans une sorte de maelstrom informe, pas désagréable, rythmé et énergique, mais duquel rien ne se distingue, rien ne ressort. C’est un peu comme si on entendait le même morceau en boucle à l’infini et on a du mal à se passionner pour la musique qui est jouée. Aucune rythmique, aucun riff n’est mis en valeur, tout est mollement égalisé. L’ambiance est bonne, l’artiste ne manque pas de présence scénique, mais la production sonore tourne en rond.
Des audaces de l’album (comme le pompeux Polar Bear), des tentatives d’innovation, il ne reste quasiment rien. On est face à un concert rock des plus académiques, auquel seule la chevelure tentaculaire de l’artiste offre un brin de folie.

Finalement, c’est au public que revient la meilleure performance de la soirée pour ce très beau rappel qui aura vu les spectateurs reprendre a capella et à tue-tête le thème de Wilde Love, sur lequel le concert s’achevait, jusqu’à ce que l’artiste revienne en scène.
Il serait aisé de dire que King Charles est un artiste aussi anecdotique que sa prestation scénique et qu’il y a chez lui plus d’esbroufe que de talent, mais ce serait un peu injuste tant on ne peut nier qu’on passe un bon moment et que, si l’on se penche sur ses productions studio, on ne peut que reconnaître un certain don pour les mélodies efficaces, voire les rengaines tubesques. Restera donc à travailler le live pour transformer l’essai et convertir de bonnes idées en vraies réussites scéniques, à même de faire vibrer les plus grandes foules.

Signature : fredcle 17/06/2012
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Photographe : kelig b
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