Critique de concert Moussu T E Lei Jovents + Rit Vs Papet-J

Papet-J et Rit
Encore une nuit à ne pas laisser un occitan dehors. La vache, quel froid devant l'Omega de Toulon.
Malheureusement arrivé à la bourre, pour cause de route bloquée à Aix pour je ne saurai jamais quelle raison, je me pointe à l'Omega avec déjà un petit retard. Et il ne manquera plus que la Sécu qui me bloque très courtoisement à l'entrée, histoire de vérifier l'accréditation... arrrggg. Il y a des soirs comme ça.
J'entre donc dans la déjà- effervescence, au beau milieu du set de Papet-J et Rit. Je me garderai donc bien de faire une chronique structurée de ce set - qu'ils me pardonnent - mais l'ambiance est déjà excellente. Difficile de me faufiler assez près pour ressentir le concert un peu plus intensément.
Je retrouve les deux compères, que je n'avais vus que l'année dernière, en plein air, sur le port à La Seyne s/Mer au cours du festival Couleur Urbaine. Je gardais un excellent souvenir de cette soirée-là, qui réunissait toute la sainte famille, Le Massilia, Moussu T, ainsi que nos deux compères, pour ce qui devait être une de leurs premières prestations si je ne m'abuse. J'avoue que leur prestation à La Seyne m'avait laissé un sentiment de "laborieux". Je crois me rappeler des problèmes de sons, et le souvenir de mes photos de l'époque me remémore la lumière désastreuse sur leur set. De mémoire, je crois me rappeler un Rit assez déçu sur l'instant. J'étais donc assez heureux de pouvoir les revoir et me refaire une meilleure idée.
C'était sans compter ce retard malheureux.
Mais j'aurais assez de temps pour apprécier la fin de set et remarquer une montée en puissance du duo. Avec une approche plus rentre-dedans que la première fois. Une complicité bien plus affirmée également. Rit semble avoir laissé libre court à son énergie, jadis plus canalisée et lissée sur ses albums solo. Avec un jeu de guitare plus appuyé à mon sens, plus agressif sur certains morceaux, collant aux messages du duo. Rit se déchaîne littéralement sur certains morceaux... il va même jusqu'à se lever !
Papet-J, quant à lui, semble égal à lui même, avec cette interprétation au ciseau, phrasé net, prose-rafale jamais prise en défaut. Un régal de suivre ses mots, jetés là dans la foule comme des poignées de dés. Le message de paix, d'amitié, de fraternité, de déconne, passe, le public étant bien entendu là pour ça et apprécie. Il serait bien entendu aisé de penser que le duo est en pays conquis. Il faudra toutefois louer les incursions dans les dénonciations de notre époque. Incursions tout en honnêteté et retenue, qui font échos à l'actualité (récent reflèxe sécuritaire sur la cité phocéenne ?), ou tout du moins la facette qu'on nous donne en grande pâture et qu'on nous tend comme la soit-disante actualité avec un grand tas.
Il me faudra donc revoir le duo pour apprécier en totalité leur prestation. Avec impatience.
Moussu T et lei Jovents
Le changement de plateau prend un peu de temps. Il faut dire que la mise en scène offerte par les Moussu est, bien que sommaire, assez efficace et particulièrement à mon goût, en comparaison avec les mises en scène grossières ou carrément inexistantes d'autres artistes.
Évocation d'ateliers familiaux, de joyeux débarras, de capharnaüm entre amis. De chaises de récupération. De valisette couverte d'autocollants improbables. Ça sent la mer, la sueur, la famille. Des évocations de fer et d'acier sur scène comme leitmotiv ("l'acier bienfaisant"), et cette lampe suspendue au-dessus de la scène, à la façon "Ginette" sauce Têtes Raides...
Bienvenue dans l'atelier ciotaden des Moussu T !
Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ça fait un peu trop folklore ? On ouvre donc le feu avec "Empêche Moi" ("Puisque la mode est à la pensée unique / Puisque la mode est à l'uniformisation") et "Bons baisers de Marseille", deux morceaux du dernier album, histoire de mettre dès le début les points sur les i de La Ciotat ou de Marseille. C'est sur un ton tranquille, pour ouvrir un set, mais affirmé. Le public jubile, la famille est rassemblée au son de ses hymnes. Suit "Sur la Rive", puis "Lo Chaple" dédicace qui trouve un écho, aussi bien ici, à Toulon, à La Seyne ou à La Ciotat, chanson offerte à toutes les cités qui se sont vu dépossédées de leurs fondements et de leur raison d'être.
"Putan de Cançon" sera le déclencheur. On passe la vitesse supérieure. Ça chahute et pogotte gentiment mais fermement dans la cabine. Ambiance 10-Beaufort dans la salle. Votre serviteur, pour une fois qu'il dégotte une place de rêve en première ligne, en sera de bonne grâce pour ses frais. A-t-on jamais vu un pogotteur un appareil photo à la main ?
Il est de ces morceaux qui semblent avoir existé depuis toujours, dans cet inconscient collectif réuni pour l'heure. "Putan de Cançon" fait partie de ceux-ci, comme apprivoisé avant même que pressé sur vinyle ! Un guimick au banjo et c'est un déclenchement immédiat impressionnant, qui fait aimer ce sentiment d'appartenance à un je-ne-sais-quoi, même de futile, à une même synapse festive.
Même sentiment bien plus tard dans la soirée, sur "Ma Rue" ou "Quand Je La Vois Je Fonds". Par quel miracle un morceau aussi récent que ce dernier peut avoir une résonance telle dans un concert, au même titre qu'une désormais figure de marbre telle que "Mademoiselle Marseille" (qui ne se fera pas priée non plus), comme si elle avait toujours existé ? Un mystère en ce qui me concerne. Mais je m'abandonne à ce mystère avec plaisir.
Entre les morceaux, les transitions désopilantes vont bon train. Il ne fait pas assez chaud ? allez, simulation collective de cagnard, une serviette autour de la tête. "O Que Calor". Et les membres du groupe ne cessent de se chambrer (faux conflit de génération entre membres du groupe, fausse bataille de leadership à la tête du Moussu, ...). L'évocation des voitures ("Alba 7") nous déclenche un slam parodique. Ou bien "Vous avez de la chance chez vous. Chez nous, dans les Bouches-du-Rhône, on a les arrêtés préfectoral (sic), ... qui nous obligent à embaucher au moins un musicien de Martigues" à l'encontre du percussionniste. Escarmouches pour-de-faux, au milieu desquelles on notera un bel hommage de Blu envers ses "parrains" du Massilia.
Outre une nouvelle tempête sur la belle bleue, avec "Ma Rue", les rappels feront la part belle aux reprises, "2 B Frit Confit" du Massilia, sur laquelle Papet-J prendra la place de Tatou. Puis "Tu Veux ou Tu Veux Pas ?" de Zanini, un gars de chez nous, ou presque, "de Nice, de Tu-nice, ou bien de Nice-tanbul".
Enfin, un superbe moment à mon sens, où je regrette de m'être réfugié en fond de salle pour siroter une bière, en fin de premiers rappels, avec une version très intense de "Seradas De La Mar", une merveille d'intériorisation sur une douce houle de guitares, avec un public entier qui s'assied à même le sol.
Un très bon moment, une petite parenthèse dans un monde idéal, une enclave où je finis par regretter de ne pas être né "avé l'accent" et un bleu de chine. Une parenthèse d'où je ressortirai finalement après m'être senti, pour un instant, comme "une mouche dans un mazagran".
Set List :
1-Empêche-Moi
2-Bons Baisers de Marseille
3-Sur La Rive
4-Lo Chaple
5-Putan de Caçon
6-O Que Calor
7-Mlle Marseille
8-Alba 7
9-A La Guerra
10-Paul Emile et Henri
11-Bons Amis
12-Ouragan
13-Mar et Montanha
14-A La Ciotat
15-Lo Dintre
Rappels 1 :
16-Ma Rue
17-banjo
18-Manivette / Frit Confit
19-Tu Veux ou Tu veux Pas
20-Serradas
Rappels 2 :
21-Quand Je La Vois Je Fonds
Encore une nuit à ne pas laisser un occitan dehors. La vache, quel froid devant l'Omega de Toulon.
