Critique de concert (mon) Marsatac 2012 : Kas Product, Erevan Tusk, Kap Bambino, Baxter Dury, BRNS, Don Rimini, Mekanik Kantatic, Breakbot, James Murphy, La Femme


Edition en demi-teinte pour ce qui me concerne, que celle de 2012 de Marsatac, en tout cas pour la soirée que j'avais choisie, le samedi - comme d'habitude la plus "rock" des trois au vu de mon aversion pour la musique électronique sans instruments. Première déception, le retour au Dock des Suds sonne comme une gueule de bois : exit les cheminements tarabiscotés et charmants de la Friche Belle-de-Mai, exit la superbe et prometteuse salle de la Cartonnerie, exit les ambiances visuelles & sonores de certains cheminements (cf la rue intérieure de la Friche), et accessoirement, plus le moindre arbre à l'horizon...

Certes l'aménagement de cette année est très fonctionnel (trois scènes que l'on peut rallier assez rapidement entre elles), surement mieux sécurisé, mais il n'a strictement aucun charme, je n'y décèle d'ailleurs pas non plus l'identité visuelle habituellement plus forte de Marsatac. N'ayant pas non plus le côté chamarré et généralement haut en couleur de l'habillage "Fiesta des Suds", le Dock m'a paru juste froid, minéral et impersonnel. Cela étant c'est bien un festival de musique et non d'aménagement urbain : il n'empêche que ça contribue à l'ambiance, qu'on le veuille ou non, et c'est la première fois que Marsatac me déçoit sur ce point.

Parlons musique ! Mon vélo confié aux valeureux copains du Collectiv Vélos en Ville (ça par contre, ça contribue toujours à une bonne ambiance, d'être accueilli par des visages amicaux et bénévoles !), j'arrive au milieu du set de Kas Product, que je connais très vaguement (un disque emprunté un jour...). Une jolie nana braille dans un micro et tire des coups de feu, tandis que le DJ/musicien actionne ses machines. Le son est sympa quoiqu'un peu daté : je ne résiste pas très longtemps à l'envie d'aller voir ailleurs.

Mauvais calcul : il ne reste que 30 secondes à voir de Stuck in the Sound, pas réputés pour être révolutionnaires mais là c'est vraiment trop court pour avoir un avis sur leur performance en live... Quoi qu'il en soit d'après une collègue plus concernée, Kas Product a fait le job et notamment donné à son public quadra les tubes qu'il attendait.

Je me rabats sur Erevan Tusk, espérant vaguement d'un tel nom (je n'ai pas ré-étudié le programme !) du punk-rock Ouïgour, ou tout autre son expérimental et exotique venu des balkans. Déception : en fait c'est un groupe de pop-rock français avec deux bons chanteurs, honnêtement assez pro sur scène, mais sans identité propre et vraiment attrape-tout dans ses compositions. Un coup ça sonne comme Interpol, un coup comme Arcade Fire, un coup comme... REM, et là, désolé mais c'est non, messieurs.

La fuite en avant continue donc avec sur la "grande scène", le duo electro-trash Kap Bambino qui a poussé le master volume à 11 sur 10. Le duo de même formule que le tout premier vu ce soir, permet de ré-évaluer Kas Product à la hausse : ici, tout est à fond tout le temps, le boum boum comme les vrombissements déclenchés par le "musicien" qui n'est que cheveux, comme les hurlements parfaitement hideux de la chanteuse qui n'est pas particulièrement gracieuse elle-même. Pas la moindre mélodie perceptible mais une succession de gimmicks éculés et pétaradants, enchaînés sans même nous laisser le temps de vomir...

Pire encore, quand le duo envoie un titre "lent", son son s'exprime dans toute son horreur repoussante. Le tout constitue une véritable agression sonore et visuelle, drôle pendant quelques minutes mais rapidement épuisante : c'est à n'en pas douter le concert le plus infâme que j'aie vu cette année. Malentendu : comme le public change rapidement entre ceux qui arrivent nombreux, et ceux qui repartent également nombreux, il y a en permanence quelques troupes fraîches devant qui semblent apprécier le show et s'agitent en tous sens. L'abominable duo repartira donc sans doute content de sa tambouille ignoble : tant mieux pour eux, au revoir et à jamais !

Reposante est donc en comparaison la prestation assez branleuse du sieur Baxter Dury : bien entouré d'un groupe au poil qui sait également chanter à sa place, le jeune crooner-fils-de peut picoler sec son whisky, chanter parfois, jouer vaguement du clavier, et parler souvent sur des chansons bien fichues, par moments presque touchantes (car on comprend en plus plutôt bien mal ce qu'il raconte). Retenu le titre Isabelle, joli ska pépère, puis un titre disco à montée progressive, assez diabolique, et l'amusante Happy Soup. Le tout ne m'a pas donné le besoin irrépressible de rester tout le concert, mais quand même l'envie de le découvrir sur disque à l'occasion !

