Critique de concert Musique Rebelle - Round 10

C’est au départ, un certain Pingouin mystique qui devait écrire cette chronique, mais vu son état ce soir-là (et pas à cause de l’alcool pour une fois), je fais preuve de solidarité LiMienne en le remplaçant. Problème, c’était voilà un mois et demi et je n’ai pas pris de notes. Un moyen de tester ce qu’il reste de ma mémoire (aidé par le déroulé de la soirée, je le confesse).

Musique Rebelle, c’est une institution, une vraie belle idée. Celle de réunir à intervalle régulier des créateurs d’horizons divers qui tous mettent leur savoir-faire en commun le temps d’une soirée. Ahmad Compaoré en est le maître d’œuvre. Avec Agnès Petrausch, il choisit la ligne conductrice (aujourd’hui "La femme, la voix, l’expérimentation"), envoie les invitations, concocte un programme en fonction de la disponibilité des artistes.
A chaque round ses découvertes. Celles de cette édition estivale furent nombreuses encore.

21h30 Malaguetas Groove
Nous étions devant la scène du Cabaret Aléatoire où DJ Oncle Bo alimentait ses platines et nous demandions quelle serait la première surprise de la soirée. Elle vint de l’extérieur. D’impressionnantes percussions jaillirent de la cour et nous y attirèrent. Là, une bonne dizaine d’Amazones déchaînées tapaient de concert sur leurs grosses caisses avec des allumettes géantes. Difficile de louper le nom du groupe : Malaguetas Groove était écrit en rouge sur chacune de leurs grosses caisses.

Dotées d’une énergie impressionnante et contagieuse, elles l’accompagnaient d’une esthétique présente non seulement dans leurs coiffures, leurs maquillages et leurs costumes mais aussi dans leur gestuelle synchronisée. Le tour de force réside dans leur capacité à rendre leur musique - entièrement faite de percussions - profondément mélodique et évocatrice de destinations diverses. Nous étions d’ailleurs prêts à les suivre au bout du monde, c’est donc sans peine que nous les suivîmes jusqu’à l’intérieur du Cabaret.

22h00 ACWL
Boosté par sa collaboration avec Nicolas Sirkis (un titre en duo, Quand Viendra L’Heure, et une tournée), le trio propose un répertoire plus éclectique que ne le laisse entendre l’étiquette "nouvelle vague post grunge" dont ils sont affublés. Ou alors, je ne maîtrise pas toute la signification de ladite étiquette.

ACWL, c’est d’abord une présence, quasi mystique, au centre de la scène, celle de Clin, voix de sirène et gestes au ralenti. C’est ensuite des morceaux qui peuvent passer de la ballade au grunge en quelques secondes. Une étrange impression naît du contraste entre l’image – quasi figée – et le son – diversité des rythmes, paroxysmes – que dégage leur set.

22h30 AimbAss
Les habitués de ces sessions ne sont pas plus surpris que ça lorsque succède à ce "post grunge" de la "poésie saturée". La saturation, ce sont les riffs que la basse de Stéphane Paulin prodigue. Le but est-il de nous chatouiller l’entre-jambes et d’accentuer ainsi l’érotisme présent dans les textes déclamés par Aim-A ? La poésie, c’est elle qui la dispense. Elle la vit intensément, sensuellement, passionnément. La basse obtient les effets mécaniques escomptés mais en contrepartie tamise les phrases dont la suggestivité nous échappe.

Dans cette ambiance apparaît un spectre sous voile rouge. Sarah Moha, déjà présente dans certains des rounds précédents ne pouvait pas être absente de cette édition placée sous le thème de la féminité. Par ses déplacements et la disparition progressive de son voile, elle semblait incarner tour à tour la conscience d’Aim-A, son ombre, son double.

23h00 Musique Rebelle
De la prestation d’Adila Carles loin, là-haut, sur la mezzanine, ne me reste que le souvenir d’un texte identitaire et d’une voix d’opéra, préoccupé que j’étais à vainement tenter de prendre un cliché correct.
Le texte trouva son écho sur la scène où les Rebelles profitèrent de la diversion pour s’installer.

