Critique de concert Jazz des Cinq Continents (FJ5C 2012) 3/7 : Térez Montcalm - Stacey Kent

La troisième soirée (sans compter celle de l'ouverture) du FJ5C est vocale. Canada vs United Kingdom : Térez Montcalm, la Québecoise, et Stacey Kent, la Britannique assurent le programme. C'est avec une certaine émotion que je reviens écouter celle qui me donna l'occasion d'écrire ma première chronique sur Concert & Co et qui me plaît tant : Térez Montcalm. Je n'étais qu'un jeune pigiste timide et sans expérience. Tant d'eau a coulé sous les ponts depuis... et aujourd'hui, la reconnaissance internationale, les honneurs, et la gloire !

Térez Montcalm a récemment terminé un travail de relecture et d'interprétation de la chanteuse Shirley Horn. Un disque est paru : Here's To You – Songs For Shirley Horn et la première partie de son programme reprend quelques morceaux issus de ce dernier. Elle nous décrit avec sensibilité les fils invisibles qui l'unissent à cette chanteuse aujourd'hui disparue, on devine une sincère intimité artistique, et affective. Précision utile, garante de l'authenticité de ce travail, et d'un certain label de qualité : le batteur Steve Williams qui accompagne Térez Montcalm sur le disque et ce soir sur la scène, a été celui de Shirley Horn pendant de nombreuses années.


Térez Montcalm: chant, guitare
Steve Williams: batterie / Christophe Wallemme: contrebasse /
Pierre de Bethmann: piano / Jean-Sebastien Williams: guitare.
Les ballades de Shirley Horn ont une identité que Térez Montcalm qualifie de Laid Back, un terme qui désigne d'une manière générale ce qui est calme, détendu et informel. Le tempo n'existe pas vraiment tant il varie par des ralentissements et des reprises.

En 1995, Don Heckman, un journaliste américain parlait de (je cite): "l'importance du bassiste Charles Ables et du batteur Steve Williams dans le son de Shirley Horn. Travaillant avec une subtilité débridée, la suivant à chacune de ses échappées improvisées, ils sont les accompagnateurs idéaux pour une artiste qui ne tolère clairement rien moins que la perfection." On ne peut que réitérer le compliment au batteur, 17 ans plus tard.
La chanteuse a mis du miel sur la rouille de sa voix, telle le loup qui vient taper à la porte des sept petits chevreaux. Elle a toujours autant d'effet sur moi. Si elle reprend les caractéristiques du chant de Shirley Horn, elle s'en démarque nettement par son timbre unique, marque principale de son identité. Elle excelle autant dans ce répertoire de ballades doucement jazzy que dans celui plus rythmé et un peu rock qu'elle dessert habituellement. Sur quelques morceaux, elle s'accompagne de sa guitare ("qu'elle a dessinée elle-même !" a précisé Jean Pelle en introduction), sur d'autres, elle la pose dans un coin et laisse ses musiciens faire le boulot.

Le public est vautré sur la pelouse et dans les allées, décontracté, le sourire aux lèvres, les yeux dans les étoiles. Térez Montcalm sort de ce répertoire trop assoupi dans une deuxième partie pour interpréter quelques autres titres : L’Hymne à l'Amour, My Baby Just Cares For Me, Voodoo Child, L.O.V.E. et C'Est Extra. Ça fait beaucoup de reprises tout ça ! Le tempo accélère à peine un peu plus, mais le style change bien quand même. Elle est justement ovationnée avant de quitter la scène.
Voodoo Child
Une demi-heure de pause, appréciable pour se dégourdir les jambes jusqu'à la terrasse et savourer cette excellente piña colada bien fraîche que nous sert Pascale et son staff technique à la buvette. La terrasse est bondée : normal, c'est trop bon. On croise des connaissances, on papote aimablement. Claude Norbert du Roll'Studio, fan total de Shirley Horn n'a pas adhéré, moi si : on rigole un coup. A dix mètres de là, autre signe que je suis loin d'être le seul à avoir apprécié : Térez Montcalm discute, tout en dédicaçant aimablement ses disques, avec de nombreux fans qui forment une longue file d'attente.
Retour au-devant de la scène, (c'est facile, ce soir, tout le monde est vautré). Stacey Kent prolonge l'ambiance avec de douces ballades alanguies.
Stacey Kent: chant / Jim Tomlinson: saxophone ténor / Graham Harvey: piano / Jeremy Brown: contrebasse / Matt Skelton: batterie.

