Allez chais bien ce que vous allez croire, que j'ai bu et tout ça, enivré par la gratuité des places au café julien, mais ma parole d'honneur, je vous le jure, sur la tête à toto, mercredi soir, j'ai vu un piano sous perfusion !!!!! sous perf' ouais, des perfs de jacks qui rentraient par tous les coins de ce piano quasiment mis à nu puisqu'on en voyait toutes les entrailles (la mécanique, cordes et marteau etc...)!
Le type d'abord : Nicolas Cante, escogriffe du genre Nigel Kennedy pour son anticonformisme et sa projet de frotter son instrument à d'autres genres !
Le piano : un piano droit qui marche pas vraiment droit ! c'est vrai quoi, il sort certes les sons d'un piano ordinaire, mais l'ordinaire ne durera jamais très longtemps à chaque morceau : c'est à un véritable florilège de sons que le public du Café Julien assistera ce soir là par la magie de la technologie!
La technologie : à la fois on ne peut plus simple ; Nicolas ne promène pas seulement ses mains sur le clavier de son piano mais utilise également divers ustensiles (spatule, baguettes, et même pédalier de batterie) pour transformer son piano en guitare en pinçant les cordes des touches, pour transformer son piano en batterie en tapant sur la cadre de son instrument, en fait "jouer" le plus possible avec celui-ci. Car il s'agit bien d'un jeu pour Cante. Il a déguisé son piano en console de jeu, retiré une partie du corps en bois de l'instrument, comme je le signalais en propos liminaire emballage de bois, l'a enrichi de bandages, de pansements, et de deux jolis petits synthés posés sur son pupitre- pour la technologie un peu plus pointue.
Avec ces deux-là Cante samplera des séquences au fur et à mesure de leur délivrance et transformera les sons originels en des sons improbables sortis d'un autre monde - finalement celui qui a vendu son âme au diable ce n'est pas le violoniste Paganini - pour nous les balancer dans une explosion musicale de ouf ! mais de ouf !!!!!
Mekanik kantatik prend les sons, les balance contre les murs, les fait rebondir sur le comptoir, ricocher de personne en personne... le tout forme un formidable patchwork sonore d'électro, de groove, de techno, de musique expérimentale qui ne se prend pas au sérieux le pianiste semble autant posséder par son instrument qu'il ne le possède !!!! Même le public semble possédé quand il invective un des 3 cameramen présents (un en bout de salle à droite de la scène, l'autre sur scène donc et le dernier à l'étage à côté de Bibi) car l'empêche de bien admirer le pianiste déluré, déjanté, loufoque qui quand il ne s'amuse pas à accélérer le rythme déjà mené tambour battant de son set ou le ralentir par un tournesol magique (j'ai pas bu je vous dis!!) quand il ne métallise, robotise pas sa voix (trop souvent à mon goût, à chaque chanson en fait) par un vocoder, déconne avec l'audience (et c'est là que je constate qu'il a même une voix - voix non trafiquée - de personnage de dessin animé).
Toutes cette palette de sons recomposés est compensée par les pas de danse de notre Jim Carrey du soir, venant ainsi nous rappeler que pour électronique que soi sa musique, c'est à la chair qu'elle s'adresse. Le public - pas con - l'a compris d'entrée de jeu dansant follement dès le 1er titre et jusqu'à la fin du concert !!! même le poto :) de François s'est mis à danser ( alors que tendinite au pied )
Alors cette joyeuse et délurée construction/déconstruction des genres et des sons a quand même ses limites. Parce que quand même en dépit d'une extrême variété des genres, des sons produits on s'habitue vite aux schémas présentés du coup ben parfois mon esprit a bien vagabondé et je ne crois pas que c'était du au rythme entêtant voire des morceaux !
Et puis cet édifice hétérodoxe ... ben ... voyez moi ça m'a fait pensé au Baroque dans l'architecture ! Le baroque c'est quoi ? c'est l'esthétique de l'excès et de l'étonnement. L'art y arrive jusqu'au bout de sa nature, qui est d'ornement et s'enivre de sa propre richesse. Il est fait de complexité, d'audace, de surabondance, qui privilégie presque toujours les courbes, le mouvement, les formes déséquilibrées ou pathétiques, avec un faible pour le spectaculaire et l'étrange, voire pour le trompe l'œil ou l'artifice. Le baroque, c'est sa limite, a besoin de bizarrerie, d'excès ou de virtuosité pour n'être pas banal.
J'ai regretté que notre ami ne fasse que dans le décalé, que dans le baroque ce soir là et ne mette un peu de temps en temps du classicisme, un peu d'émotion, un peu de simplicité aussi. Apparemment c'est ce qu'il a tenté de faire sur son 1er CD si bien décrit par Pirlouiiiitici
Plus de photos de Loan qui passait juste après par Pirlouiiiit en cliquant ici. ndP : trop déçu d'avoir raté Mekanik KAntatik je n'avais pas du tout le coeur à danser sur l'electro plein de basses de dJ Loan ...