Accueil Chronique de concert Nevchehirlian - Sammy Decoster (Festival en aparté)
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Chronique de Concert

Nevchehirlian - Sammy Decoster (Festival en aparté)

Nevchehirlian - Sammy Decoster (Festival en aparté) en concert

Chez Adeline & Friends, Marseille 18 septembre 2009

Critique écrite le par


Soirée intense dans un endroit inattendu, un vendredi soir dans le cadre du premier Festival "En Aparté". Initialement prévu sur une splendide terrasse donnant sur le Palais Longchamp (mais probablement difficile à sonoriser correctement en plein vent), déplacé pour cause de pluies torrentielles, on ne perd finalement pas au change en se retrouvant dans un grand appartement ancien, tomettes et grand salon, à une quarantaine, pour écouter les prestations de deux chanteurs qui montent, qui montent.... Pour salaire de s'être fait tremper la ganache et d'avoir du traverser une rivière à gué sur le cours Joseph Thierry, on sera récompensé par une sonorisation tout à fait parfaite et réglée au poil, et une agréable mise en lumière des lieux.


C'est Nevcherhirlian qui ouvre le bal, guitare légèrement amplifiée mais voix a capella, à la dimension de la "salle", avec sa Grande Bourge. En vacances de Vibrion, immense groupe de slam, il a pris avec son album éponyme (et une bande bien rodée) une orientation chanson/poésie rock qu'on a très envie de découvrir sur scène, même s'il est ce soir en solo. Avec une guitare et quelques pédales à effets et à boucles, il remplit très bien l'espace, parfois même sans rien : Dans le Stade est par exemple déclamée a capella, tendue et inquiétante... En comparaison, l'Homme troué est apaisée et splendide, même si le tonnerre essaye, et arrive un peu, à le perturber.


Un texte drôle et laconique suit, et puis un slam rock, où la guitare entre en transe avant qu'il finisse en gémissements aigûs et sensibles qui rappellent ceux de Bertrand Cantat. Le bruit de la pluie battante accompagne admirablement Où vont-elles ? Il essaye de nous faire croire que Les filles les garçons, assez amusante par ailleurs, est une chanson qui existe en version dansante, avant de faire la version calme (cela dit il n'y aurait pas eu la place...) Il enchaîne ainsi les morceaux et les textes, sans baisse d'intensité - il faut dire qu'il fait partie de ces artistes dont les textes résistent à de nombreuses écoutes, ou qu'on reçoit différemment selon sa propre humeur... et qu'en bon slammeur il en a toujours sous le coude qu'on a pas encore entendus.


On est en l'occurence particulièrement désarçonnés par le texte Tout, climax de son album, sorte d'éloge de la modernité, de la rapidité, de la fraternité, de la rapidité et de la violence des échanges, texte spiralé et accélérateur, sur fond de guitare électrique, qui fait monter une sourde angoisse, et dont il est difficile de tirer un avis tranché. Quand il nous prend à partie et nous demande à la fin de sa transe, ses papiers étalés autour de lui si on trouve que "tout ça va bien ensemble", alors qu'on est au bord de la nausée, mon humeur me dicte de hurler "non" putain, non ! Mais quel texte non de Zeus... on a eu la chair de poule.


Il finit sur un autre morceau que je n'identifie pas, lui aussi en boucle rock, fin en guitare maltraitée, apoplectique et gémissant, très intense ! Une performance assez passionnante et sacrément couillue, d'autant que la mise en danger est maximale dans une telle configuration, où les spectateurs sont en pleine lumière à 2 mètres de vous, c'est autrement plus couillu que de jouer au Stade vélodrôme, à 20 mètres des premiers spectateurs dans le noir ! On apprécie aussi le fait que l'artiste nous force à faire un pas vers lui, en étant pas trop évident dans ses intensions, ni trop copain-copain : il a su trouver la juste distance pour que le charme agisse à plein. Comme toujours, ajouterai-je, puisque je l'ai déjà vu dans 4 ou 5 configurations artistiques différentes.


Quelques minutes plus tard, alors qu'on est pas complètement remis de cette prestation, la maîtresse de maison Adeline F, qui a fini de courser son chat fugueur et privé de concert, nous demande de reprendre place pour la suite. On se demande alors comment Sammy Decoster, à l'univers (a première écoute) moins aérien, va pouvoir évoluer avec la même légèreté ou la même intensité. Mais il s'avère que c'est lui aussi un showman capable de nous emporter, selon d'autres méthodes. Pour ce faire, il est accompagné d'un contrebassiste avec un touché assez superbe (patronyme, Mathieu Denis, il me semble ?), et d'une Gretsch de bon aloi pour jouer le folk singer, lui dont la barbe accentue le côté hobo.


