Critique de concert Manuchello

Jazz Sur La Ville, encore et toujours, s’installe ce soir dans le cadre intime et chaleureux du Roll’Studio.
C’est le groupe Manuchello dans une formation de trio qui anime le lieu.
Emmanuel Cremer: violoncelle.
Patrice Soletti: guitare.
François Rossi: batterie.
Manuchello est à l’origine un quartet, qui s’est agrandi plus tard en septet, et qui a fréquemment l’occasion de fonctionner de manière fractionnaire, tant pour des raisons artistiques que pratiques. Le groupe est lui-même issu d’un collectif: EMIR (Ensemble de Musiciens Improvisateur en Résidence… nomade !) fondé par le contrebassiste Barre Philips. Voilà pour les filiations et cousinages.
Dès les premiers instants, nous sommes plongés dans une musique d’atmosphère, une musique qui nécessite une immersion, tant de la part des auditeurs que de celle des musiciens. Ça commence tout en douceur, en longs accords électro/pianissimo, puis quelques percussions, très légères et pas encore assujetties à la régularité d’un rythme (elles ne le seront que très rarement) se font une place discrète, timide. Des percussions qui proviennent autant du batteur que du guitariste.
La musique que nous écoutons est d’une grande modernité. Elle semblerait plus issue de la musique classique contemporaine –Webern, Stockhausen, Boulez- que du jazz. Certains passages évoquent la musique sérielle, puis celle de Philip Glass, les sources roots qu’Albert Ayler soumet à de mystérieux développements, des phrases répétitives façon John Lurie aussi (dans Down By Law ou Stranger Than Paradise). Il ne s’agit pas pour moi d’énumérer des références, des ressemblances pour faire style "l’érudit", et encore moins d’inféoder la créativité des musiciens à une lourde généalogie. J’aimerais plutôt faire comprendre à quel point cette musique, sous une apparence austère, difficile d’accès, à laquelle beaucoup de gens sont réfractaires, est riche, noble, libre et, osons le dire, belle.
Le batteur François Rossi met en scène un jeu très varié, sur de longues plages, il frappe et caresse directement de ses mains les peaux et cymbales, règle son volume de manière intelligente, mais c’est du guitariste que proviennent les plus grandes surprises.
La guitare n’a plus rien d’une guitare. L’instrument s’est mué en une créature hybride sur laquelle Patrice Soletti tape, puis frotte, un coup avec une boîte à musique colorée en fer blanc (celle avec une petite manivelle au sommet), un coup avec des pinceaux, puis avec la peau des avant-bras. Je suis en train de me dire qu’il ne lui reste plus qu’à la transformer en instrument à vent : le voilà qui sort un petit ventilateur de poche et projette de l’air sur les cordes, créant un son inattendu, qui module et sature.
Emmanuel Cremer effectue un jeu plus classique, si l’on peut dire, mais il n’est pas en reste: il tire de son instrument acoustique –le violoncelle a une palette d’une grande richesse- des sons tout aussi surprenants. Sur un morceau, Emmanuel Cremer attaque avec une rythmique de Blues jazzy. Quelques auditeurs ravis de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose commencent à taper doucement des mains. Ils ne tiendront pas longtemps, car ça ne durera pas. Les huit ou seize temps de chorus sont bien loin, et c’est à ce moment que l’on réalise que le démarquage de la musique traditionnelle, jazz ou blues, quelle qu’elle soit, est voulu, affirmé, assumé.
Je serai curieux de savoir quelle est la part de l’écriture dans ce type de musique, et quelle est celle de l’improvisation. J’ai parfois l’impression que les musiciens procèdent avec des repères : "à tel moment, j’enchaîne avec ça, plus tard c’est toi qui lanceras le passage suivant, de telle manière". La question restera entière, je n’ose évidemment pas le demander à l’issue du concert. Manuchello reste insoumis, fidèle à la musique, et à son mystère. Tant mieux pour nous.
Quelques extraits vidéo de Mardal par ici.
C’est le groupe Manuchello dans une formation de trio qui anime le lieu.
Emmanuel Cremer: violoncelle.
Patrice Soletti: guitare.
François Rossi: batterie.
Manuchello est à l’origine un quartet, qui s’est agrandi plus tard en septet, et qui a fréquemment l’occasion de fonctionner de manière fractionnaire, tant pour des raisons artistiques que pratiques. Le groupe est lui-même issu d’un collectif: EMIR (Ensemble de Musiciens Improvisateur en Résidence… nomade !) fondé par le contrebassiste Barre Philips. Voilà pour les filiations et cousinages.
