Le concert démarre vite et tôt. Pas de première partie ce soir. Bon.
Les femmes en surnombre sont au rendez-vous. On peut vraiment parler de rendez-vous amoureux, car dès qu'il apparait, Marc fait trembler le coeur entier de la salle... Des femmes crient dès qu'il s'approche de l'avant-scène, il marche tel un chat, assuré, elles, se pâment. J'entends tout de suite à côté de moi "Oh il est trop beau, il chante trop bien!" Le coeur de certaines femmes! Soupir.
Je souris de ce portrait attendrissant de la fanatique comblée, exhalant un parfum de fleur marseillaise haut de gamme. Qui monte sur la pointe de ses petits pieds chaque fois que l'artiste la frôle du regard. Elle agite la main. Comme c'est délicieux. On est au beau milieu de la "Rue des acacias", en pleine osmose printanière. Un instant je me crois même arrivée en été, saison exquise où les chats nous empêchent de dormir. Souriant à l'extrême, Marc joue avec elles: s'avance, recule, s'avance... Mes yeux sont fixés sur ses déambulations, scrutant le moindre détail. Jolie veste de velours marine ajustée, petit jean et tee-shirt noirs prêts du corps. C'est sûr, il est plutôt plaisant à contempler et élégant. Les femmes autour de moi ne cessent de souligner "à son âge" et du coup, je me mets à réfléchir. Depuis quand entend-on ses chansons à la radio, au fait? Mais ça fait 25 ans qu'on le trouve mignon, lui! Ouch!
Marc Lavoine vient manifestement de passer un cap, celui ù l'on se retourne pour regarder vers l'arrière, et son spectacle sera construit de sorte à nous le faire sentir.
Au troisième titre il nous lit Verlaine qui fait "souvent ce rêve étrange et pénétrant"... et là je me crispe. Second degré ou premier degré? Où veut-il en venir avec cette citation?
A sa chanson "C'est la vie". Hein??
Et ça ne va pas s'arranger, il enchaîne sur un long speech sur le Bleu Blanc Rouge et à son interprétation à lui, de ces couleurs. Lourd et maladroit. Destiné à flatter son public adoré et à enchaîner sur la présentation de la guitare basse, bleue, d'Olivier Brossard, puis sur "C'est ça la France".
Son sourire crispé me semble soudain gênant, et ses mouvements bien raides. Les images qui peuplent l'écran géant sont une suite consternante de clichés de bord de mer, de vagues, de morceaux de peau. Il enchaîne avec "Le pont Mirabeau" et les fans de chanter plus fort que lui, de pousser des cris suraigus, hystériques. Et le grand Marc de faire de grands gestes amples.
La musique est arrangée à la sauce pop rock plus qu'electro-pop, c'est assez plaisant. Mais Marc Lavoine ne met aucune interprétation dans ses textes, dans son acte. Surjoué. Comme perdu. Ailleurs. Il tombe la veste et offre son médiator avant même de jouer. Je suis en plein cauchemar. Il joue de la Gibson, c'est joli une folk electro- acoustique, fait des clins d'oeil: "Je ne veux qu'elle" est ponctué d'un large baiser adressé à son public.
Avec "Le monde est tellement con" j'arrive à comprendre qu'il se sente bien à l'étroit dans son grand costard de chanteur de charme. Il nous offre pour la deuxième partie de son show une collection "vintage" de ses hits. Qui passe très vite, tout compte fait. Pas de revisite sympa du répertoire sauf pour "Paris Paris" agrémenté d'une trompette et d'un piano jazzy sur fond noir de New York nocturne... Où il déambule seul.
Une solitude qui hante tous ses textes ce soir. Il termine sur "Toutes mes excuses", où il interprète enfin son texte. A nous en trouer le coeur. Il faut dire que celui-ci est d'une rare profondeur.
La mise en scène de son départ me parait à nouveau maladroite, Marc Lavoine disparait derrière le grand écran, devient image qui s'éloigne vers la gauche. Tourné vers le passé... Nostalgie quand tu nous tient...
Ma voisine conclut "bon, ben il ne me reste plus qu'à retourner à ma dépression maintenant". Je reste figée. Il faut dire que ce dernier titre a plombé le regard des dames et serré bien des gorges.
Me laissant, quant à moi, sur l'impression pénible d'un rendez-vous manqué.
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