Malheureusement arrivé à la bourre, pour cause de route bloquée à Aix pour je ne saurai jamais quelle raison, je me pointe à l'Omega avec déjà un petit retard. Et il ne manquera plus que la Sécu qui me bloque très courtoisement à l'entrée, histoire de vérifier l'accréditation... arrrggg. Il y a des soirs comme ça.
J'entre donc dans la déjà- effervescence, au beau milieu du set de Papet-J et Rit. Je me garderai donc bien de faire une chronique structurée de ce set - qu'ils me pardonnent - mais l'ambiance est déjà excellente. Difficile de me faufiler assez près pour ressentir le concert un peu plus intensément.
Je retrouve les deux compères, que je n'avais vus que l'année dernière, en plein air, sur le port à La Seyne s/Mer au cours du festival Couleur Urbaine. Je gardais un excellent souvenir de cette soirée-là, qui réunissait toute la sainte famille, Le Massilia, Moussu T, ainsi que nos deux compères, pour ce qui devait être une de leurs premières prestations si je ne m'abuse. J'avoue que leur prestation à La Seyne m'avait laissé un sentiment de "laborieux". Je crois me rappeler des problèmes de sons, et le souvenir de mes photos de l'époque me remémore la lumière désastreuse sur leur set. De mémoire, je crois me rappeler un Rit assez déçu sur l'instant. J'étais donc assez heureux de pouvoir les revoir et me refaire une meilleure idée.
C'était sans compter ce retard malheureux.
Mais j'aurais assez de temps pour apprécier la fin de set et remarquer une montée en puissance du duo. Avec une approche plus rentre-dedans que la première fois. Une complicité bien plus affirmée également. Rit semble avoir laissé libre court à son énergie, jadis plus canalisée et lissée sur ses albums solo. Avec un jeu de guitare plus appuyé à mon sens, plus agressif sur certains morceaux, collant aux messages du duo. Rit se déchaîne littéralement sur certains morceaux... il va même jusqu'à se lever !
Papet-J, quant à lui, semble égal à lui même, avec cette interprétation au ciseau, phrasé net, prose-rafale jamais prise en défaut. Un régal de suivre ses mots, jetés là dans la foule comme des poignées de dés. Le message de paix, d'amitié, de fraternité, de déconne, passe, le public étant bien entendu là pour ça et apprécie. Il serait bien entendu aisé de penser que le duo est en pays conquis. Il faudra toutefois louer les incursions dans les dénonciations de notre époque. Incursions tout en honnêteté et retenue, qui font échos à l'actualité (récent reflèxe sécuritaire sur la cité phocéenne ?), ou tout du moins la facette qu'on nous donne en grande pâture et qu'on nous tend comme la soit-disante actualité avec un grand tas.
Il me faudra donc revoir le duo pour apprécier en totalité leur prestation. Avec impatience.
Moussu T et lei Jovents
Le changement de plateau prend un peu de temps. Il faut dire que la mise en scène offerte par les Moussu est, bien que sommaire, assez efficace et particulièrement à mon goût, en comparaison avec les mises en scène grossières ou carrément inexistantes d'autres artistes.
Évocation d'ateliers familiaux, de joyeux débarras, de capharnaüm entre amis. De chaises de récupération. De valisette couverte d'autocollants improbables. Ça sent la mer, la sueur, la famille. Des évocations de fer et d'acier sur scène comme leitmotiv ("l'acier bienfaisant"), et cette lampe suspendue au-dessus de la scène, à la façon "Ginette" sauce Têtes Raides...
Bienvenue dans l'atelier ciotaden des Moussu T !
Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ça fait un peu trop folklore ? On ouvre donc le feu avec "Empêche Moi" ("Puisque la mode est à la pensée unique / Puisque la mode est à l'uniformisation") et "Bons baisers de Marseille", deux morceaux du dernier album, histoire de mettre dès le début les points sur les i de La Ciotat ou de Marseille. C'est sur un ton tranquille, pour ouvrir un set, mais affirmé. Le public jubile, la famille est rassemblée au son de ses hymnes. Suit "Sur la Rive", puis "Lo Chaple" dédicace qui trouve un écho, aussi bien ici, à Toulon, à La Seyne ou à La Ciotat, chanson offerte à toutes les cités qui se sont vu dépossédées de leurs fondements et de leur raison d'être.
"Putan de Cançon" sera le déclencheur. On passe la vitesse supérieure. Ça chahute et pogotte gentiment mais fermement dans la cabine. Ambiance 10-Beaufort dans la salle. Votre serviteur, pour une fois qu'il dégotte une place de rêve en première ligne, en sera de bonne grâce pour ses frais. A-t-on jamais vu un pogotteur un appareil photo à la main ?
Il est de ces morceaux qui semblent avoir existé depuis toujours, dans cet inconscient collectif réuni pour l'heure. "Putan de Cançon" fait partie de ceux-ci, comme apprivoisé avant même que pressé sur vinyle ! Un guimick au banjo et c'est un déclenchement immédiat impressionnant, qui fait aimer ce sentiment d'appartenance à un je-ne-sais-quoi, même de futile, à une même synapse festive.
Même sentiment bien plus tard dans la soirée, sur "Ma Rue" ou "Quand Je La Vois Je Fonds". Par quel miracle un morceau aussi récent que ce dernier peut avoir une résonance telle dans un concert, au même titre qu'une désormais figure de marbre telle que "Mademoiselle Marseille" (qui ne se fera pas priée non plus), comme si elle avait toujours existé ? Un mystère en ce qui me concerne. Mais je m'abandonne à ce mystère avec plaisir.
Entre les morceaux, les transitions désopilantes vont bon train. Il ne fait pas assez chaud ? allez, simulation collective de cagnard, une serviette autour de la tête. "O Que Calor". Et les membres du groupe ne cessent de se chambrer (faux conflit de génération entre membres du groupe, fausse bataille de leadership à la tête du Moussu, ...). L'évocation des voitures ("Alba 7") nous déclenche un slam parodique. Ou bien "Vous avez de la chance chez vous. Chez nous, dans les Bouches-du-Rhône, on a les arrêtés préfectoral (sic), ... qui nous obligent à embaucher au moins un musicien de Martigues" à l'encontre du percussionniste. Escarmouches pour-de-faux, au milieu desquelles on notera un bel hommage de Blu envers ses "parrains" du Massilia.
Outre une nouvelle tempête sur la belle bleue, avec "Ma Rue", les rappels feront la part belle aux reprises, "2 B Frit Confit" du Massilia, sur laquelle Papet-J prendra la place de Tatou. Puis "Tu Veux ou Tu Veux Pas ?" de Zanini, un gars de chez nous, ou presque, "de Nice, de Tu-nice, ou bien de Nice-tanbul".
Enfin, un superbe moment à mon sens, où je regrette de m'être réfugié en fond de salle pour siroter une bière, en fin de premiers rappels, avec une version très intense de "Seradas De La Mar", une merveille d'intériorisation sur une douce houle de guitares, avec un public entier qui s'assied à même le sol.
Un très bon moment, une petite parenthèse dans un monde idéal, une enclave où je finis par regretter de ne pas être né "avé l'accent" et un bleu de chine. Une parenthèse d'où je ressortirai finalement après m'être senti, pour un instant, comme "une mouche dans un mazagran".
Set List :
1-Empêche-Moi
2-Bons Baisers de Marseille
3-Sur La Rive
4-Lo Chaple
5-Putan de Caçon
6-O Que Calor
7-Mlle Marseille
8-Alba 7
9-A La Guerra
10-Paul Emile et Henri
11-Bons Amis
12-Ouragan
13-Mar et Montanha
14-A La Ciotat
15-Lo Dintre
Rappels 1 :
16-Ma Rue
17-banjo
18-Manivette / Frit Confit
19-Tu Veux ou Tu veux Pas
20-Serradas
Rappels 2 :
21-Quand Je La Vois Je Fonds
Signature : flagle 07/12/2010
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