Critique de concert Merakhaazan / Balthazar Montanaro Nagy / Emmanuel Cremer (Festival Jazz sur La Ville)


Déjà programmé l’année dernière dans le cadre de ce même festival, Merakhaazan a dû convaincre puisque le revoilà cette année. La Grotte des Accoules, une pittoresque salle de poche avec une scène du même métal accueille sa contrebasse mais aussi, car il n’est pas seul ce soir, le violon de Balthazar Montanaro Nagy et le violoncelle d’Emmanuel Cremer. Je ne connais aucun des trois mais la visite de leur espace respectif m’a fait découvrir trois véritables créateurs. L’idée d’une rencontre improvisée est judicieuse.

Merakhaazan ouvre les débats avec une intro où son archet orientalise la contrebasse. Le violon lui emboîte le pas puis le violoncelle. Complémentarité et osmose des instruments. La plage free qui suit tempère quelque peu mon ardeur mais le final avec son thème prenant m’enthousiasme à nouveau. Pendant que Merakhaazan trouve une solution pour que le lourd et encombrant rideau rouge ne lui chatouille plus le bras, un "Encore de la musique ! Encore de la poésie !" enivré surgit en provenance du bar.

Boucles et samples rythment la pièce suivante (ma préférée). Limpidité en sera le maître mot. Limpidité du son du violon de Balthazar Montanaro Nagy dont les doigts de fée puis l’archet ajoutent des percussions. Limpidité du violoncelle qui prend le relais. La fin est brutale. BMN comble le silence qui suit avec humour : "Encore de la musique ! Encore de la poésie !"

Deux personnes s’aperçoivent alors qu’elles se sont trompées de concert et s’enfuient. Il est vrai que dans chacune des pièces jouées (d’une durée de pratiquement un quart d’heure chacune), figure toujours une plage expérimentale : je mouille mes doigts et je frotte mon violon sur le côté face, j’utilise l’archet de mon violoncelle sur la caisse… Le trio est inventif. A la fin du Blues De La Décadence, le violoniste déclare : "La décadence est un état d’esprit. Ca donne ça en musique."

Plus tard, sur un tempo de marche funèbre cohabiteront un violoncelle classique et un violon free !
D’autres plages sont beaucoup plus "accessibles" et Albinoni n’en aurait pas renié certaines : contrebasse percutante, violon virevoltant, violoncelle gémissant.
Le trio quitte la scène/sauna pour terminer au milieu de la salle avec une composition en l’honneur du Mississippi. Ce fleuve capricieux symbolise bien la performance de ce soir : contraste entre des périodes de bien être et de quiétude et d’autres de perturbations extrêmes.

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Signature : mcyavellle 06/10/2009
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Photographe : pirlouiiiit
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