Critique de concert Nice Jazz Festival 7/8 : Melody Gardot + Youssou N Dour + Chick Corea & Gary Burton + Raphael Saadiq + Molly Johnson + Djalamichto

Et le bonheur aussi
L'amour s'égare
Au long de la vie
Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
Mais tout bouge
Au bras de Melody
(Gainsbourg, Valse De Melody)
H-5
Nice a aussi son Festival Off. Des animations gratuites dans la ville pendant toute la huitaine du In. Et un tremplin qui a opposé huit formations issues des Alpes-Maritimes. Il a livré son verdict : Djalamichto Quintet est l'heureux élu et se produit sur la grande scène, celle qui sera livrée plus tard aux pyromanes Saadiq et N'Dour.

Le quintet allume juste un feu de camp. On devine sans peine que Django Reinhardt et Stéphane Grappelli comptent parmi les influences majeures de Djalamichto. Davantage Django avec deux guitaristes qui imitent parfaitement le maître. Ils nous proposent pendant une demi-heure un éventail de leur musique :
- des reprises dont Mire Pral de Mandino Reinhardt tiré du film Swing de Tony Gatlif magistralement interprétée : duo de guitares, solo de violon, solo de clarinette, le swing dans toute sa splendeur.
- des compositions originales. J'ai retenu une tendre ballade qui tranche avec le reste de leur répertoire Je Ne Suis Pas Là Pour Le Moment écrite par le contrebassiste et leur morceau introductif, Juliette, qui m'a fait m'approcher de la scène. Composition enlevée et primesautière du clarinettiste certainement adepte du proverbe "on n'est jamais si bien servi que par soi-même" (il n'a pas oublié ses collègues tout de même).

Je pars à regret avant la fin mais je veux baliser ma place pour Melody Gardot le plus près possible de la scène Matisse.
Nicolas Saibene & Laurent Rinn (guitares), Fred Portal (clarinette), Fred Lacroix (contrebasse), Seb Truchi (violon)
H-4
J'en trouve une à côté d'un délicieux couple d'Anglais venus spécialement de Nottingham pour voir Melody ! Respect. En attendant, c'est une autre spécialiste du jazz vocal qui entre en scène : Molly Johnson. Cette discipline avait été peu représentée jusqu'ici : la seule Madeleine Peyroux en six jours de festival de jazz, c'est peu.

Molly Johnson a une belle voix et est TRES heureuse d'être là. Une hilarité excessive peut-être causée par un remontant pour se donner du courage avant de monter sur scène ? J'ignore si elle est toujours ainsi excitée comme une puce mais c'est clair que ça change de Madeleine Peyroux ! Si le festival a quelque peu délaissé le genre, j'en ai pour ma part un peu abusé ces derniers temps et je ne vois pas l'intérêt d'aller chercher Outre-Atlantique des interprètes certes réputées mais loin d'être exceptionnelles. Dans les trois derniers mois, j'ai vu Mélanie Dahan, Karine Bonnafous et Cathy Heiting de Sudden qui m'ont toutes procuré davantage de frissons que Molly Johnson. Elle en fait des tonnes (elle essuie le front du pianiste avec sa serviette et comme ça fait rire trois spectateurs, elle nous le ressert sur les autres musiciens, elle parle en ricanant, elle prend des pauses, elle ricane en parlant...) et j'en oublie que certaines interprétations (Melody, Lucky, If You Know Love) sont des moments de quiétude absolue. Au bout d'une demi-heure, elle part pour de faux. Comme beaucoup, elle nous sert Summertime en final. Une interprétation de plus qui ne restera pas dans les annales. Qu'est-ce qu'on lui trouve à ce morceau ?

H-3
John & Jacky from Nottingham ne bougeront pas de leur siège avant Melody. Ils veulent bien me garder la place. John pose son chapeau sur mon siège et je peux aller voir Raphael Saadiq tranquille. Tranquille, je ne le resterai pas longtemps. Son rhythm & blues mâtiné de soul ajouté à sa présence scénique haut-de-gamme vous invitent à vous dégourdir les jambes. Si vous aimez les Temptations, courez voir son show réglé comme une comédie musicale avec des choeurs, des danses de Raphael et de son choriste BJ Kemp, cinq musiciens aussi efficaces qu'heureux et Saadiq qui dynamise le tout. Je retourne voir si le chapeau de John n'a pas été écrasé.

H-2
Retour à ma place. Pardon, excusez-moi, pardon, pardon, merci John ! Encore une légende du jazz scène Matisse : Chick Corea au piano. Que dis-je ? Deux légendes du jazz. Gary Burton au vibraphone, c'est géant aussi.

