Critique de concert Nice Jazz Festival 2/8 : Keziah Jones + Yodelice + Lucky Peterson + Aldo Romano + Nneka

Monsieur Lucky Peterson a enflammé le Nice Jazz Festival et si je pouvais mettre six étoiles, je le ferais. Mais commençons par le commencement, cinq groupes étaient au menu de ce jour 2.

Ca a commencé avec Nneka sur la scène Jardin. La Nigériane basée à Hambourg a un tempérament revendicateur. Elle entre gentiment en matière en nous parlant d'amour. Dès le deuxième morceau, le poing est levé, le propos change de ton, le flux de paroles se densifie. Au fil de cette heure, elle nous demande de signer des pétitions et nous le faisons volontiers, tant l'argumentaire est séduisant dans le fond comme dans la forme. V.I.P. est le symbole de cet engagement. Elle prend le temps de faire une diatribe de ces "Very Important Personalities selon le Oxford Dictionary". Elle préfère l'appellation "Vagabond In Power". Elle ne met pas deux plombes à nous faire reprendre en choeur "vagabond in powa oh". Aux confluents de l'afrobeat, de la soul, du ragga, du hip hop, son répertoire est mélodiquement soigné et servi par quatre jeunes gens heureux d'être là. Le bassiste nous fait un solo en stéréo basse/bouche sur Kangpe, le guitariste se (et nous) fait plaisir à plusieurs reprises, le claviériste s'apprécie surtout en début de morceau lorsque le ton n'a pas encore été haussé : divines intros de Heartbeat au piano et du morceau final à l'orgue. Nneka s'essaie à la guitare acoustique sur Come With Me (les quatre notes qu'elle jouait en boucle m'ont un moment fait croire à une reprise de Smells Like Teen Spirit). Une pêche énorme et des "We love you Nneka" qui se multiplient dans le public au fil du set.

Plus feutrée était l'ambiance scène Matisse avec Aldo Romano. Le CV du batteur est impressionnant : collaborations avec Michel Portal, Eddy Louiss, Jean-Luc Ponty, Keith Jarrett, Philip Catherine... Il a constitué ce quatuor voilà un an à l'occasion de l'enregistrement de l'album Just Jazz. Y figure un complice à lui de longue date, le contrebassiste Henri Texier (au CV au moins autant imposant : Chet Baker, Bill Coleman, Bud Powell...).
Texier et Romano posent le décor sur lequel vont s'exprimer tour à tour Géraldine Laurent (saxophone) et Mauro Negri (clarinette).
Ce quatuor n'a cure des barrières du jazz :
Quelquefois classique comme sur trois pièces consécutives, la première avec deux soli mémorables (contrebasse puis saxo), la deuxième, Chick Webb, merveilleux morceau à la gloire d'un batteur américain des années 30, la troisième avec un thème euphorisant, et, en final, une reprise de Maple Leaf Rag de Scott Joplin. Swing garanti.
Parfois free (battle clarinette / saxo sur la pièce n°2 avec un Mauro excessif dans les aigus) ou moderne (comme sur le pénultième titre introduit par un solo de batterie d'Aldo.
Ma préférence va comme d'habitude au classique. Romano, lui, semble s'épanouir davantage sur les plages avant-gardistes.

Retour au Jardin. La prestation de Lucky Peterson est un des moments que j'attends le plus de ce Festival avec BB King lundi et Sonny Rollins en clôture samedi. Ce sera bien au-delà de mes espérances. Ce bonhomme est une bête de scène. Déjà sur les trois premiers morceaux où il est derrière ses orgues, il file la banane à tout un peuple. Tout de blanc vêtu (casquette blanche, vêtements blancs très amples, sourire lumineux), il exhibe avec dérision son embonpoint comme un bodybuilder ses muscles. Le blues qu'il distille vous prend aux tripes, sa main droite galope sur les touches de l'orgue pendant que la gauche motive le public. A l'opposé de la scène, son guitariste nous sert de ces solos de blues répétitifs dans les aigus et paradoxalement trop courts. Et puis il quitte ses claviers en chantant, quelquefois à plusieurs mètres du micro (quelle voix !) et c'est le délire lorsqu'il prend sa guitare. "Are you ready ?" nous demande-t-il. Ca a commencé depuis 20 minutes, c'est énorme, et il nous demande si nous sommes prêts ? Insouciants, nous répondons "Yeah", et c'est parti pour quarante minutes de medley inoubliables : des standards du blues et du rock'n roll magistralement interprétés. Et ce moment où il descend de la scène pour traverser la foule avec sa guitare. Dix minutes de pure folie, un garde du corps devant pour lui frayer un passage, un derrière pour assurer un (mini) périmètre lui permettant de continuer son solo de guitare. Il se déplace au rythme de celui-ci, s'arrêtant dans les parties soft devant des spectateurs ravis d'être au bon endroit, fendant littéralement la foule sur les parties rythmées pour ceux (comme moi, grrr) qui ne le verront que passer. Il ne reste que dix minutes avant la fin du set. On en savoure chaque seconde. Oh, Happy Day en final. Difficile de trouver un titre avec davantage d'à propos... Je fais la promesse ici de ne plus rater aucune date de Lucky Peterson dans les parages.

