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Mardi 21 mai 2013 : 10156 concerts, 21942 critiques de concert, 4852 critiques de CD.

Critique de concert Miss Kittin & The Hacker + Björk


Miss Kittin & The Hacker + Björk en concert


4 étoiles, bon concert

Jaime

MIS KITTIN & THE HACKER - Pont du Gard, jeudi 19 juillet 2007

BJÖRK - Arènes de Nîmes, jeudi 23 août 2007


Petite chronique groupée de deux stars de l’électro, de styles, générations, nationalités et tailles différents, mais groupées ici du fait de leur passage à peu de temps d’écart dans deux hauts lieux de la Romanité en Gaule narbonnaise -le Pont du Gard et les arènes de Nîmes-, mais aussi du fait qu’ayant eu la chance de voir les deux, le constat que j’en fais est celui d’une grande satisfaction doublée d’une paradoxale légère déception dans les deux cas.

MISS KITTIN, d’abord, dont j’ai pu découvrir une des rares prestations live à proximité du célèbre aqueduc romain, le 19 juillet.



(photo DjXphil)


Elle n’était pas seule aux commandes, si ce n’est celles de la programmation, puisque la grenobloise avait carte blanche pour animer la soirée, et elle avait choisi pour cela des complices de qualité.
Un certain Arnaud Rebotini d’abord avait la « charge » d’accompagner le somptueux coucher du soleil sur les vieilles pierres antiques. Nous ne pûmes hélas pas trop en profiter, occupés que nous étions à circuler sur le pont puis à patienter 3 bons quarts d’heure pour se faire servir des bières à un bar à l’entrée du site. Mais de loin c’était plutôt de bonne facture, avec de l’ambiant, de la techno légère, de la vieille Goa, et même quelques trucs encore plus poussiéreux des années 80 comme le génial A Forest de Cure (introduit en douceur par un titre électro très proche au niveau des accords), et le non moins fabuleux split mix de Never Let Me Down Again de Depeche Mode.



Le DJ Arnaud Rebotini (photo DjXphil)


Puis la nuit venue apparut THE HACKER, le grand copain de la Miss Caroline, accompagné d’une étrange fille aux mélopées aigues cachée sous une grande robe à capuche brillante. Pas mal, pas mal, mais étrange style atmosphérique, au point de se demander s’il s’agissait bien de lui. Mais oui, pas de doute, quand la miss montre son visage (avant d’enlever complètement son déguisement monacal), plus de doute, Kittin & The Hacker sont là sur scène !



Miss Kittin (photo DjXphil)


Le set sera plutôt court, avec une douzaine de titres, quasiment tous issus de leur First Album, choix déconcertant et discutable à mon avis, car malgré un son très bon, la plupart de ces titres sont trop répétitifs et minimalistes musicalement (boîte à rythmes, basse électro et un petit son pour la mélodie en général). Bref, difficile de faire décoller l’audience. Quelques frémissements quand même sur Stock Exchange, et surtout Frank Sinatra (mais normal pour ces titres qui sont parmi leurs meilleurs à mon sens). Sinon, en général le public s’agite au lancement d’un titre puis se lasse très vite, comme avec Stripper (très marrant mais ultra-long) ou 1982 (dont l’intérêt réside hélas principalement dans les paroles faisant référence à plein de vieux tubes new wave). Pourquoi ne pas avoir joué des titres potentiellement fabuleux sur scène comme Professional Distortion ou Meet Sue Be She du 2e album I.Com ? Mystère. Ironiquement, seul un titre de The Hacker parviendra à mettre vraiment l’ambiance : Flesh & Bone, joué initialement avec l’américain Ian Clarke, alias Perspects (ex-Le Car, groupe que celui-ci formait avec Adam Lee Miller du duo électroclash Adult.), mais chanté ici très efficacement par Miss Kittin, et véritablement transfiguré par le live puisque je n’avais pas vu jusqu’alors en ce titre un grand intérêt.



The Hacker et Miss Kittin (photo DjXphil)


Néanmoins, c’est surtout après, avec le mix de DJ Hell, le découvreur des 2 compères et patron de leur label International Dee Jay Gigolos Records, que les berges du Gardon commencèrent à ressembler à un gigantesque dancefloor à ciel ouvert (bon OK c’est plus facile a priori un DJ set que du vrai live avec ses propres titres, mais quand même ce type-là sait s’y prendre pour mettre l’ambiance). Enfin bon, ce fut quand même une grosse hallu de pouvoir remuer sur Miss Kittin & The Hacker et ses gros sons analogiques sur cette plage avec en fond le Pont du Gard, un excellent souvenir !



(photo DjXphil)



Autre bon trip électro-romain à un mois pile d’intervalle, avec BJÖRK, venue investir les arènes de Nîmes de son univers unique le 23 août. Une tout autre dimension musicale, bien sûr (d’autres moyens aussi, forcément), mais un même goût de légère amertume pour moi en fin de prestation, malgré un très bon spectacle.



Je ne m’étendrai pas sur la première partie, M.I.A, une espèce de R’n’B-ragga-électro répétitif à deux voix féminines un peu trop criardes à mon goût, malgré quelques titres écoutables vers la fin (il paraît que les paroles sont pas mal).