On s'en aperçoit d'emblée sur Love Castle. Toujours armé de deux baguettes dans chaque main, debout au centre de la scène, il semble apparaître comme le leader du duo en nous gratifiant d'un bijou de solo. Chick Corea remet les pendules à l'heure à la fin de la pièce avec son solo à lui. Ils présentent à tour de rôle les pièces suivantes. Gary nous parle avec émotion de deux de leurs compositeurs préférés auxquels ils rendent hommage avec le titre Bud Powell composé par Corea et Waltz For Debby (hommage à Bill Evans) écrit par Burton. Une heure de maîtrise instrumentale avec deux moments amusants. Tout d'abord lorsque le pianiste meuble brillamment pendant qu'une technicienne règle le retour du vibraphoniste. Enfin au rappel lorsque Gary Burton donne un cours de vibraphone au petit Chick qui apprend vite. Le final, il le délivrera au piano, faut pas pousser quand même...

"You can go", me rassure John. Alors, je vais voir si les oliviers centenaires du Jardin ont résisté à l'incendie allumé par Raphael Saadiq. Si c'est le cas, ils vont à nouveau souffrir car la Youssou N'Dour Team (ils sont onze !) va ravir ceux qui aiment bouger. Encore un show d'exception avec un danseur acrobate surprenant de souplesse et de dynamisme, des percussions de folie, les rythmes et chants du Sénégal et d'ailleurs.

Je reviens à ma place à H-15 minutes avec du Rosé de Provence pour John & Jacky. Ils interrompent de boire leur bière pour y goûter. Je crois qu'ils préfèrent la bière. Jacky me demande "Qu'est-ce qu'il se passe s'il pleut ?" C'est vrai que le ciel menace. Le soleil est rare.
Nous nous doutons bien qu'il va se passer quelque chose mais un pareil moment de grâce, de sensualité, de subtilité, de beauté, c'était inimaginable. Un tel bonheur est rare.

Melody Gardot s'installe au piano. Your Heart Is As Black As Night est trop délicat pour permettre aux photographes d'y ajouter des cliquetis. Alors, ils sont accroupis en contrebas de la scène. Les trois joyaux suivants ne sont pas des rock'n roll mais leur permettent de faire leur métier sans nuire à la magie ambiante. La seule qui a nuit à la magie, c'est la bas-du-front qui leur a crié "assis !". Melody leur facilite le travail : elle reste au piano pour Worrisome Heart, fait glisser sa main de bas en haut sur sa cuisse et remonte sa robe en chantant "I would be lucky to find me a man", elle s'assied sur un tabouret au bord de la scène pour une reprise de Ain't No Sunshine qui supplante dans mon coeur celle de Joe Cocker, c'est dire, elle prend sa guitare pour Who Will Comfort Me. Les photographes sont rassasiés et s'éclipsent, la bas-du-front ne criera plus "assis !", le show est à nous. Melody nous prend par le bras et va nous raconter encore huit histoires avec des elfes, des fées, des libellules, des étoiles. Même lorsqu'elle arrête de chanter pour nous parler de sa grand-mère, sorte de Marlene Dietrich qui lui mettait toujours le même film, c'est divin. Les orchestrations sont exquises également, saxophone envoûtant, sourdine de trompette enchanteresse.

Comme beaucoup, elle nous sert Summertime en final. Une interprétation qui restera dans les annales. Ce morceau est beau à en pleurer.
Setlist : Your Heart Is As Black As Night / Worrisome Heart / Ain't No Sunshine (Bill Withers) / Who Will Comfort Me / Our Love Is Easy / Les Etoiles / Baby I'm A Fool / I Should Stay In Your Arms / If The Stars Were Mine / Don't Go Without Saying Goodbye / Somewhere Over The Rainbow / Summertime

Les murs d'enceinte
Du labyrinthe
S'entrouvrent sur
L'infini
Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
Mais tout bouge
Au bras de Melody
Signature : mcyavellle 25/07/2009
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>> Réponse (le 29/07/2009 par Philippe) Merci cher Mac Yav' de m'avoir donné envie de réécouter la belle Gardot grâce à ce compte-rendu. A ce propos, ton endurance à chroniquer, et bien en plus, l'ensemble ce nice Jazz Festival vire à la performance, chapeau ! Mais attention au contrôle anti-dopage inopiné, je te soupçonne de te charger à quelque chose... ;-) > Réagir à cette critique

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