Retour sur terre avec Yodelice. Le trio est dans la pénombre. Le but est visiblement de créer une "ambiance". Une guirlande lumineuse au sol, le chapeau à plume de Maxim Nucci, le look baigneur années folles du violoncelliste, le maquillage "enfant de la balle" qui coule autour des yeux du troisième homme (guitare, percussions, basse), un curieux arbre décoratif derrière eux y contribuent, certes, mais au niveau du rendu, c'est dur pour mes vieux yeux. Mes oreilles, elles, apprécient cette invitation au rêve, ce voyage dans l'étrange que nous proposent les mélodies ciselées des trois premiers titres (Free, Insanity, Sunday With A Flu). Par la suite, je rêve moins (The Other Side m'endort pourtant), je comprends la présence de l'arbre (Tree Of Life est le nom de leur album). Maxim l'a transformé en "arbre à boucles" et l'utilise en fin de set. Trois quarts d'heure, c'est plus qu'il n'en faut pour faire le tour du propriétaire. Mais remettons les choses dans le contexte : lourde était la tache de succéder à Lucky Peterson ce soir !

C'est de plus en plus dense côté Jardin. Difficile de s'approcher de la scène. Beaucoup de spectateurs sont venus exclusivement pour Keziah Jones. Je n'adhère pas - loin de là - à tout son répertoire (le titre Kpafuca Nation vient me le rappeler) et du coup je connais mal. Je laisse donc un fan (ils étaient nombreux et enthousiastes) en dire du bien en commentaire ci-dessous. Il aura toutefois eu le mérite de me tenir jusqu'au rappel alors que j'avais prévu de lui accorder un petit quart d'heure. Son dynamisme, sa présence scènique qui met le feu au public et certains titres sympathiques (A Million Miles From Home, Colonial Mentality de Fela Kuti et Pass The Join, allez savoir pourquoi) m'ont permis de le découvrir un peu plus. S'il a fait un pari avec un pote pour placer "Yoyoyo" dans tous ses morceaux, il l'a gagné.
Encore une journée variée comme je les aime. L'édition 2009 du Nice Jazz Festival est déjà une réussite. Et ça ne fait que commencer ! A demain.
Plus de photos par McYavell en cliquant ici

Ca a commencé avec Nneka sur la scène Jardin. La Nigériane basée à Hambourg a un tempérament revendicateur. Elle entre gentiment en matière en nous parlant d'amour. Dès le deuxième morceau, le poing est levé, le propos change de ton, le flux de paroles se densifie. Au fil de cette heure, elle nous demande de signer des pétitions et nous le faisons volontiers, tant l'argumentaire est séduisant dans le fond comme dans la forme. V.I.P. est le symbole de cet engagement. Elle prend le temps de faire une diatribe de ces "Very Important Personalities selon le Oxford Dictionary". Elle préfère l'appellation "Vagabond In Power". Elle ne met pas deux plombes à nous faire reprendre en choeur "vagabond in powa oh". Aux confluents de l'afrobeat, de la soul, du ragga, du hip hop, son répertoire est mélodiquement soigné et servi par quatre jeunes gens heureux d'être là. Le bassiste nous fait un solo en stéréo basse/bouche sur Kangpe, le guitariste se (et nous) fait plaisir à plusieurs reprises, le claviériste s'apprécie surtout en début de morceau lorsque le ton n'a pas encore été haussé : divines intros de Heartbeat au piano et du morceau final à l'orgue. Nneka s'essaie à la guitare acoustique sur Come With Me (les quatre notes qu'elle jouait en boucle m'ont un moment fait croire à une reprise de Smells Like Teen Spirit). Une pêche énorme et des "We love you Nneka" qui se multiplient dans le public au fil du set.

