
" Les (Aix) Valseuses… "
Je suis à Aix, et j’ai la trouille. Le dernier album à 90 % en FRANÇAIS de Murray Head ( Rien N'Est Écrit ) m’a laissé sans voix. J’ai peur de revenir en mon vinyle domaine tout à l’heure (après le concert) pour jouer au Frisbee avec mes souvenirs d’antan et devoir ainsi renoncer à mes Between Us , Voices ou Find The Crowd chéris ; je n’ose même pas mentionner ici, l’insurpassable Say It Ain’t So , une première fois usé de saphir glouton, puis racheté avec la même envie pressante dans la foulée, quelques vingt années plus tard ! ! !
D’entrée, les synthés me filent un poil la trouille, mais pas autant que de LE voir surgir à un mètre à peine de mon siège, équipé d’un micro HF : je dissimule vite mon carnet et tape des mains pour ne pas l’irriter (il est Anglais ! Et on a eu pas mal de différents avec ces gens au cours des siècles et des siècles passés… À se foutre sur la gueule !). Mon plexus se fige pourtant de saisissement lorsqu’il enchaîne EN FRANÇAIS ! Latitudes Pour Lassitude j’aime moins, beaucoup moins, ce, ça…
" J’espère que vous avez enregistré ce speech à la télé, ce soir… (Grimace en bordure de dégoût de sa part à l’évocation du grand raout TV Sarkozien !)… On va toucher à des anciens trucs qui vous datent et qui ME datent aussi ! ".
Immédiatement, voici que surgit When I’m Yours , l’un des morceaux les plus poignants de Say It Ain’t So (1975). Bonne surprise : la voix est toujours là et les acoustiques crépitent d’inspiration, menées par le fidèle Phil Palmer compagnon de longue date au passé musical chargé (de retour de trois longues années de pénitence passées aux côtés de Georges Michael…).
Peinant à s’appuyer et surfer sur un public Aixois attentif, soit, mais mou du retour, Murray Head n’aura de cesse que de se mettre en scène et raconter, expliquer, ou traquer la réaction : alternant entre classiques millésimés – Los Angeles , How Many Ways – et incursions dans le domaine de l’harmonie tricolore Le Sud ( Nino Ferrer ! Avec lequel il partageait ses musiciens en de désormais lointaines 70’annés…).
" Et toujours en étéééééééêéêéé ! ! ! ", elle m’a fait péter un pavillon en chantant, cette brune en Converses accroché aux bras de son épais, là, juste à côté… Mais " lui ", n’en a cure, il s’explique aussi sec : " Je sais que ça démystifie quand je chante en Français, mais, vous savez… J’ai ma jambe gauche en Angleterre, la droite en France, et les couilles dans la Manche ! Naturellement, c’est mieux l’été… " (Rires gênés du public…).
Je reprends mon souffle, Rien N’Est Écrit (composé pour la bande originale de la série Flic Toujours ! , ce qui a finalement abouti à l’enregistrement de l’intégralité de l’album éponyme) me fait doucement regretter les fastueuses années 80. Fort heureusement, mes neurones anxieux commencent à être supplantés par les autres : ceux d’époque, ceux qui ont résisté au vin, aux " roulées ", aux coupes de cheveux hideuses et aux promesse politiques de changement qui se portaient avec, alors, et ce, grâce à… Never Even Thougth . Si le public ose des " la-la-la-la-la la-la-la-la la-lâaaa ! " doucereux, il assure, LUI ! Le mythe tient encore la rampe, à un demi-filet de voix près.
Passé l’effet grinçant d’annonce : " Ça va vous plaire, c’est une chanson sur l’effondrement de l’Angleterre… ", Last Days Of An Empire réjouit le zygomatique, porté par le violon de son autre très vieux complice, Geoffrey Richardson (violon, guitares, mandoline et ex-membre du groupe Prog Anglais Caravan !).
Tandis qu’il enchaîne les prises de position contre les politiques et son dégoût des magouilles électorales, suivies d’une version presque digne du dispensable Corporation Corridors (portée par un solo rond, musical et inventif, de sa bassiste Jennifer !) je regarde benoîtement mes compagnons onduler, dodeliner docilement sous les plafonds du Pasino … Quand, survient soudain le " mathusal-émique " Countryman (règlement de comptes très personnel, au bout de sept années passées à hanter la campagne du Pays de Galles) ; je tiens ma revanche ! Je m’attendais à me sentir parfois seul, à mal encaisser les chansons du dernier album, lors, ce sont certains de mes voisins qui soufflent, qui attendent, qui jouent de leurs portables comme d’un paravent à l’ennui…
Mademoiselle surgit alors sans crier gare, " boisée " à souhait : un hymne aux courtisanes et aux vamps de toutes conditions qui résonne étrangement ici… Immédiatement suivie d’une reprise un poil sage du Will You Love Me Tomorrow de l’historique Carole King .
Encore sous le choc du plus que bancal Maman – alourdi de chants issus de la foule, d’un putain de solo de batterie qui crisse de fûts sous les baguettes – je tarde à embrayer sur le morceau de bravoure, L’HYMNE incontournable, intemporel ET incompris : Say It Ain’t So Joe ! Un tacle très appuyé, une plainte, un chant de révolte adressé à la face des dirigeants véreux et vendeurs internationaux de poudre de perlimpinpin politique, transformé en slow langoureux, en machine à draguer et se reproduire, par des générations d’hexagonaux sous phéromones, guidés (ce qui l’aura conduit à exiger que ses textes soient traduits en Français au fil des albums suivants…).
Un morceau introduit du lapidaire " ne vous attendez pas à entendre la même version… Quand j’étais jeune, je serrais une bande de plastique autour de mes couilles… ", mais qui tient encore fortement la route, porté par de cinglants arpèges, par une voix toujours aussi haute, sinon meilleure encore… Aujourd’hui !
Boudé par mes soins, les rappels, encombrés du fade Joey’s On Fire , du terrifiant One Night In Bangkok – qui a l’excuse d’avoir été écrit pour la comédie musicale Chess (et qui réjouit visiblement l’auditoire, donnant du mollet et suant comme jamais) – valent surtout pour cette sublime version du très Between Us , Sorry, I Love You : dense, empreinte d’émotions, de feeling, d’envie…
Anecdotique, mais de circonstance Gainsbourg s’invite sur scène, porté des incontournables accords du languissant et nostalgique Je Suis Venu Te Dire Que Je M’En Vais : chronique (musicale) d’un départ annoncé, au bout de plus de deux heures trente de bonne facture, sué d’envie et de plaisir à jamais… Partagé !
Respect, Mister Murray !
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