Aubagne un dimanche de septembre. 14h00. Déluge les deux jours précédents mais jusqu’ici tout va bien. Les stands et les restaurants de la Fête de la Paix sont animés. Le ciel est bleu, les jolis drapeaux colorés estampillés "Paix" s’agitent à cause d’un vent de sud-est qui n’augure rien de bon. Le palmarès de la course à pied du matin est interminable pour ceux qui sont venus écouter de la musique et qui voient les nuages noirs fondre sur le Cours Foch.
La dernière coupe est enfin attribuée et Mix-Up Beyrouth peut entrer en scène. Frédéric Nevchehirlian déclame les premiers mots de son pertinent texte "Tout". Rayess Bek enchaîne en libanais, Rodolphe Burger prolonge avec son sublime Cupid : Je grandirai sans un mouvement
Dans l’eau dormante de ton sang…
Envoie tes chiens pour me traquer
Envoie tes oiseaux de malheur
Ils reviendront pour t’infecter
Et ils te mangeront le cœur
Les deux chanteurs orientaux (Youmna Saba et Rayess Bek) et l’impressionnante armada de cordes (4 guitares, un busuk, une basse) donnent un relief prenant à l’ensemble souligné par un batteur qui n’était pas là au début de l’aventure. Cette création pour Marsatac a déjà fait l’objet d’une première résidence en juillet regroupant des musiciens français et libanais autour de Rodolphe Burger "directeur artistique". Nous récoltons ici les fruits de leur efficace collaboration, continuée cette semaine et qui se poursuivra encore jusqu’à mardi à l’Escale Saint-Michel.
Par exemple la jolie association de la voix de Youmna Saba et des cordes aiguës de la guitare de Rodolphe Burger.
Mais la pluie tant redoutée commence à sévir. Tout est mis en œuvre pour protéger les enceintes. Les spectateurs, eux, s’aperçoivent que la qualité première d’un parasol n’est pas l’étanchéité. Rayess Bek enchaîne avec un chant revendicateur, histoire de rappeler qu’on est ici à la Fête de la Paix : Je refuse de faire partie de vos bataillons
Je refuse tout ce qui bafoue les Droits de l’Homme
Tout ce qui bafoue les droits de tous les citoyens de la Terre
déclame-t-il devant un parterre très clairsemé mais solidaire.
Suit une bien originale version franco-libanaise de Marie de Rodolphe Burger. Mais la pluie tombe sur les stands comme les bombes sur Beyrouth. Le déluge est tel que le set est interrompu. Trêve pendant laquelle on protège davantage le matériel et on invite les spectateurs à partager le traditionnel gâteau de la paix. Le monsieur m’a tendu deux assiettes. J’ai été gourmet sur la première, glouton sur la seconde.
Rodolphe Burger y a-t-il aussi goûté ? Ca expliquerait son retard pour la reprise du set (tout le monde le cherche). Ziad Saad jusque là aux claviers prend le micro pour un déjanté Mother, What Can I Do.
Le dernier titre ne brille pas par ses paroles "it’s six o’clock you come back since I left" répété en boucle mais par l’énergie du band et sa complémentarité.
Mes chaussures sont trempées mais c’est le cadet de mes soucis. D’autant que Kabbalah va suivre.
C’est ma deuxième rencontre avec ce quintet. La première fois, Stéphane Galeski (chant, guitare, mandoluth) avait éclaboussé la bondée Place des Pistoles de toute son énergie et était apparu comme le véritable leader du groupe. Devant le petit comité de cet après-midi, il est plus discret et "Uliphant 2000" attire tous les regards aidé par son aisance au saxo, à la flûte, au xylophone et au chant.
Yefayfiyeh et le merveilleux Podoly annoncent la couleur aux Aubagnais pacifistes qui ignorent tout de cette formation. Plusieurs me voyant prendre des photos me demandent le nom du groupe et "comment ça se fait qu’ils sont pas connus". Je leur explique qu’ils jouent tout de même d’ordinaire devant des salles bien fournies compte tenu du fait que le new klezmer n’est pas le style le plus approprié pour passer chez Drucker.
Leur titre sur les sans-papiers On Papire fait mouche avec Ulrich Wolters au porte-voix et les Daï Daï de Stéphane. Les Daï Daï sont remplacés par des Yavavam sur Budda Pest. Ulrich y fait une intro à la flûte à la Ian Anderson et termine à la human beatbox. Délicieux.
Le violon d’Anna Startseva est toujours autant enchanteur. Elle est moins sautillante qu’à la Fête du Panier mais reste "belle comme la lune". En yiddish, ça se dit Sheyn Vi Di Levone et c’est le titre d’une ballade qu’elle a certainement inspirée. Elle utilise également le mégaphone sur Shtern pour y crier en langue slave et le micro en intro de Baba Yaga pour un poème russe très mélodieux à défaut d’être compréhensible. A ce propos, peu de gens maîtrisant le russe et le yiddish, il serait judicieux de donner au public une idée de ce que racontent les chansons.
Di Zibben Velten et Baba Yaga sont respectivement assaisonnés aux sauces reggae et hip hop. Dans l’ombre du trio, les deux autres larrons font le boulot. Gérard Gatto (batterie) ne pourra pas nier que son filleul était dans l’assistance et Patrick Ferne a la plus jolie contrebasse que j’aie vue depuis celle d’Eric Revis).
Je choisis de rentrer me sécher et de zapper les deux groupes encore prévus au programme. J’apprends que le premier d’entre eux n’est pas là parce que les musiciens n’ont pas obtenu leur visa. La Fête de la Paix a de beaux jours devant elle !