M.I.A / Mathangi "Maya" Arulpragasam au centre (merci SaWaSdEe pour l’info !)(photo Benjicok)


Rentrons plutôt dans le vif du sujet : originalité, délire, voix d’enfer et sensibilité encore au rendez-vous pour Björk, dont j’avais déjà pu apprécier des prestations live (en vidéo mais aussi une fois en vrai lors de la tournée Post, à Montpellier).
Musicalement, beaucoup de titres réorchestrés comme toujours, un choix varié sur plusieurs périodes, sans « bourriner » du tube, et dans une logique en deux temps qui se tient : calme d’abord et moins calme ensuite.
Le côté expérimental aussi, avec la présence sur scène d’une table à musique électro-acoustique, sur laquelle divers musiciens viendront s’amuser à déplacer des petits blocs runiques pour créer des bruitages de fond (plus de détails ici.).

Visuellement léger, sans grands écrans, mais bien pensé : longs drapeaux et oriflammes aux couleurs flashy avec des motifs de poissons, crapauds et autres dragons, Björk en robe large aux couleurs de l’arc-en-ciel, une troupe de jeunes choristes-cuivres habillées avec d’amples habits (qui empêchèrent quiconque de vérifier si elles portaient bien leur nom : Wonder Brass) multicolores et fluo, semblables à des balançants télétubbies avec des petits drapeaux sur la tête, et quelques effets de lumière bien puissants comme d’inattendus jets de flammes ou des tirs croisés de gros lasers verts, sans parler de l’orgiaque pluie de paillettes finale, qui me fit vaguement regretter de ne pas avoir été dans la fosse.



(photo Benjamin Gibert)



Voilà, tout réuni en somme pour un sublime spectacle, ce qu’il fut pour le reste du groupe avec lequel j’étais et probablement pour beaucoup de monde, sauf que moi je ne fus pas pleinement satisfait.

D’abord, la réorchestration c’est bien en soi puisque ça dénote un souci de l’artiste de ne pas s’endormir sur ses lauriers et de céder à la facilité… sauf quand le résultat n’est pas probant. Or, là, la tendance lourde était de remplacer moult chœurs de Björk et parties synthétiques plutôt sympas par des chœurs féminins (à la Medulla) et des parties de cuivres. Et mon problème, c’est que les chœurs ça me saoule vite, et les cuivres constituent la catégorie d’instruments acoustiques que j’aime le moins…



photo n’ayant théoriquement pas sa place ici puisqu’elle date du 1er des 2 concerts aux arènes le 21, mais comme elle est belle, ce serait dommage de s’en passer ; A noter que Björk était vêtue différemment (photo Benjamin Gibert)


Mais mon souci principal ce soir fut le choix des titres. Je sais bien que c’est toujours dur de faire plaisir à tout le monde (si tant est que ça intéresse Björk, car c’est peut-être tout simplement son propre plaisir qu’elle cherche, et on ne lui en voudrait pas), mais là en l’occurrence j’ai trouvé que ça manquait de titres que j’aimais ET de titres qui bougeaient. Pour le dernier album, dur de juger puisque je ne l’ai pas encore écouté, mais la majorité des titres que je ne connaissais pas ne m’ont pas emballé. Medulla, comme les autres albums précédents, fut représenté par 3 titres (Pleasure is All Mine, Vökuró et Oceania), mais je n’ai pas adoré, déjà je ne suis pas fana de cet album et ensuite je trouve que son intérêt réside surtout dans la dominance de la voix et de ses sons (celle de Björk mais aussi toutes celles non chantées utilisées en habillage musical ou mises en rythme), or en concert ça ne ressort pas du tout. Pour Vespertine, le choix était facile mais bon, avec Hidden Place (génial), Pagan Poetry (très proche de l’original mais comme celui-ci est très bon, pas de souci) et Unison.



Les Islandaises de Wonder Brass (photo Benjamin Gibert)


Par contre, pour Homogenic, malgré la présence d’un très bon Hunter (avec une fabuleuse projection finale de gigantesques filets arachnéens par Björk sur la foule), et de Jóga, pas de trace de l’excellent Bachelorette… alors qu’une ex-planète aride et glaciale eut droit de citer : Pluto (ce titre me stresse). Post fut représenté par l’excellent Army of Me (puissant), Hyper-Ballad (version sympa) mais aussi le très dispensable I Miss You (seule note positive : le délire final sur ce titre), alors qu’un petit Isobel par exemple n’aurait pas fait de mal. Et surtout, le grand absent fut Debut, totalement ignoré ; Quelle tristesse de n’avoir pu s’envoler sur One Day ou Play Dead, ou gigoter sur Human Behavior ou Big Time Sensuality ! Car oui, je me suis rendu compte à cette occasion que j’attendais en fait aussi d’un concert de pouvoir bouger mon corps, comme un robot plutôt qu’avec sensuality certes, mais bon si je veux move my body personne ne me l’empêchera, vakjögglunga !!! (cherchez pas, c’est une immonde insulte islandaise). Or là, j’ai trouvé la première partie « calme » trop longue (surtout compte tenu des sautillements permanents de la petite créature des glaces aux pieds nus, qui laissait augurer une montée de tension plus rapide).



(photo Benjamin Gibert)


Mais j’ai trouvé aussi la seconde pas forcément terrible niveau choix de titres « qui bougent » (le final avec cette chanson-slogan technoïsante Declare Independance notamment : l’ambiance au rendez-vous, mais un peu trop « boum boum » à mon goût comme titre).

Pour finir sur une note un peu plus positive, pas de regret quand même, voir Björk en concert reste un moment fort, et le cadre ne gâcha pas les choses même si les prestations au même endroit de Manu Chao ou de Depeche Mode resteront pour moi plus marquantes (car peut-être plus en résonance avec le lieu ?).


D’autres photos de DjXphil et Benjamin Gibert (aka Song of the Storm) ici et


 


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