Stacey Kent reprend un répertoire de ballades, bossas et sambas tranquilles. Ses maîtres sont donc Carlos Jobim, Baden Powell, Astrud Gilberto et Stan Getz. Le tout est aussi lié à un disque sorti récemment : Dreamer.
Tout comme la précédente, la chanteuse s'accompagne occasionnellement de sa guitare. La musique colle avec le cadre, avec l'ambiance (à moins que ce soit elle qui en soit la source). C'est l'été, on s'laisse aller, on prend le temps de vivre.

Le dialogue avec le public est tout aussi chaleureux, on nous présente son petit mari, le saxophoniste, on nous parle de ...grand plaisir, de moment inoubliable... (à propos de cette soirée, bien sûr) bon, faudrait pas exagérer quand même ! Mais c'est gentil, vaut mieux ça que de se faire traiter de crétin. J'ironise un peu mais faut reconnaître qu'il ne faut pas compter sur elle pour réveiller les troupes, ou tout au moins faire monter l'ambiance.
Waters Of March
Un jazz que l'on qualifiera de mondain, excellent pour un cocktail, un brunch, une garden party à l'Elysée (ah, merde, y'en a plus!), plutôt que de soporifique.
Quand je me lasse un peu en concert, j'ai toujours tendance à me retourner vers le public et prendre la température. Et là, force est de reconnaître que tout le monde apprécie. Les gens ont l'air heureux, béatement certes, mais heureux, cool, tranquilles, paisibles, j'oserai pas dire comme Gérard Depardieu dans Buffet Froid décontractés du gland, mais y'a un peu de ça : comme après l'amour. C'est un gage de qualité : dans la turbulence du quotidien, sous l'angoisse permanente de sombres perspectives que génère la crise, les gens ont besoin de ça : un havre de paix, de détente, d'apaisement. Stacey Kent nous le procure en abondance. Elle aussi est abondamment applaudie à l'issue de son show.

Un regret ? Beaucoup de reprises ce soir, peu -voire pas- de compositions personnelles. Soyons honnête : j'aime bien ça (j'ai oublié de citer au passage Ces Petits Riens de Gainsbourg, et Jardin d'Hiver d'Henri Salvador par Stacey Kent). Mais là encore, on a les précédentes et futures soirées. L'affiche du FJ5C est, comme à son habitude, et fort heureusement très variée.
Ceux qui affectionnent le dandinement compulsif auront certainement choisi l'affiche du lendemain : Al Jarreau et Earth Wind & Fire, soit : La revanche des debout ! sur les assis! et les couché!, enfin, j'espère !

Plus de photos par McYavell ici, des extraits vidéos de Térez Moncalm par Mardal là.

Térez Montcalm a récemment terminé un travail de relecture et d'interprétation de la chanteuse Shirley Horn. Un disque est paru : Here's To You – Songs For Shirley Horn et la première partie de son programme reprend quelques morceaux issus de ce dernier. Elle nous décrit avec sensibilité les fils invisibles qui l'unissent à cette chanteuse aujourd'hui disparue, on devine une sincère intimité artistique, et affective. Précision utile, garante de l'authenticité de ce travail, et d'un certain label de qualité : le batteur Steve Williams qui accompagne Térez Montcalm sur le disque et ce soir sur la scène, a été celui de Shirley Horn pendant de nombreuses années.


Steve Williams: batterie / Christophe Wallemme: contrebasse /
Pierre de Bethmann: piano / Jean-Sebastien Williams: guitare.
Les ballades de Shirley Horn ont une identité que Térez Montcalm qualifie de Laid Back, un terme qui désigne d'une manière générale ce qui est calme, détendu et informel. Le tempo n'existe pas vraiment tant il varie par des ralentissements et des reprises.

En 1995, Don Heckman, un journaliste américain parlait de (je cite): "l'importance du bassiste Charles Ables et du batteur Steve Williams dans le son de Shirley Horn. Travaillant avec une subtilité débridée, la suivant à chacune de ses échappées improvisées, ils sont les accompagnateurs idéaux pour une artiste qui ne tolère clairement rien moins que la perfection." On ne peut que réitérer le compliment au batteur, 17 ans plus tard.
La chanteuse a mis du miel sur la rouille de sa voix, telle le loup qui vient taper à la porte des sept petits chevreaux. Elle a toujours autant d'effet sur moi. Si elle reprend les caractéristiques du chant de Shirley Horn, elle s'en démarque nettement par son timbre unique, marque principale de son identité. Elle excelle autant dans ce répertoire de ballades doucement jazzy que dans celui plus rythmé et un peu rock qu'elle dessert habituellement. Sur quelques morceaux, elle s'accompagne de sa guitare ("qu'elle a dessinée elle-même !" a précisé Jean Pelle en introduction), sur d'autres, elle la pose dans un coin et laisse ses musiciens faire le boulot.