L’écho, c’est Jane, gracieuse chanteuse, nouvelle venue dans Musique Rebelle au milieu des piliers : Stéphane Mondésir, Wim Welker, et les trois de Nafas, Sylvain Terminiello, Ahmad Compaoré et Fred Pichot aussi inspirés qu’une semaine auparavant.

23h30 Sophie Gonthier & Jean-Marc Montera
En revoyant mes photos, je m’aperçois que mon objectif a beaucoup plus été attiré par Sophie que par Jean-Marc, allez savoir pourquoi. Probablement pour donner davantage encore de regrets au Pingouin qui n’avait pas tenu jusque là, c’est vous dire s’il était malade.

Une telle association laissait espérer une folle originalité tant elle et lui font individuellement preuve d’inventivité créative. Elle fut au rendez-vous lorsque les deux trituraient leur guitare chacun à sa façon, celle de JMM étant un poil moins académique. Elle le fut davantage encore lorsque Sophie Gonthier ajouta sa voix. Là, les frissons apparurent et avec eux les regrets de profiter d’un set trop court.

00h05 Sylvie Paz, Hélène Niddam, Jose Fernandez + Sarah Moha
Car dans la première alcôve, les flamenquistes ont pris place. Jose Fernandez au cajón, Sylvie Paz au chant produisaient de la matière à danser pour Sarah Moha tandis qu’Hélène Niddam pianotait depuis la scène. La dissipation de ma réticence aux musiques latines a peut-être débuté ce soir-là, le spectacle de Sarah, soulevant la poussière tel un taureau dans l’arène, aidant. Mais c’est pas gagné.

00h35 Chants de la Mer Noire
Les voix de Marianne Suner et Tania Zolty m’ont davantage touché. Le fait que les Musiciens Rebelles étaient revenus n’y est pas étranger. Notamment Fred Pichot dans son élément ici, probablement tombé dans la Mer Noire quand il était petit. De bien belles polyphonies grâce à la justesse et la complémentarité des voix (soprano et mezzo-soprano) quelquefois agrémentées d’une troisième, celle d’Ariane Murcia jusqu’alors clarinettiste.

01h20 Musique Rebelle
C’était plus alambiqué que ça en fait, mais dans un souci de clarification, disons que Musique Rebelle Part II commença ici, je vous fais grâce des multiples entrées et sorties de scène qui précédèrent. Ce fut sans nul doute le point culminant de la nuit rebelle.

Le légendaire percussionniste Famoudou Don Moyé était encore sur Marseille et toujours pas couché tout comme le banjoïste Paul Elwood. Ils nous régalèrent par leur technique individuelle qui vint embellir le collectif où l’oud de Mohamed Kably et la voix de Jacqueline Fortes avaient également pris place.

Des mélanges se firent avec les chants de la Mer Noire, les compositions d’Ahmad Compaoré obtenaient un relief nouveau.
A mon goût personnel, la comparaison avec les éditions précédentes pêchait par la rareté des souffleurs. Fred Pichot, Ariane Murcia et un troisième non identifié sur la fin, c’est peu par rapport à l’armada habituelle. Le fait que les femmes étaient à l’honneur et qu’elles ne sont pas si nombreuses à opter pour les cuivres explique peut-être cela.

Qu’importe. L’énergie était ailleurs, dans les percus conjointes d’Ahmad et Famoudou, dans les soli de Wim Welker et Fred Pichot, dans les doigts de Jean-Marc Montera, dans les tambours des créatures de Malaguetas Groove, revenues pour l’incontournable et plus-que-jamais jubilatoire code d’Ahmad final.

2h00 Fin
Les horaires sont ceux prévus sur le déroulé. On était bien au-delà. A la sortie, certains discutèrent le caractère "fourre-tout" de ces sessions. Je préfère y voir une invitation à la découverte, dans des domaines artistiques à la rencontre desquels il ne nous serait jamais venu à l’esprit d’aller.