Bien m'en a pris car je crois avoir vu à ce moment le groupe le plus marquant de la soirée, BRNS. Déjà, premier son original aujourd'huide la soirée, qui me fait penser quelques instants à Battles-sous-tranxène (ce serait déjà pas si mal) et rapidement ensuite, à une version réussie de Wu Lyf, le gros buzz de l'été 2011 et qui a fait un pschitt mémorable depuis. Malgré que les uns hurlent et l'autre cogne comme un sourd, les voix et la batteries sont mixées curieusement en arrière, noyées dans des sons habituellement annexes (xylophone, guitare reverbée, nappes synthétiques).

Les compositions de pop-rock ainsi jouées s'avèrent assez prenantes, voire obsédantes : la guitare vrillantes, le xylo déchaîné et le reste donnent un son puissant et étrange, conclu par deux titres fabuleux : le premier plutôt lent parle de Mexico (refrains hurlés et presque touchants), le deuxième propose un finish sur-puissant où tout le monde cogne sur quelque chose, qui rend fous de joie les geeks et autres amateurs pointus qui composent le public qui est resté (le grand public a fui, évidemment). Je ne sais pas ce que ça donne sur disque mais sur scène : révélation de la soirée !

Hélas, après ce moment qui m'a redonné la foi en l'espèce humaine et l'envie d'être là (malgré une journée épuisante - je me suis occupé tout seul d'un adorable bébé depuis 6 h 30 du matin !), mon excitation retombe aussi sec : Don Rimini est dans la place. L'archétype absolu du tâcheron qui n'a rien à proposer que du boum-boum putassier comme pas permis et même pas bandant. Et des visuels même pas beaux sur des écrans totalement mégalomanes. Etonnant que ça puisse encore faire la blague en 2012...

Cela étant, me direz-vous, pourquoi se faire chier alors que la partie la moins exigeante/concernée du public se contente parfaitement de ce robinet d'électro pré-mâchée et reposante pour le cerveau (laissé libre à 99 % pour surfer sur l'appli Marsatac de leur smartphone) ? Hélas je n'ai d'abord nulle part où aller, et reste sur le plancher en bois juste pour que les vibrations me maintiennent éveillé. C'est quand même de la grosse daube fainéante, j'espère au moins que ce type dont le nom est également à chier est un vrai cynique, qui a conscience de la merde qu'il fait...

Comme prévu, on s'amusera bien plus devant le cirque pas possible orchestré par Nicolas Cante, aka Mekanic Kantatic : un duo démoniaque entre un grand échalas hurluberlu d'abord en costard (il finira torse nu) et un appareil électronique complexe et trafiqué, qui a dû être un piano un jour. Le premier, virtuose du clavier, enregistre de petites boucles, presse des boutons partout sur le deuxième (et parfois même sur un clavier amovible qu'il emmène avec lui), se dandine en trépignant et en chantant, généralement via divers filtres, avant de retourner assaillir (voire saillir) son piano mutant, clignotant comme une entrée de bordel asiatique. Dispositif très ludique et constamment surprenant !

Je me dis que si Klaus Nomi était encore vivant, il ferait peut-être quelque chose dans ce genre... Hip hop, funk, techno, tout y passe à la moulinette kantatique, où l'on croit reconnaître pas mal de thèmes des années 80 (...et une reprise de France Gall "il jouait du piano debout", c'est bien le cas de le dire ici). C'est un vrai show manifestement ultra-préparé, je ne peux pas affirmer que ça ne pique pas un peu les yeux par moments à force d'être tout le temps dans le rouge, mais c'est drôle et assez inspiré. Le final est comme on pouvait s'y attendre, totalement déchaîné, joué/hurlé en partie dans le public, et fini en surchauffe électro devant un auditoire ravi et surexcité. Concert le plus amusant de la soirée, à voir impérativement sur scène !

Une fois dit ceci, je peux donc avouer que j'ai fait un tour, au milieu, à la prestation voisine de Breakbot. J'ai d'abord cru à un hommage à George Michael, avec un chanteur qui le singeait particulièrement bien. Fausse piste, il est parti ensuite : Breakbot est juste un énième DJ de chez Ed Banger, avec un son électro-funk gentillet caractéristique des productions récentes de Daft Punk... Par contre, il a de très jolis visuels multi-colores et a au moins pris, lui, la peine de composer des vraies mélodies. Le résultat, un peu anodin, n'est pas déplaisant et fait danser gentiment son auditoire : pas sûr quand même qu'il passe l'hiver une fois que Le Grand Journal aura fini de s'intéresser à lui...