Le public est vautré sur la pelouse et dans les allées, décontracté, le sourire aux lèvres, les yeux dans les étoiles. Térez Montcalm sort de ce répertoire trop assoupi dans une deuxième partie pour interpréter quelques autres titres : L’Hymne à l'Amour, My Baby Just Cares For Me, Voodoo Child, L.O.V.E. et C'Est Extra. Ça fait beaucoup de reprises tout ça ! Le tempo accélère à peine un peu plus, mais le style change bien quand même. Elle est justement ovationnée avant de quitter la scène.
Une demi-heure de pause, appréciable pour se dégourdir les jambes jusqu'à la terrasse et savourer cette excellente piña colada bien fraîche que nous sert Pascale et son staff technique à la buvette. La terrasse est bondée : normal, c'est trop bon. On croise des connaissances, on papote aimablement. Claude Norbert du Roll'Studio, fan total de Shirley Horn n'a pas adhéré, moi si : on rigole un coup. A dix mètres de là, autre signe que je suis loin d'être le seul à avoir apprécié : Térez Montcalm discute, tout en dédicaçant aimablement ses disques, avec de nombreux fans qui forment une longue file d'attente.
Retour au-devant de la scène, (c'est facile, ce soir, tout le monde est vautré). Stacey Kent prolonge l'ambiance avec de douces ballades alanguies.

Stacey Kent reprend un répertoire de ballades, bossas et sambas tranquilles. Ses maîtres sont donc Carlos Jobim, Baden Powell, Astrud Gilberto et Stan Getz. Le tout est aussi lié à un disque sorti récemment : Dreamer.
Tout comme la précédente, la chanteuse s'accompagne occasionnellement de sa guitare. La musique colle avec le cadre, avec l'ambiance (à moins que ce soit elle qui en soit la source). C'est l'été, on s'laisse aller, on prend le temps de vivre.

Le dialogue avec le public est tout aussi chaleureux, on nous présente son petit mari, le saxophoniste, on nous parle de ...grand plaisir, de moment inoubliable... (à propos de cette soirée, bien sûr) bon, faudrait pas exagérer quand même ! Mais c'est gentil, vaut mieux ça que de se faire traiter de crétin. J'ironise un peu mais faut reconnaître qu'il ne faut pas compter sur elle pour réveiller les troupes, ou tout au moins faire monter l'ambiance.
Un jazz que l'on qualifiera de mondain, excellent pour un cocktail, un brunch, une garden party à l'Elysée (ah, merde, y'en a plus!), plutôt que de soporifique.
Quand je me lasse un peu en concert, j'ai toujours tendance à me retourner vers le public et prendre la température. Et là, force est de reconnaître que tout le monde apprécie. Les gens ont l'air heureux, béatement certes, mais heureux, cool, tranquilles, paisibles, j'oserai pas dire comme Gérard Depardieu dans Buffet Froid décontractés du gland, mais y'a un peu de ça : comme après l'amour. C'est un gage de qualité : dans la turbulence du quotidien, sous l'angoisse permanente de sombres perspectives que génère la crise, les gens ont besoin de ça : un havre de paix, de détente, d'apaisement. Stacey Kent nous le procure en abondance. Elle aussi est abondamment applaudie à l'issue de son show.

Un regret ? Beaucoup de reprises ce soir, peu -voire pas- de compositions personnelles. Soyons honnête : j'aime bien ça (j'ai oublié de citer au passage Ces Petits Riens de Gainsbourg, et Jardin d'Hiver d'Henri Salvador par Stacey Kent). Mais là encore, on a les précédentes et futures soirées. L'affiche du FJ5C est, comme à son habitude, et fort heureusement très variée.
Ceux qui affectionnent le dandinement compulsif auront certainement choisi l'affiche du lendemain : Al Jarreau et Earth Wind & Fire, soit : La revanche des debout ! sur les assis! et les couché!, enfin, j'espère !

Plus de photos par McYavell ici, des extraits vidéos de Térez Moncalm par Mardal là.
Signature : mardalle 21/07/2012
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Photographe : mcyavell
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