J’en profite pour citer ceux que j’ai oubliés dans la chronique : Julien Bayle aka Protofuse (laptop), Matt Satsat (Atelier Metro=)Bidule), Rita Citoyenne (mode et création), Farah Paupière (vidéo live), Gaël Cobert (vidéo, traitement numérique), Ivan Chabanaud (streaming live), La Phalène (conception lumières), Caroline Sury (expo dessins), Fanny Bee (expo photos), Restaurant Le Faso (poulet Yassa).
Plus de photos ici.

Musique Rebelle, c’est une institution, une vraie belle idée. Celle de réunir à intervalle régulier des créateurs d’horizons divers qui tous mettent leur savoir-faire en commun le temps d’une soirée. Ahmad Compaoré en est le maître d’œuvre. Avec Agnès Petrausch, il choisit la ligne conductrice (aujourd’hui "La femme, la voix, l’expérimentation"), envoie les invitations, concocte un programme en fonction de la disponibilité des artistes.
A chaque round ses découvertes. Celles de cette édition estivale furent nombreuses encore.

Nous étions devant la scène du Cabaret Aléatoire où DJ Oncle Bo alimentait ses platines et nous demandions quelle serait la première surprise de la soirée. Elle vint de l’extérieur. D’impressionnantes percussions jaillirent de la cour et nous y attirèrent. Là, une bonne dizaine d’Amazones déchaînées tapaient de concert sur leurs grosses caisses avec des allumettes géantes. Difficile de louper le nom du groupe : Malaguetas Groove était écrit en rouge sur chacune de leurs grosses caisses.

Dotées d’une énergie impressionnante et contagieuse, elles l’accompagnaient d’une esthétique présente non seulement dans leurs coiffures, leurs maquillages et leurs costumes mais aussi dans leur gestuelle synchronisée. Le tour de force réside dans leur capacité à rendre leur musique - entièrement faite de percussions - profondément mélodique et évocatrice de destinations diverses. Nous étions d’ailleurs prêts à les suivre au bout du monde, c’est donc sans peine que nous les suivîmes jusqu’à l’intérieur du Cabaret.

Boosté par sa collaboration avec Nicolas Sirkis (un titre en duo, Quand Viendra L’Heure, et une tournée), le trio propose un répertoire plus éclectique que ne le laisse entendre l’étiquette "nouvelle vague post grunge" dont ils sont affublés. Ou alors, je ne maîtrise pas toute la signification de ladite étiquette.

ACWL, c’est d’abord une présence, quasi mystique, au centre de la scène, celle de Clin, voix de sirène et gestes au ralenti. C’est ensuite des morceaux qui peuvent passer de la ballade au grunge en quelques secondes. Une étrange impression naît du contraste entre l’image – quasi figée – et le son – diversité des rythmes, paroxysmes – que dégage leur set.

Les habitués de ces sessions ne sont pas plus surpris que ça lorsque succède à ce "post grunge" de la "poésie saturée". La saturation, ce sont les riffs que la basse de Stéphane Paulin prodigue. Le but est-il de nous chatouiller l’entre-jambes et d’accentuer ainsi l’érotisme présent dans les textes déclamés par Aim-A ? La poésie, c’est elle qui la dispense. Elle la vit intensément, sensuellement, passionnément. La basse obtient les effets mécaniques escomptés mais en contrepartie tamise les phrases dont la suggestivité nous échappe.

Dans cette ambiance apparaît un spectre sous voile rouge. Sarah Moha, déjà présente dans certains des rounds précédents ne pouvait pas être absente de cette édition placée sous le thème de la féminité. Par ses déplacements et la disparition progressive de son voile, elle semblait incarner tour à tour la conscience d’Aim-A, son ombre, son double.

De la prestation d’Adila Carles loin, là-haut, sur la mezzanine, ne me reste que le souvenir d’un texte identitaire et d’une voix d’opéra, préoccupé que j’étais à vainement tenter de prendre un cliché correct.
Le texte trouva son écho sur la scène où les Rebelles profitèrent de la diversion pour s’installer.