Grosse déception de la soirée, proportionnelle à mes attentes de la part d'un type qui était génial sur disque comme sur scène dans sa formation précédente LCD Soundsystem : James Murphy est venu ce soir gentiment pousser des disques vinyles. Bien sûr il a bon goût, ça sonne bien, un peu comme ce qu'il faisait : ça groove sans racoler, l'électro est tranquille et musicale, mais voilà : il ne se passe quand même pas grand-chose sur scène, au final ! Et je n'ai reconnu aucun de ses propres thèmes, généralement obsédants et dansants à crever, sur les deux longues séquences que j'en ai écoutées. Quand je pense qu'il aurait suffi qu'il pousse un peu la chansonnette sur, au hasard, Dance yrself clean ou When someone great is gone pour que je défaille de jolie, il y a de quoi être frustré.

Heureusement, il y a encore une belle prestation à voir ce soir : le groupe La Femme n'outrepasse pas le buzz flatteur qui le précède ! Avec un son, des looks et des chorégraphies totalement 80's (alors qu'ils ont du naître au moins 10 ans après), plus de la batterie en partie synthétique et une pléthore de synthétiseurs, mais débarrassés de toute nostalgie (le rendu sonore étant totalement 2012 !), il ne leur faut pas longtemps pour mettre une ambiance du tonnerre. Usant sans vergogne des techniques de type basse à l'octave, qui ont fait les riches heures de 1983 (archétype : Visage, Fade to Grey... PS : Premier EP de La Femme chroniqué depuis !

Leurs chansons sont en l'occurrence ultra bien-foutues, gaies et dansantes, depuis la saignante Sur la Planche à la très énervée et surf-électro Anti-taxi, en passant par un rock'n'roll totalement Plastic Bertrand, tout est chouette, déjanté et kitsch mais dans le meilleur sens du terme. Ils gèrent également parfaitement l'ambiance et terminent triomphalement, tentant même un rappel une fois le son coupé. Ce concert extrêmement plaisant semble une bonne manière de mettre fin à la soirée, puisqu'il me faut encore retraverser une partie de la ville à vélo...

Le tout après une soirée, comme dit en introduction, où plusieurs concerts soit décevants, soit horripilants, alliés à un cadre très impersonnel, ont quand même plombé un peu le ressenti général, malgré quelques belles révélations. Pas très bien mangé non plus, à vrai dire... Une année sans ? Ca ne fait rien, on a confiance en Marsatac pour sa capacité à évoluer chaque année et l'on y reviendra évidemment toujours avec plaisir...
Egalement sur Concertandco et par votre serviteur, des éditions anciennes de Marsatac, un peu partout dans Marseille, de 2011, 2010, 2009, 2008, 2007, 2006, et 2005 !...
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Signature : Philippele 02/10/2012
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Photographe : pirlouiiiit
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le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 28 Septembre 2012 - Dock des Suds - Marseille (par The Duke Of Prunes)

le 27 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)


le 01 octobre 2011 - Friche Belle de Mai, Marseille (par Pirlouiiiit)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 24 avril 2012 - Le 22, Bourges (par Pierre Andrieu)

le 17/18 février 2012 - L'Omnibus, Saint-Malo (par Pierre Andrieu)

le 25 Novembre 2011 - Opera - Toulon. (par Sami)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 24 avril 2009 - Le 22 d'Auron, Bourges (par Pierre Andrieu)

le 15 janvier 2005 - Friche Belle de Mai - Marseille (par Pirlouiiiit)

le 12 janvier 2012 - Cité de la Musique - Marseille (par Pirlouiiiit)

le 22 mai 2011 - Beaumont de Pertuis (par Mcyavell)

le 22 Juin 2012 - Hippodrome de Longchamp, Paris (par Fredc)

le 2 et 3 décembre 2011 - Parc des Expos, Rennes (par Math G)

le 8 novembre 2008 - Zénith et Oméga Live - Toulon (par Adeline F)


le 23 juillet 2010 - theatre de verdure de la rebutte - Barbentane (par Stephane Sarpaux)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 23 Avril 2013 - Le 22 d'Auron, Bourges (par Pierre Andrieu)

le 10 Aout 2011 - Terasse du Palais des festivals, Cannes (par Sami)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 28 août 2010 - Parc de Saint-Cloud (par Pierre Andrieu)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 2 juillet 2005 - Presqu'île de Malsaucy, Belfort (par Pierre Andrieu)
Dock des Suds, Marseille

le 23 Mars 2013 - Dock des Suds - Marseille (par serovi)

le 23 mars 2013 - Docks des Sud - Marseille (par Celine)















