Critique de concert Lords of Altamont


Un concert d’adieu des Lords of Altamont à la scène européenne, qui pourrait s’en douter ? Initialement venu défendre leur album « The Altamont Sin » sorti cette année, on pourrait croire que le groupe a encore de beaux jours devant lui. Et pourtant. Malgré un effet d’annonce quasi nul, apparaît de derrière les fagots cette date du 14 octobre complètement improvisée à Clermont-Ferrand.
Soit. Un dernier concert pour un groupe de cet acabit à Clermont-Ferrand, quel beau pied de nez à la centralisation culturelle française. Et non, ce ne sont pas les Parisiens qui auront le privilège ce soir de recevoir les adieux du groupe. Direction donc l’Auvergne pour une ultime séance de furie électrique. Après un périple d’environ 400km sur nos chères autoroutes de province, l’arrivée à destination devient une vraie délivrance.
En jetant un coup d’oeil le Rat Pack où les Lords vont porter leur ultime estocade rock’n’rollienne, un léger doute se fait sentir sur la soirée annoncée. À première vue, cette salle a plus l’habitude de recevoir des groupes locaux. Une fois dans l’antre, cette impression se confirme. Pour les amateurs, on ne peut effectivement pas rêver mieux ; avec son ambiance caverneuse, le Rat Pack restitue à la perfection cette tradition ancestralement universelle des clubs où piliers de comptoirs et mélomanes électriques se côtoient. En revanche, après avoir contemplé à maintes reprises la petitesse de la scène, on peut se demander si le groupe pourra se lâcher avec l’aisance qu’on lui connaît.
Trèves de questions, passons à l’attente qui sera plus agréable au bar ; avec une pointe de voyeurisme, il faut bien l’avouer, j’observe avec soin le profil-type des quelques égarés du coin et capte quelques bribes de conversations dans l’espoir d’obtenir plus d’informations sur ce concert peu banal. Une fois ma mission de sociologue (de comptoir) terminée, j’en tire les premières conclusions : le faible engouement pour cette soirée est en partie due au fait que les Lords ont déjà sévi ici trois semaines auparavant.
En échangeant quelques mots avec Johnny Stiggs Devilla (guitariste soliste), étonnamment accessible tout comme ses collègues Lords au comptoir, j’apprends le fin mot de l’histoire. Cette date n’était initialement pas programmée et la tournée devait s’achever à St Etienne la veille. Cependant, une bande de Crusty Punks stéphanois (terme affectueux employé par nos cousins anglophones pour qualifier un vulgaire punk à chien ) en aura décidé autrement. Ce soir-là, les crusts auront perpétué la grande tradition des fins de concert punk à haut taux d‘ébriété. Passablement échauffés, ces derniers auront sabordé le set du quintette de Los Angeles qui préférera rendre les armes plus tôt que prévu.
Never mind the Bollocks, here comes the Lords ! Les voilà qui profitent de leur dernier jour sur le sol français, histoire de ne pas en rester là, histoire de prouver à tous que même dans des conditions apocalyptiques voire merdiques, on peut toujours se donner corps et âme à la scène. Cette dernière date en totale impro, les Lords la préfèrent à Clermont. Pourquoi ? Tout simplement pour sa tendance à abriter une bonne partie du fleuron garage gaulois ( Ass Bandit ou Suppozitors , bien connus des Lords ). Fin de la parenthèse anecdotique, revenons à nos moutons (noirs).
21h : l’imminence de la furie sonique que les chantres rock’n’roll vont donner ce soir n’attire toujours pas le public. Alors que le groupe monte sur scène pour faire vibrer les murs de quelques notes criardes en guise de balances, le public se tasse timidement. Soixante-dix personnes tout au plus attendent patiemment le coup d’envoi. 21H15 : C’est un quintette s’improvisant quartet qui démarre le set par le morceau Big « G » . Mike Davis , ancien bassiste du mythique MC5 et producteur du groupe qui les a rejoint en 2007 n’a pas pu assurer les dernières dates. C’est donc Shawn Sonic Median , guitariste rythmique, qui se colle à la quatre cordes. Le line up de fortune ici présent est à l’image du concert qui se déroule sous les yeux du public. Tout est réduit au strict minimum, Johnny Stiggs De Villa devant assurer seul les parties guitare, Max Sicko Edison se contentant d’une grosse caisse, caisse claire, Charley et cymbale en guise de kit de batterie, et enfin Jack Preacher Cavaliere , confiné dans un espace restreint entre son orgue Farfisa et son micro. Les quatre premiers morceaux ne sont qu’alternance de furie rythmique et d’interlude psyché au Farfisa, certes mis en valeur par son propriétaire, mais trop peu perceptible. Après quelques figures de chevauchement avec son orgue, Cavaliere va-t-il, comme à son habitude, mettre littéralement le feu à son instrument comme un certain Jimmy en son temps ? L’idée ne semble pas lui venir à l’esprit. Le groupe s’adonne à une courte pause, histoire de boire quelques lampées de breuvage à base de malt et de lancer quelques blagues avec un public hélas peu réceptif. Jack Preacher en profite alors pour haranguer un : « People are sleepy out there » dans le but de le faire réagir.