Dès les premiers instants, nous sommes plongés dans une musique d’atmosphère, une musique qui nécessite une immersion, tant de la part des auditeurs que de celle des musiciens. Ça commence tout en douceur, en longs accords électro/pianissimo, puis quelques percussions, très légères et pas encore assujetties à la régularité d’un rythme (elles ne le seront que très rarement) se font une place discrète, timide. Des percussions qui proviennent autant du batteur que du guitariste.
La musique que nous écoutons est d’une grande modernité. Elle semblerait plus issue de la musique classique contemporaine –Webern, Stockhausen, Boulez- que du jazz. Certains passages évoquent la musique sérielle, puis celle de Philip Glass, les sources roots qu’Albert Ayler soumet à de mystérieux développements, des phrases répétitives façon John Lurie aussi (dans Down By Law ou Stranger Than Paradise). Il ne s’agit pas pour moi d’énumérer des références, des ressemblances pour faire style "l’érudit", et encore moins d’inféoder la créativité des musiciens à une lourde généalogie. J’aimerais plutôt faire comprendre à quel point cette musique, sous une apparence austère, difficile d’accès, à laquelle beaucoup de gens sont réfractaires, est riche, noble, libre et, osons le dire, belle.
Le batteur François Rossi met en scène un jeu très varié, sur de longues plages, il frappe et caresse directement de ses mains les peaux et cymbales, règle son volume de manière intelligente, mais c’est du guitariste que proviennent les plus grandes surprises.
La guitare n’a plus rien d’une guitare. L’instrument s’est mué en une créature hybride sur laquelle Patrice Soletti tape, puis frotte, un coup avec une boîte à musique colorée en fer blanc (celle avec une petite manivelle au sommet), un coup avec des pinceaux, puis avec la peau des avant-bras. Je suis en train de me dire qu’il ne lui reste plus qu’à la transformer en instrument à vent : le voilà qui sort un petit ventilateur de poche et projette de l’air sur les cordes, créant un son inattendu, qui module et sature.
Emmanuel Cremer effectue un jeu plus classique, si l’on peut dire, mais il n’est pas en reste: il tire de son instrument acoustique –le violoncelle a une palette d’une grande richesse- des sons tout aussi surprenants. Sur un morceau, Emmanuel Cremer attaque avec une rythmique de Blues jazzy. Quelques auditeurs ravis de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose commencent à taper doucement des mains. Ils ne tiendront pas longtemps, car ça ne durera pas. Les huit ou seize temps de chorus sont bien loin, et c’est à ce moment que l’on réalise que le démarquage de la musique traditionnelle, jazz ou blues, quelle qu’elle soit, est voulu, affirmé, assumé.
Je serai curieux de savoir quelle est la part de l’écriture dans ce type de musique, et quelle est celle de l’improvisation. J’ai parfois l’impression que les musiciens procèdent avec des repères : "à tel moment, j’enchaîne avec ça, plus tard c’est toi qui lanceras le passage suivant, de telle manière". La question restera entière, je n’ose évidemment pas le demander à l’issue du concert. Manuchello reste insoumis, fidèle à la musique, et à son mystère. Tant mieux pour nous.
Quelques extraits vidéo de Mardal par ici.
Signature : mardalle 10/10/2011
Envoyer un message à mardal
Voir toutes les critiques de concert rédigées par mardal
Photographe : mardal
Envoyer un message à mardal
Voir toutes les critiques de concert photographiées par mardal

le 06 Juillet 2007 - Domaine de Fontblanche - Vitrolles (par Frédéric Bloise)

le 9 octobre 2011 - La Mesón - Marseille (par Mardal)


le 20 octobre 2010 - Planet Mundo Kfé - Marseille (par Mcyavell)


le 15 septembre 2010 - Planet Mundo K'fé (par mardal)


le 9 juin 2010 - Planet Mundo Kfé - Marseille (par Mcyavell)

le 1er octobre 2010 - Cité de la Musique - Marseille (par Roohakim)


le 17 avril 2010 - Cabaret Aléatoire, Friche Belle de Mai, Marseille (par McYavell)
Copyright © Neolab Production 2000-2012. Reproduction totale ou partielle interdite sans accord préalable.
Conditions générales d'utilisation
Conditions générales d'utilisation



