Plus feutrée était l'ambiance scène Matisse avec Aldo Romano. Le CV du batteur est impressionnant : collaborations avec Michel Portal, Eddy Louiss, Jean-Luc Ponty, Keith Jarrett, Philip Catherine... Il a constitué ce quatuor voilà un an à l'occasion de l'enregistrement de l'album Just Jazz. Y figure un complice à lui de longue date, le contrebassiste Henri Texier (au CV au moins autant imposant : Chet Baker, Bill Coleman, Bud Powell...).
Texier et Romano posent le décor sur lequel vont s'exprimer tour à tour Géraldine Laurent (saxophone) et Mauro Negri (clarinette).
Ce quatuor n'a cure des barrières du jazz :
Quelquefois classique comme sur trois pièces consécutives, la première avec deux soli mémorables (contrebasse puis saxo), la deuxième, Chick Webb, merveilleux morceau à la gloire d'un batteur américain des années 30, la troisième avec un thème euphorisant, et, en final, une reprise de Maple Leaf Rag de Scott Joplin. Swing garanti.
Parfois free (battle clarinette / saxo sur la pièce n°2 avec un Mauro excessif dans les aigus) ou moderne (comme sur le pénultième titre introduit par un solo de batterie d'Aldo.
Ma préférence va comme d'habitude au classique. Romano, lui, semble s'épanouir davantage sur les plages avant-gardistes.

Retour au Jardin. La prestation de Lucky Peterson est un des moments que j'attends le plus de ce Festival avec BB King lundi et Sonny Rollins en clôture samedi. Ce sera bien au-delà de mes espérances. Ce bonhomme est une bête de scène. Déjà sur les trois premiers morceaux où il est derrière ses orgues, il file la banane à tout un peuple. Tout de blanc vêtu (casquette blanche, vêtements blancs très amples, sourire lumineux), il exhibe avec dérision son embonpoint comme un bodybuilder ses muscles. Le blues qu'il distille vous prend aux tripes, sa main droite galope sur les touches de l'orgue pendant que la gauche motive le public. A l'opposé de la scène, son guitariste nous sert de ces solos de blues répétitifs dans les aigus et paradoxalement trop courts. Et puis il quitte ses claviers en chantant, quelquefois à plusieurs mètres du micro (quelle voix !) et c'est le délire lorsqu'il prend sa guitare. "Are you ready ?" nous demande-t-il. Ca a commencé depuis 20 minutes, c'est énorme, et il nous demande si nous sommes prêts ? Insouciants, nous répondons "Yeah", et c'est parti pour quarante minutes de medley inoubliables : des standards du blues et du rock'n roll magistralement interprétés. Et ce moment où il descend de la scène pour traverser la foule avec sa guitare. Dix minutes de pure folie, un garde du corps devant pour lui frayer un passage, un derrière pour assurer un (mini) périmètre lui permettant de continuer son solo de guitare. Il se déplace au rythme de celui-ci, s'arrêtant dans les parties soft devant des spectateurs ravis d'être au bon endroit, fendant littéralement la foule sur les parties rythmées pour ceux (comme moi, grrr) qui ne le verront que passer. Il ne reste que dix minutes avant la fin du set. On en savoure chaque seconde. Oh, Happy Day en final. Difficile de trouver un titre avec davantage d'à propos... Je fais la promesse ici de ne plus rater aucune date de Lucky Peterson dans les parages.

Retour sur terre avec Yodelice. Le trio est dans la pénombre. Le but est visiblement de créer une "ambiance". Une guirlande lumineuse au sol, le chapeau à plume de Maxim Nucci, le look baigneur années folles du violoncelliste, le maquillage "enfant de la balle" qui coule autour des yeux du troisième homme (guitare, percussions, basse), un curieux arbre décoratif derrière eux y contribuent, certes, mais au niveau du rendu, c'est dur pour mes vieux yeux. Mes oreilles, elles, apprécient cette invitation au rêve, ce voyage dans l'étrange que nous proposent les mélodies ciselées des trois premiers titres (Free, Insanity, Sunday With A Flu). Par la suite, je rêve moins (The Other Side m'endort pourtant), je comprends la présence de l'arbre (Tree Of Life est le nom de leur album). Maxim l'a transformé en "arbre à boucles" et l'utilise en fin de set. Trois quarts d'heure, c'est plus qu'il n'en faut pour faire le tour du propriétaire. Mais remettons les choses dans le contexte : lourde était la tache de succéder à Lucky Peterson ce soir !

C'est de plus en plus dense côté Jardin. Difficile de s'approcher de la scène. Beaucoup de spectateurs sont venus exclusivement pour Keziah Jones. Je n'adhère pas - loin de là - à tout son répertoire (le titre Kpafuca Nation vient me le rappeler) et du coup je connais mal. Je laisse donc un fan (ils étaient nombreux et enthousiastes) en dire du bien en commentaire ci-dessous. Il aura toutefois eu le mérite de me tenir jusqu'au rappel alors que j'avais prévu de lui accorder un petit quart d'heure. Son dynamisme, sa présence scènique qui met le feu au public et certains titres sympathiques (A Million Miles From Home, Colonial Mentality de Fela Kuti et Pass The Join, allez savoir pourquoi) m'ont permis de le découvrir un peu plus. S'il a fait un pari avec un pote pour placer "Yoyoyo" dans tous ses morceaux, il l'a gagné.
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Signature : mcyavellle 20/07/2009
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