Son introduction étrange et belle, accompagnée de chant lyrique aigü, remet la barre très haut - lui non plus ne va pas ménager sa peine pour nous emporter dans son monde. Dès L'Homme que je ne suis pas, avec une belle basse rythmique, le charme du personnage agit, folk enlevé et lyrique, quelque part entre Alexis HK et Jack The Ripper... Paradoxalement, Je partirai me suicider à Hawaï est musicalement plus gaie que la précédente. Même Savannah Bay qui nous avait peu marqué à première écoute, est très prenante ici, finie hurlée avec une très grosse voix - ce garçon a un très bel organe !


Petit détail un peu agaçant, il annonce souvent "je vais vous jouer" alors qu'ils sont deux - tic de future rock star peut-être ? Quoi qu'il en soit il est bien sympathique et marrant quand même, et va communiquer de plus en plus avec le public au fur et à mesure. Il interprète ensuite une reprise qu'Elvis avait repris avant lui (pas retenu le nom de l'original), qui a paraît-il été le tube de leur "tournée barbecue" - un concept original et charmant qu'ils ont promené un peu partout en France. La chanson passe d'autant mieux qu'il a la voix de crooner, le micro vintage et la guitare pour !


Pour plus d'intensité encore, il demande à passer au noir pour Tu me hantes, et l'effet esthétique est assez superbe, tout comme cette chanson d'amour désabusée - on restera donc dans l'obscurité pour prolonger le charme encore un ou deux titres. Manana en V.O. se finit hurlée rageusement, on pense un peu à Nick Cave, mais sur le finish encore plus intense de The Drive (aux tonalités Arcade Fire), il faut se rendre à l'évidence : c'est bien à Jim Morrison lui-même qu'on pensait depuis un bon moment sans arriver à mettre le doigt dessus. Ca donne une idée de l'intensité, du volume vocal et du charisme du personnage...


Le duo enchaîne vers du plus léger, un titre country (I shall leave ?) à nouveau elvisien, et un rappel rock très enlevé avec Fred Nevchehirlian en guest-star : dans 30 mètres carrés, 2 guitares électriques et une basse, ça déboite, surtout quand Sammy se met à sauter à pieds joints, au risque de décrocher le lustre des voisins du dessous ! Suit un joli titre joué seul à la guitare, dans des harmonies très "hallelujahesques", et l'on finit sur une très ludique et plaisante reprise de Be my Baby des Ronettes, chanté sur un public fredonnant les choeurs bien connus... Deuxième concert très beau et d'assez haute intensité, qui a tenu les promesses du premier tout en étant par nature plus ludique, quoiqu'un peu moins fascinant.


Très belle idée à reproduire donc, si possible (le festival s'est poursuivi sans moi, d'autres chroniques sont sûrement à suivre !), surtout qu'en réponse à l'engagement total des chanteurs, qui ont donné autant pour nous que pour 500 personnes, on a constaté que le moindre claquement de doigt entrait instantanément dans la musique, obligeant à une attention de tous les instants mais permettant aussi de participer modestement au spectable...

Délicieuse soirée terminée au Bar des Maraîchers avec toute la troupe du festival. A l'an prochain j'espère ?

Chronique du disque de Nevcherhirlian : ici
Chronique du disque de Sammy Decoster : (8 mois plus tard...)


Pas mal d'autres Photos et quelques vidéos de Pirlouiiiit, par ici !
Tout sur le festival (peut-être après la bataille mais quand même ...) : http://www.myspace.com/festivalenaparte

Bonus vidéo :


et une petite de Nevchehirlian :

> Réponse le 22 septembre 2009, par Adeline F

Qu'elle est moche ma cheminée !  Réagir

> Réponse le 23 septembre 2009, par Mcyavell

Jolie chronique qui retranscrit bien la soirée et l'originalité du concept. Je suis d'accord presque sur "Tout" avec Philippe. Presque parce que ma réponse à moi à la question "Tout ça va bien ensemble, non ?" serait plutôt "mouais". Mais c'est une putain de bonne question en conclusion d'un texte percutant. Moins de réflexion mais davantage de pêche avec Sammy Decoster dont la palette vocale est effectivement surprenante. La "reprise de la reprise d'Elvis" était A Fool Such As I, merveilleusement interprétée. On a envie de dire que ces deux artistes sont taillés pour s'exprimer en petit comité tant leur énergie nous gagne aidée par la proximité. Ils ont prouvé qu'ils sont également excellents sur scène. Mais tout ça va bien ensemble, non ?  Réagir


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