L’écho, c’est Jane, gracieuse chanteuse, nouvelle venue dans Musique Rebelle au milieu des piliers : Stéphane Mondésir, Wim Welker, et les trois de Nafas, Sylvain Terminiello, Ahmad Compaoré et Fred Pichot aussi inspirés qu’une semaine auparavant.

En revoyant mes photos, je m’aperçois que mon objectif a beaucoup plus été attiré par Sophie que par Jean-Marc, allez savoir pourquoi. Probablement pour donner davantage encore de regrets au Pingouin qui n’avait pas tenu jusque là, c’est vous dire s’il était malade.

Une telle association laissait espérer une folle originalité tant elle et lui font individuellement preuve d’inventivité créative. Elle fut au rendez-vous lorsque les deux trituraient leur guitare chacun à sa façon, celle de JMM étant un poil moins académique. Elle le fut davantage encore lorsque Sophie Gonthier ajouta sa voix. Là, les frissons apparurent et avec eux les regrets de profiter d’un set trop court.

Car dans la première alcôve, les flamenquistes ont pris place. Jose Fernandez au cajón, Sylvie Paz au chant produisaient de la matière à danser pour Sarah Moha tandis qu’Hélène Niddam pianotait depuis la scène. La dissipation de ma réticence aux musiques latines a peut-être débuté ce soir-là, le spectacle de Sarah, soulevant la poussière tel un taureau dans l’arène, aidant. Mais c’est pas gagné.

Les voix de Marianne Suner et Tania Zolty m’ont davantage touché. Le fait que les Musiciens Rebelles étaient revenus n’y est pas étranger. Notamment Fred Pichot dans son élément ici, probablement tombé dans la Mer Noire quand il était petit. De bien belles polyphonies grâce à la justesse et la complémentarité des voix (soprano et mezzo-soprano) quelquefois agrémentées d’une troisième, celle d’Ariane Murcia jusqu’alors clarinettiste.

C’était plus alambiqué que ça en fait, mais dans un souci de clarification, disons que Musique Rebelle Part II commença ici, je vous fais grâce des multiples entrées et sorties de scène qui précédèrent. Ce fut sans nul doute le point culminant de la nuit rebelle.

Le légendaire percussionniste Famoudou Don Moyé était encore sur Marseille et toujours pas couché tout comme le banjoïste Paul Elwood. Ils nous régalèrent par leur technique individuelle qui vint embellir le collectif où l’oud de Mohamed Kably et la voix de Jacqueline Fortes avaient également pris place.

Des mélanges se firent avec les chants de la Mer Noire, les compositions d’Ahmad Compaoré obtenaient un relief nouveau.
A mon goût personnel, la comparaison avec les éditions précédentes pêchait par la rareté des souffleurs. Fred Pichot, Ariane Murcia et un troisième non identifié sur la fin, c’est peu par rapport à l’armada habituelle. Le fait que les femmes étaient à l’honneur et qu’elles ne sont pas si nombreuses à opter pour les cuivres explique peut-être cela.

Qu’importe. L’énergie était ailleurs, dans les percus conjointes d’Ahmad et Famoudou, dans les soli de Wim Welker et Fred Pichot, dans les doigts de Jean-Marc Montera, dans les tambours des créatures de Malaguetas Groove, revenues pour l’incontournable et plus-que-jamais jubilatoire code d’Ahmad final.

Les horaires sont ceux prévus sur le déroulé. On était bien au-delà. A la sortie, certains discutèrent le caractère "fourre-tout" de ces sessions. Je préfère y voir une invitation à la découverte, dans des domaines artistiques à la rencontre desquels il ne nous serait jamais venu à l’esprit d’aller.

J’en profite pour citer ceux que j’ai oubliés dans la chronique : Julien Bayle aka Protofuse (laptop), Matt Satsat (Atelier Metro=)Bidule), Rita Citoyenne (mode et création), Farah Paupière (vidéo live), Gaël Cobert (vidéo, traitement numérique), Ivan Chabanaud (streaming live), La Phalène (conception lumières), Caroline Sury (expo dessins), Fanny Bee (expo photos), Restaurant Le Faso (poulet Yassa).
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Signature : mcyavellle 09/08/2011
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