Le groupe redémarre en grande pompe et le morceau « Action » n’a jamais aussi bien porté son nom : entre déchaînement de batterie lourde aux toms aussi caverneux que la voûte de la salle, et rythmique primitive et impeccable à la fois, Cavaliere monte sur son orgue pour mieux prêcher la bonne parole. Ce déluge de fureur bestiale nous emmènerait presque aux frontières du hard rock, Steppen Wolf en figure de proue, tout gros cylindre dehors. On reconnaît bien là les relents de nos amateurs de cuir de biker. Les Lords sont à leur rythme de croisière, mélangeant implacablement cette énergie sauvage et exutoire d’un garage venu tout droit de la ville de l’industrie automobile, Detroit. Ce bon vieux Iggy et ses Stooges , MC5 et autres Rationals ne sont pas loin, mais d’autres acolytes plus psychédéliques veillent également au grain, tels que les 13th Floor Elevator ou bien encore les Count Five . En déballant ce furieux mélange savant, plus rien ne peut arrêter la machine lancée ; malgré un cruel manque de place et un public très peu nombreux, la puissance est tout de même palpable.`
Hélas, alors que le gang se démène avec un Stiggs incarnant la force tranquille derrière une sono qui le masque, un Sonic improvisé bassiste, dont les notes lourdes font tressaillir les corps, un Sicko malmenant ses fûts en vrai Cro-Magnon, et un Preacher dégainant sa verve façon pistolero, le courant ne semble passer qu’à moitié.
Fin du morceau « Split» . Nouvelle pause, le groupe parle entre lui, mais sans paraître blasé pour autant. Désormais, les Lords se font prier, l’attente devient quasi gênante. Nouvelle tactique pour tenter de réanimer le public : Une set-list à la demande. A l’unanimité, le morceau retenu sera forcément l’un des hymnes du groupe, She Cried . A l’instant même où l’ultime note résonne encore, le vacarme scénique est de mise. La grosse caisse n’est plus, le pied de cymbale s’étend de tout son long à terre, comme mortellement touché par les assauts répétés de son agresseur.
Apres une énième pause accompagnée d’un chaos sonore entraînant enfin une salve de d’acclamations dûment méritée, le groupe réinvestit la scène pour mieux se l’accaparer. Et afin de contourner l’espace confiné, il décide de jouer de cet inconvénient en plaçant cette fois-ci la batterie au centre du public. La proximité avec le public est inégalée, les gens contemplent tout sourire la joyeuse leçon de bordel improvisée qui s’offre à eux sur ces derniers morceaux.
Il est un peu plus de 22h lorsque les Lords achèvent le concert tout comme la batterie, seule victime officielle de cet ultime assaut. Bien que cette dernière messe faite à l’Europe vient d’être dite, le sacerdoce n’en est pas moins terminé. Il leur faut reprendre la route afin de prouver à leur pays natal que les Lords ont existé. Ce qui est sûr pour ce soir, c’est que les instruments auront pris plus cher que le public qui, repart gentiment chez lui après quelques clichés en compagnie des rois de la soirée.
Malgré les conditions peu favorables, les Lords ont prouvé qu’avec une once d’éthique et une sacrée dose de rage, on pouvait encore distiller de l’authenticité. Avec ce concert, ils ont apporté une réponse claire aux détracteurs des petits concerts en club. Hé oui, rien n’est plus bandant que de ressentir cette proximité avec l’artiste, rien n’est plus exaltant que d’entendre les accros ou autres maladresses touchantes du groupe - tout n’est qu’énergie à transmettre. Fin de la leçon.
A lire également, les chroniques des deux albums des Lords Of Altamont et une chronique de Bagnoles, dragsters, autoroutes de l'enfer, le numéro 2 de la très bonne revue Minimum Rock 'n' roll.
Sites Internet : www.lordsofaltamont.com, www.myspace.com/lordsofaltamont.
Photos Emmy Etié pour Liveinmarseille.com lors de leur concert à Marseille en février 2008
Signature : odlizle 27/11/2008
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